Canada-États-Unis: comme la Série du siècle de 1972

Jean-Charles Lajoie
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Samedi soir, un peu avant 20 h, je circule d’un pas décidé dans les corridors d’accès aux gradins du Centre Bell.
Je suis en route vers nos sièges en vue de ce duel attendu comme le plus important de l’histoire de cet édifice. Je ne veux rien manquer des cérémonies de présentation, je veux ressentir cette énergie folle.
En marchant, je rencontre mon ami Dino, dont l’implication dans le hockey semi-pro est légendaire. Courte mais très agréable conversation avec Dino, on est fébriles mais nerveux. On n’aime pas voir Jordan Binnington revenir entre les poteaux et on pense que l’absence de Cale Makar va couler le Canada. On se laisse en se rappelant Piton : «Mais, ça se joue sur la glace!».
Après neuf secondes de jeu, je me suis demandé si je n’étais pas au vieux Colisée de Dino, à Laval.
Trois bagarres, dont les deux premières sur la mise en jeu initiale. Les deux frères Tkachuk, qui font secrètement l’envie de tous les amateurs de hockey canadiens, campaient le rôle de vilains disciples du grand orange Donald premier à merveille.
L’hymne national américain a donné le ton. Quelque part, ces hués bien nourris et incessants tout au long de l’interprétation ont certainement contribué à allumer les deux frères de la révolution, version hockey.
Les Tkachuk, désireux de défendre au bout du poing l’honneur de leur pays voulaient démontrer à la planète que les États-Unis sont les nouveaux coqs sur la glace. Tout ça, pour la gloire de papa Keith tout heureux de ses deux tocsons. À défaut de plaire aux puristes, cette manifestation sur la glace et tout autour dans des gradins aux allures de ceux du Colisée de Rome était électrique.
Il fallait y être pour bien en saisir l’intensité, la tempête avant la tempête. Une collision sur fond de guerre intestine entre deux vieux amis désormais opposés en raison de la folie totalitaire du chef américain.
La surface glacée du temple de Montréal devenu un théâtre extrême, une arène hostile où 40 hommes y viennent en découdre comme si le sort de leur nation en dépendait.
Lorsque Brandon Hagel a retourné Matthew Tkachuk dans son slip coquille, j’ai failli débouler de trois rangées. Lorsque Sam Bennett a évité de justesse de s’ouvrir la tête en tombant sur la glace, renversé par Brady Tkachuk, je me suis rassis, soulagé. Lorsque Colton Parayko a lessivé J.T. Miller, qui n’a pas manqué de s’infliger à lui-même le meilleur coup de poing du combat, je me suis dit : «Holy s***, on n’est pas couchés!».
Puis, lorsque Connor McDavid a été repéré habilement par le vieux Drew Doughty et qu’il a battu Connor Hellebuyck, alors là j’y ai cru. J’ai cru que le dossier immaculé de l’empereur «Sid the Kid» allait résister à titre de capitaine Canada, le portant à 27-0.
C’était oublier bêtement que Binnington, entre deux bons arrêts, allait offrir deux piments de réjouissances aux amerloques, scellant le sort canadien du moins dans ce premier round.
En bout de ligne, la perte de Makar a tout changé. Avec celle de Theodore dans le premier match, la défense du Canada était trop mince en dehors de son top-3. Ç’aurait pris un portier au sommet de son art. Les Américains l’avaient, eux.
Samedi soir, en raison du contexte politique actuel en Amérique du Nord, nous avons été témoins de ce qui est le proche de la haine ressentie lors de la Série du siècle de 1972. Or, les Russes, sont demeurés chez-eux après la série.
S’il peut y avoir une bonne leçon à tirer pour Gary Bettman suivant cette confrontation, c’est peut-être d’éliminer les hymnes nationaux et de les remplacer par un 30 secondes de silence en hommage aux vétérans de la Deuxième Guerre mondiale.