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Nos Québécois aux Olympiques de Paris: le «blues» olympique après la médaille d'or de Maude Charron

Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2024-07-18T15:30:00Z
2024-07-18T17:01:10Z

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À l’aube des Jeux de Paris, Le Journal vous propose une série de reportages sur les athlètes d’ici qui vivront leur rêve dans la Ville Lumière. Derrière tout le talent, la grâce et la puissance de ces machines se retrouvent aussi une vie de sacrifices, de choix difficiles et de travail acharné pour aller au bout de leur passion.


Médaillée d’or à Tokyo il y a trois ans, l’haltérophile Maude Charron a réfléchi longuement si elle voulait poursuivre ou non pour un autre cycle après avoir été happée par le «blues olympique».

Quand elle a décidé de continuer jusqu'à Paris, Charron a tracé le constat qu'elle ne pouvait pas miser sur la même recette qu'au Japon et qu'elle devait apporter des changements importants. Elle a coupé les ponts avec son entraîneur Jean-Patrick Millette.

«Je ne pouvais pas faire un autre cycle olympique de la même façon et dans les mêmes circonstances, confie-t-elle pour expliquer sa décision de changer d'entraîneur. Il y avait des problèmes de communication. J’avais besoin de temps, d’avoir du plaisir et je ne voulais pas qu’on me mette de la pression. Je n’ai pas senti un retour positif de mon entraîneur.»

Le présent cycle olympique n'a pas été de repos pour Charron. Elle devait aussi apprivoiser une nouvelle catégorie de poids parce que la sienne a été éliminée de la programmation olympique en plus de composer avec une blessure à un genou qui lui a notamment fait rater le championnat mondial 2023.

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«Le blues des Jeux»

Après avoir fait sa formation à l’École nationale de police du Québec, à Nicolet, à son retour des Jeux olympiques, Charron avait besoin d’une pause. «J’avais le blues des Jeux, image-t-elle. Ça touche tout le monde, les athlètes et les entraîneurs. J’avais besoin de réfléchir si je continuais l’haltérophilie ou si je quittais le sport.»

À un mois des Jeux du Commonwealth en juillet 2022 où elle a remporté l’or et établi trois records des Jeux à sa dernière compétition chez les 64 kg, Charron a effectué le changement d'entraîneur.

«Je sentais que j’avais autre chose à donner à mon sport et j’avais besoin d’un nouvel entraîneur, explique-t-elle. Il n’y avait pas d’entraîneur au Québec et je recherchais un coach avec un parcours diversifié.»

Un Américain pour la mener à Paris

Charron s’est alors tournée vers l’Américain Spencer Arnold qui est le fondateur et l’entraîneur-chef de Power and Grace performance, dont les installations sont situées à Lawrenceville en banlieue d’Atlanta.

Sous l'oeil de son entraîneur américain Spencer Arnold qui filme, Maude Charron effectue une levée au gymnase de Power and Grace Performance en banlieue d'Atlanta où elle se rend avant chaque compétition.
Sous l'oeil de son entraîneur américain Spencer Arnold qui filme, Maude Charron effectue une levée au gymnase de Power and Grace Performance en banlieue d'Atlanta où elle se rend avant chaque compétition. Photo Folio Photo

Arnold comptait notamment trois athlètes aux Jeux de Tokyo. «Il est très innovant et ça m’intéressait, souligne Charron. Il s’intéresse au cycle menstruel et aux plaques de forces. Dans un sport archaïque comme le nôtre, il fait une grande place à la science du sport.»

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«C’est un entraîneur qui ne laisse rien de côté», d’ajouter la fierté de Sainte-Luce-sur-Mer qui se pointe à son gym avant chaque compétition. «Il est ouvert et il ne prétend pas tout connaître. Il possède l’expérience olympique et dirige déjà des femmes. En plus, j’ai la chance de m’entraîner avec des athlètes de haut niveau. C’est motivant.»

Un entraîneur excité

Parce qu’il n’est pas canadien, Arnold doit être dans les gradins quand Charron performe en respectant les critères d'Haltérophilie Canada.

«Spencer ne peut pas me coacher quand je suis en compétition et ça amène des défis», raconte la deuxième Canadienne à monter sur la plus haute marche du podium olympique après Christine Girard en 2012 à Londres. «C’est pourquoi l’entraîneur canadien David Ogle est présent sur le plateau. Ce n’est pas l’idéal, mais c’est un bon compromis. On forme un triangle.»

Connaissant déjà Charron alors que les deux évoluaient dans le milieu du crossfit, Arnold était un homme comblé lorsqu’il a reçu un appel de la médaillée d’or de Tokyo. «J’ai toujours admiré Maude et suivi sa carrière. Je l’adore. C’est comme si une célébrité m’avait appelé quand elle m’a contacté. J’étais excité et je ne pouvais pas le croire.»

Un travail d’équipe

Arnold reconnaît que les premiers pas ont été ardus. «Je ne pensais pas que ça serait possible d’atteindre nos buts, confie-t-il. Après une bonne discussion en Argentine, on forme maintenant une équipe très unie. Maude a confiance en David qui fait un bon travail sur le plateau.»

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«Au début, j’étais inquiet quand je me retrouvais dans les gradins, de poursuivre Arnold. Maintenant, je suis son partisan le plus bruyant et j’apprécie le moment. Nous avons essayé, David et moi, de communiquer pendant les compétitions, mais ce ne fut pas concluant. David n’arrivait pas à se concentrer sur les besoins de Maude. Je n’aurais pas accepté une telle situation il y a deux ans, mais j’ai confiance en David et c’est la meilleure option.»

Un objectif bien clair

Le plus important pour Charron à l’occasion de ces deuxièmes Jeux n’est pas de répéter son titre olympique, mais de vivre une belle expérience en compagnie des membres de sa famille qui feront le voyage. Elle planifie déjà la photo de groupe après la compétition.

Après un entraînement quoi de mieux que de retrouver son chien Murf. Comme ce fut le cas pour les Jeux de Tokyo, Maude Charron s'est entraînée principalement dans son gymnase dans son patelin.
Après un entraînement quoi de mieux que de retrouver son chien Murf. Comme ce fut le cas pour les Jeux de Tokyo, Maude Charron s'est entraînée principalement dans son gymnase dans son patelin. Photo Folio Photo

«On n’aurait pas autant apprécié l’expérience de travailler ensemble si son objectif avait été de répéter l’or à Paris, affirme l’entraîneur américain. Elle veut vivre une belle expérience avec sa famille. Ça enlève un peu de pression et c’est plus intéressant comme projet. Tu peux néanmoins gagner l’or même si ce n’est pas l’objectif numéro un.»

Maude Charron a trouvé la bonne recette

La nutrition occupe une place importante dans le sport, encore plus quand tu dois changer de catégorie de poids dans une discipline où la force occupe une place prépondérante.

Championne olympique chez les 64 kg, Maude Charron a dû choisir entre monter ou descendre d’une catégorie pour se qualifier pour Paris. Son choix s’est arrêté sur les 59 kg.

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«Avec les coupes de poids, tu joues avec ta santé et c’est pourquoi je suis suivie en médecine sportive afin de m’assurer que je n’ai pas de carences, explique-t-elle. Il y a eu des essais et erreurs au fil du cycle, mais tout va bien maintenant et ma diète est au point.»

À un an des Jeux, Charron a embauché une nouvelle nutritionniste. Alexa Mina est à la tête de Cedars nutrition et pratique elle-même l’haltérophilie. Si elle a raté sa sélection pour Paris, elle a représenté le Liban à deux reprises au championnat mondial. Elle a connu Charron en 2022 puisque les deux possèdent le même entraîneur et s’entraînent au même endroit.

«Alexa connaît bien l’haltérophilie et les besoins dans une coupe du poids sont différents du judo, explique la championne olympique. On travaille ensemble depuis un an et ça fonctionne bien.»

Discipline et un bon plan

Mina était convaincue de pouvoir apporter un changement même si elle n’est entrée en scène qu’un an avant les Jeux. «Avec la discipline de Maude et mon plan, je savais qu’on pouvait connaître du succès, indique-t-elle. Son changement de catégorie n’était pas récent. Maude était à un bon endroit quand je suis arrivée, mais un peu plus lourde qu’on le souhaitait.»

Spencer Arnold apporte une nuance importante. «Maude n’avait jamais suivi un plan de nutrition avec l’objectif de perdre du poids, explique son entraîneur. Sa diète était établie pour faire le plein d’énergie. C’est un mariage parfait entre les deux, puisque Alexa possède une grande expérience internationale comme athlète. Après les Jeux panaméricains en 2023, Maude devait s’améliorer et elle a apporté des changements.»

Blessure à un genou

Ennuyée par une blessure à un genou une bonne partie du cycle olympique, Charron a ressenti de la frustration par moments. «C’est frustrant, démotivant et décourageant, mais ça nous rappelle que nous sommes des humaines, résume-t-elle. Ça démontre qu’il n’y a jamais de préparation parfaite et qu’on ne contrôle rien.»

«Il y a toujours eu quelque chose qui clochait, d’ajouter Charron, et j’ai malgré tout démontré que je pouvais bien faire.»

Charron occupe le troisième rang de sa catégorie au classement de la Fédération internationale d’haltérophilie.

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