«C’est un carnage»: Pierre Lavoie lance un cri du cœur à l’endroit du gouvernement, mais aussi de certains parents

André-Sylvain Latour
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Le Québec doit se lancer dans une vaste réforme pour stimuler une activité saine, estime Pierre Lavoie, qui en a aussi marre de voir que certains parents «crinqués ont super-spécialisé leur enfant».
«Je suis tanné. C’est un carnage, s’est indigné le cofondateur du Grand défi à l’endroit de ces derniers, lundi, lors de son passage à QUB. [...] L’endroit au monde où on spécialise les enfants le plus tôt, c’est au Québec.»
«Il faut arrêter ça. Ça fait beaucoup de dommages collatéraux», a-t-il continué, en parlant notamment de ces jeunes qui finissent par décrocher du sport et de l’activité physique.
Et même s’il est extrêmement fier de l’engouement pour son événement, qui s’est tenu le week-end dernier, Pierre Lavoie n’a pu s’empêcher d’envoyer une volée de flèches au gouvernement.
«Qu’on arrête de stigmatiser les jeunes, qu’on arrête d’exclure des jeunes qui veulent seulement bouger avec leurs amis. Mais [ces jeunes], ils ont des enjeux de performance qui amènent un enjeu d’exclusion beaucoup trop tôt dans leur vie», estime-t-il.
Pierre Lavoie est plus politique et plus engagé que jamais au micro d’Alexandre Moranville, à QUB :
Les gymnases, lieu de discrimination
Pour M. Lavoie, la solution pour que plus d’enfants bougent ne serait pas seulement la construction de nouveaux gymnases, un lieu qui encourage la discrimination, selon lui.
«On évalue des enfants l’un contre l’autre. On n’y arrivera pas, il faut faire les choses autrement», dit-il.
Car Pierre Lavoie précise que la performance sportive, ce n’est pas seulement une question de travail ou de moyens financiers. La génétique déterminerait la moitié des capacités de l’enfant. L’environnement constituerait l’autre moitié.
Autrement dit, on naîtrait athlète.
Le coût vient également mettre un frein aux grandes ambitions qui pourraient animer le gouvernement en matière de construction de gymnases. Un gymnase double coûterait aujourd’hui 18 millions $, soit deux fois plus qu’avant la pandémie.
Des organismes en péril
À QUB, Pierre Lavoie s’est aussi désolé du fait que l’implication de bénévoles a chuté de 50% durant la pandémie, et que le niveau n’est jamais revenu à ce qu’il était. En conséquence, des organisations se retrouvent au bord du gouffre.
Son Grand défi n’est pas touché: au contraire, les bénévoles se bousculent aux portes. Sauf que d’autres «manquent de bras. Les fédérations sportives et les associations lèvent la main, mais il n’y a pas beaucoup d’écoute de la part du gouvernement».
Alors non seulement Pierre Lavoie a-t-il lancé un appel aux bénévoles, mais il souhaite surtout que le gouvernement en fasse plus pour stimuler l’activité physique.
«Les gens qui vivent le plus vieux en Amérique, ils sont au Québec. On avance dans une direction différente des autres pays en Amérique et des autres provinces canadiennes. C’est le temps qu’on coupe le cordon et qu’on mette en place notre propre modèle pour rejoindre les meilleurs pays», a-t-il affirmé.
«Je veux qu’on développe des athlètes, mais pas dans un modèle d’exclusion. Je le veux dans un modèle d’inclusion. Plus il y a de gens qui bougent, plus on sort de la performance.»
– Avec la collaboration de Jessica Lapinski