«Ça va être encore pire que les thermopompes»: ne tombez pas dans le panneau des «vendeurs de subventions» de l’énergie solaire


Félix Desjardins
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Une nouvelle subvention d’Hydro-Québec devrait faire exploser la popularité des panneaux solaires à domicile, mais les Québécois devront redoubler de prudence pour éviter de faire affaire avec des entreprises frauduleuses.
À compter du 31 mars, la société d’État remboursera 1000 $ pour chaque kilowatt installé « sous réserve d’un maximum de 40 % du coût d’installation » des panneaux solaires. Cette subvention, accessible pour les particuliers et les entreprises, pourrait représenter une économie de 5000 $ pour une maison de taille moyenne.
Le financement des panneaux photovoltaïques, qui sont déjà légion dans certains pays européens, n’était pas « nécessaire » ici il y a 10 ans, puisque l’hydroélectricité suffisait pour répondre à la demande. La croissance démographique a toutefois forcé la main d’Hydro-Québec, qui doit demander la collaboration de la population en période de grand froid.

« On n’est plus dans le même contexte énergétique », précise Mathieu Gillet, responsable du développement des affaires pour Écohabitation, organisme indépendant qui accompagne les professionnels et les particuliers dans la réalisation de leurs projets d’habitation durable.
« Avec notre résilience énergétique et le mouvement actuel de transition énergétique, il est logique de développer le solaire. »
Une nouvelle clientèle
Plusieurs domiciles hors réseau sont déjà dotés de panneaux solaires au Québec, leur permettant d’atteindre une autonomie énergétique.
« La subvention va attirer une autre clientèle, qui cherche des économies d’énergie, ajoute Benjamin Gagnon, de Larks Solar, entreprise spécialisée en installation solaire. Les panneaux permettent d’accumuler des crédits pendant l’été et de les utiliser pendant l’hiver pour faire baisser sa facture d’électricité. »

Il faut s’attendre à ce qu’Hydro-Québec exige un minimum de production pour avoir accès à la subvention. En milieu urbain, il sera nécessairement plus difficile d’entasser suffisamment de panneaux sur son toit pour que le jeu en vaille la chandelle.
« En bas de 10 panneaux, c’est dur de rentabiliser l’investissement, précise M. Gagnon. Il y a moins de superficie sur les toits plats, donc ce sera compliqué à Montréal. Sinon, ça devrait prendre entre 9 et 10 ans pour être rentable, en fonction de sa consommation énergétique. »
Un fléau à venir ?
Les frasques des « vendeurs de subventions » de thermopompes ont été dénoncées de toutes parts dans les dernières années. La stratégie de ces charlatans : couper les coins ronds lors de l’installation, fermer la compagnie après avoir reçu trop de plaintes, et recommencer à neuf sous une autre enseigne.
M. Gillet est convaincu que le même phénomène se reproduira dans le domaine de l’énergie solaire.
« Quand on parle de thermopompes, on estime à 60 % la proportion d’installations avec des problématiques qui pourraient nécessiter un service d’après-vente. C’est énorme, et ça va être encore pire dans le solaire », prédit-il.
Le manque de connaissances de la population à l’égard de l’énergie solaire et la complexité liée à la pose des panneaux pourraient mettre plusieurs clients en position vulnérable, soutient-il. Lors de l’installation, deux corps de métier additionnels sont requis : un électricien et un couvreur.
« Je m’attends à voir des compagnies qui ne sont qualifiées que pour brancher les panneaux à l’onduleur [qui convertit le courant continu en courant alternatif, compatible avec le réseau domestique], soutient M. Gagnon. Mais dès que tu montes sur un toit, ça prend une expérience de couvreur. »
Une installation inadéquate des panneaux pourrait mener, en outre, à des problèmes d’étanchéité dans la toiture.
« Il va y avoir des membranes d’étanchéité percées avec des vis trois pouces faites pour des meubles intérieurs », ironise le représentant d’Écohabitation.
Les précautions à prendre
La présence potentielle de ces compagnies malhonnêtes ne devrait pas vous décourager de profiter de cette subvention pour autant.
Pour l’instant, rien n’indique qu’Hydro-Québec requerra une préqualification des installateurs, estime M. Gillet, mais les entrepreneurs les plus rigoureux auront déjà suivi une formation comme celle de la North American Board of Certified Energy Practitioners (NABCEP).
En plus de demander à un entrepreneur s’il a suivi une formation du genre, vous pouvez exiger des références et son historique. Vous pouvez surtout vous renseigner en amont, de votre côté, et ne pas avoir une confiance aveugle envers le premier venu dans cette industrie en pleine effervescence.
« Il y a les gens qui vont très bien travailler... et les autres. Ça va être frauduleux de tous les côtés », conclut M. Gillet.