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Nos Québécois aux Olympiques de Paris: le Québec à l'avant-plan de la gymnastique artistique canadienne après une longue traversée du désert

Adrian Balan, Félix Dolci, William Émard et Samuel Zakutney
Adrian Balan, Félix Dolci, William Émard et Samuel Zakutney Photo BEN PELOSSE
Photo portrait de Richard Boutin

Richard Boutin

2024-07-20T04:00:00Z

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À l’aube des Jeux de Paris, Le Journal vous propose une série de reportages sur les athlètes d’ici qui vivront leur rêve dans la Ville Lumière. Derrière tout le talent, la grâce et la puissance de ces machines se retrouvent aussi une vie de sacrifices, de choix difficiles et de travail acharné pour aller au bout de leur passion.


Longtemps le parent pauvre de la gymnastique artistique au Canada, le Québec a fait des pas de géant au cours des dernières années, et l’équipe masculine comptera pas moins de quatre représentants sur les cinq de l’équipe canadienne aux Jeux olympiques.

Les Jeux de Paris sont les premiers depuis ceux de Pékin en 2008 où le Canada réussit à qualifier une équipe masculine. «On a cassé la coquille», illustre Félix Dolci, qui est le leader de cette nouvelle génération de gymnastes. «La coquille a été difficile à casser, mais notre qualification m’a rempli d’émotion. On n’est pas rentré sur la fesse. On a terminé au 4e rang en qualification et en 7e place en finale au championnat mondial.»

«Le chef de file»

Signe que le Québec a retrouvé ses lettres de noblesse, deux gymnastes ontariens se sont joints au Club d’excellence de Laval depuis juillet 2023.

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«Le Québec est devenu le chef de file tant au sein de l’équipe nationale que de l’équipe relève», affirme l’entraîneur-chef du club Laval Excellence Adrian Balan. «La gymnastique au Canada, c’est souvent cyclique, mais je pense que nous sommes en bonne position pour 2028 et 2032. Les athlètes actuels sont encore jeunes et la relève est très bonne. L’Ontario a dominé pendant les années 1970 et 1980 avant que l’Alberta fasse la même chose dans les années 2000.»

Le vent tourne

Débarqué au Québec en 1990 à l’âge de 18 ans, peu de temps après que le régime communiste du dictateur Nicolae Ceausescu se fut écroulé en Roumanie, Balan a senti le vent tourner il y a un peu moins de dix ans.

«Ça prend du temps de former de bons gymnastes qui peuvent connaître du succès sur la scène internationale, et on veut garder le momentum. Ça va être le défi des clubs de trouver des entraîneurs qui ont le désir et les compétences de former des gymnastes de très haut niveau. La Fédération québécoise fait un bon travail et on doit continuer de faire une bonne détection de talents très tôt.»

Des modèles et des idoles

L’éclosion des Dolci, William Émard et Samuel Zakutney sur la scène internationale favorise le développement de la relève, sans compter la présence du vétéran René Cournoyer, qui s’entraîne au club de Repentigny et qui vivra ses deuxièmes Jeux à Paris, après ceux de Tokyo il y a trois ans.

«Les jeunes ont maintenant des modèles et des idoles, ce qui n’était pas le cas au départ, explique celui qui a pratiqué la gymnastique pendant 13 ans dans son pays natal. C’est bon pour les jeunes d’avoir des modèles, mais aussi pour les parents qui réalisent que c’est possible d’atteindre les plus hauts niveaux. On doit les éduquer au très haut niveau.»

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«Effet boule de neige»

Dolci abonde dans le même sens. «Notre qualification aura un effet boule de neige», image le médaillé d’or au concours complet des Jeux panaméricains en octobre dernier au Chili, une première canadienne depuis 1963. «On a passé un palier difficile à franchir et il y a maintenant un vent d’espoir pour les plus jeunes. Si on compare avec 2008, il y avait un seul Québécois. Il y a un vent de changement, et ce sont les Ontariens qui viennent ici. Avec l’Institut national du sport (INS), le Québec est devenu l’endroit numéro un au pays. On a trouvé la recette gagnante.»

La force de l’équipe

Si Cournoyer s’était qualifié au concours individuel aux Jeux de Tokyo, c’est maintenant toute l’équipe qui sera présente dans la Ville Lumière.

«En se regroupant au lieu d’évoluer chacun dans leur club, les gars sont devenus des amis qui se poussent mutuellement au lieu d’être des ennemis, explique Balan. Tout le monde sort gagnant. On progresse en équipe, et cinq athlètes vivront le rêve olympique au lieu d’un seul.»

Dans cette optique, le vétéran entraîneur a fixé l’objectif numéro un à atteindre à Paris. «Le plus important est qu’on termine dans le Top 8 dans la compétition par équipe, souligne-t-il. Par la suite, c’est réaliste de croire que Félix peut atteindre la finale au total des épreuves qui regroupe les 24 meilleurs. C’est faisable aussi de penser à un résultat entre la 8e et la 12e place ainsi qu’une qualification aux finales au sol et aux barres fixes.»

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Un apprentissage à la dure qu'il ne changerait pour rien au monde

Initié à la gymnastique à l’âge de 5 ans par Adrian Balan, Félix Dolci s’est développé auprès de l’entraîneur d’origine roumaine, et les deux vivront leur baptême des Jeux olympiques ensemble.

Si la route a été parsemée d’embûches, le gymnaste de 22 ans ne changerait rien à son parcours. «La mentalité entre un jeune gymnaste de Laval qui fait ses débuts et un entraîneur de la Roumanie où la gymnastique est extrêmement importante est très, très différente. La route n’a pas été facile, n’a pas été douce, mais je n’ai jamais regretté mon choix de lui faire confiance. Sans Adrian, je ne serais jamais devenu l’athlète et la personne que je suis. William [Émard] et moi, nous sommes les produits d’Adrian.»

L'entraîneur Adrian Balan et le gymnaste Félix Dolci
L'entraîneur Adrian Balan et le gymnaste Félix Dolci Photo BEN PELOSSE

Balan est un entraîneur exigeant qui a conservé les valeurs acquises en Roumanie, où il a pratiqué la gymnastique de 5 à 17 ans. La relation s’est toutefois développée au fil des ans.

William Émard
William Émard Photo BEN PELOSSE

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«La gymnastique était tough et les entraînements rigoureux, résume Dolci. Avec les années, une autonomie s’est mise en place et la dynamique a changé, mais la vision est demeurée la même.»

«On ne joue pas à la gymnastique, mais on fait de la gym, de poursuivre Dolci. Ce fut une découverte d’avoir un entraîneur aussi rigoureux qui faisait peur à l’occasion, mais ce fut un match parfait. Si tu veux vraiment quelque chose, je ne pense pas que ça puisse être facile. Adrian pousse pour les mêmes objectifs que moi.»

Une période d’adaptation

Arrivé au Québec à l’âge de 18 ans avec ses parents, Balan s’est concentré sur ses études en physiothérapie au cégep Montmorency et a délaissé la gymnastique pendant cinq ans.

«Il y avait un contexte où l’on devait gagner notre vie. La gymnastique n’était plus une priorité et ma concentration se portait sur les études. Cinq ans plus tard avec un diplôme en physiothérapie en poche, j’ai choisi ma passion et je suis retourné à la gymnastique.»

Des règles non négociables

Cette période loin de son sport lui a été bénéfique à ses débuts comme entraîneur. «J’ai pu analyser la société québécoise et découvrir ce qui était permis ou non sur le plan de l’éthique de travail. J’ai toujours conservé la même philosophie de présenter une belle et bonne gymnastique en respectant des règles bien précises. La rigueur et l’éthique de travail ne sont pas négociables, sinon tu n’y arrives pas.»

«Je ne criais pas et je ne frappais pas les athlètes, mais j’étais exigeant, discipliné et rigoureux, d’ajouter l’entraîneur-chef du club Excellence Laval. Les parents recherchent ce type d’encadrement et nous sommes le seul endroit où on peut établir des règles.»

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S’il a pu établir clairement dès l’âge de 13 ans que Dolci avait le potentiel pour se rendre aux Jeux, Alban estime que la soif de vaincre de son protégé lui procure une longueur d’avance. «Son désir de gagner est un grand atout. Il carbure à l’adrénaline et il est capable de prendre la pression. Il a fallu huit ans pour réaliser son potentiel et encore quatre de plus pour y arriver.»

Le scénario de rêve brisé.

Le scénario de rêve de Félix Dolci prévoyait qu’il prendrait part aux Jeux de Tokyo en 2020, mais la pandémie et la décision du Canada qui a suivi un an plus tard de ne pas envoyer de gymnastes au Championnat panaméricain au Brésil pour l’ultime étape de qualification a bouleversé ses plans.

«L’annulation de notre participation au Panama en 2021 a été l’une des épreuves les plus difficiles de ma carrière, confie-t-il. Ce fut une épreuve colossale. Tout était calculé pour que je participe à mes premiers Jeux à 18 ans. Une blessure ou une contre-performance, ce sont des choses qui arrivent, mais j’étais dégoûté de ne pas avoir eu la chance de tenter de me qualifier. Je faisais une croix sur une décennie de travail. Ce furent les pires Jeux de ma vie et j’ai eu besoin de six mois pour avaler la pilule.»

Félix Dolci en action à la barre fixe
Félix Dolci en action à la barre fixe Photo BEN PELOSSE

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Après des démarches judiciaires qui n’ont rien donné, Dolci s’est tourné vers l’avenir. «Je n’ai pas accepté la décision du Canada, mais je l’ai réalisé. Je suis retourné au travail et j’ai mis les efforts. Au moment de la décision, j’étais aveuglé, je n’étais pas objectif et j’étais prêt à signer un document si jamais il m’arrivait quelque chose au Brésil pour que le Canada ne soit pas responsable. Avec le recul, je remercie mon pays de s’être soucié de la santé et de la sécurité des athlètes.»

Adrian Balan estime qu’il y a néanmoins eu du positif. «Ce fut compliqué pour tout le monde au début, mais Félix a été capable de se relever tranquillement, souligne l’entraîneur. Il possédait la maturité pour comprendre. Il était encore jeune et savait qu’il pourrait continuer.»

«La pandémie lui a permis de s’entraîner encore plus, et ce fut une année tampon qui lui a permis d’arriver prêt dans les rangs seniors où il devait incorporer deux nouveaux mouvements», de conclure le vétéran entraîneur.

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