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Bye bye les lits d’hôpitaux: l’hospitalisation à domicile gagne en popularité au Québec

«Le Journal» s’est rendu dans les Laurentides pour observer le déploiement de cette alternative plus confortable pour les patients, qui aide aussi à désengorger les hôpitaux

Avec son épouse, Bonnie, William Herman prend sa pression artérielle à la maison, à Lanthier dans les Laurentides. Il a été hospitalisé à domicile trois fois dans la dernière année.
Avec son épouse, Bonnie, William Herman prend sa pression artérielle à la maison, à Lanthier dans les Laurentides. Il a été hospitalisé à domicile trois fois dans la dernière année. Photo HUGO DUCHAINE
Photo portrait de Hugo Duchaine

Hugo Duchaine

2025-10-11T04:00:00Z

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À 81 ans, William Herman a été hospitalisé trois fois l’an dernier, mais il n’a jamais quitté le confort de son foyer. Une solution qui gagne en popularité un peu partout au Québec et qui permet de désengorger les hôpitaux.

«D’être dans mes affaires, de manger les repas de mon épouse, de prendre une douche chaude ou même juste de pouvoir prendre une marche... À l’hôpital, [les employés] nous disent de ne pas descendre du lit sans leur aide, mais ils n’ont jamais le temps de nous aider», raconte l’aîné qui vit dans les Laurentides.

L’octogénaire était emballé à l’idée de soigner sa pneumonie et ses problèmes respiratoires chroniques dans le confort de sa maison de Lanthier, où il vit depuis sa retraite des magasins Greenberg, en 1999.

«Vous n’êtes pas une infirmière, mais un ange!» s’est exclamé William Herman, lorsqu’on lui a proposé l’hospitalisation à domicile pour la première fois, après une nuit à l’urgence de l’Hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts l’an dernier.

650 patients au Québec

Au Québec, l’hospitalisation à domicile s’est déployée dans huit hôpitaux jusqu’à maintenant. Près de 650 patients en ont bénéficié, précise le ministère de la Santé et des Services sociaux, pour un total de 5460 jours à la maison, plutôt que dans un lit d’hôpital.

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À Sainte-Agathe-des-Monts, ce sont quelque 130 patients qui ont été soignés via l’Unité virtuelle de soins, comme M. Herman.

William Herman, en compagnie de son épouse, Bonnie, a été hospitalisé trois fois chez lui, à Lanthier, dans les Laurentides.
William Herman, en compagnie de son épouse, Bonnie, a été hospitalisé trois fois chez lui, à Lanthier, dans les Laurentides. Photo HUGO DUCHAINE

À la maison, l’octogénaire prenait lui-même ses signes vitaux, comme sa pression artérielle, sa température et son taux d’oxygène. Il suivait aussi un traitement d’antibiotiques.

L’hospitalisation à domicile n’était pas plus de tâches comme proche aidante, mais un avantage, soutient sa conjointe, Bonnie. «C’était plus facile de ne pas aller à l’hôpital tous les jours, assise à ne rien faire», lance la femme de 79 ans.

L’infirmière de l’Unité virtuelle de soins reçoit en direct les résultats des signes vitaux pris par M. Herman à la maison.
L’infirmière de l’Unité virtuelle de soins reçoit en direct les résultats des signes vitaux pris par M. Herman à la maison. Photo HUGO DUCHAINE

Les Herman n’ont que du bon à raconter à propos des soins virtuels reçus à la maison. Le médecin les appelait tous les jours, et le personnel infirmier suivait l’évolution de son état plusieurs fois par jour.

Plus à l’écoute

Devant l’écran de l’iPad mis à sa disposition, M. Herman avait l’impression qu’ils étaient plus à l’écoute et qu’ils avaient plus de temps à lui consacrer, contrairement au personnel pressé qu’il était plutôt habitué à voir à l’hôpital.

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Jamais il n’a peur ou craint que les soins ne soient pas à la hauteur de ceux reçus dans une chambre d’hôpital.

Cinq questions sur l’hospitalisation à domicile

Voici l’exemple de l’Hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides, qui a déployé son Unité virtuelle de soins il y a un an.

Comment ça fonctionne?

Plutôt que de rester à l’hôpital, le patient rentre à la maison avec un iPad et l’équipement médical nécessaire pour prendre ses signes vitaux, comme la pression artérielle et la température, à la maison. Avant de rentrer chez lui, le patient doit être stable, puisqu’il ne s’agit pas de soins intensifs.

Une infirmière va appeler le patient de trois à quatre fois par jour; le médecin, une fois. L’équipe reçoit les résultats des signes vitaux dès qu’ils sont pris, permettant de suivre l’état du malade à la maison.

L’infirmière Marlène Nantel supervise l’Unité virtuelle de soins à l’Hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides.
L’infirmière Marlène Nantel supervise l’Unité virtuelle de soins à l’Hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, dans les Laurentides. Photo HUGO DUCHAINE

«À tout moment, ils peuvent dire non et revenir à l’hôpital», indique l’infirmière Marlène Nantel. Un «lit tampon» est gardé en tout temps pour les patients à la maison.

Quelles sont les retombées?

À Sainte-Agathe-des-Monts, ce sont 748 jours d’hospitalisation qui ont pu être sauvés grâce à l’Unité virtuelle de soins pour la première année.

De septembre 2024 à 2025, c’est 127 patients qui ont été hospitalisés à domicile. La durée moyenne étant de six jours.

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«Ç’a aussi dégagé l’urgence de ce nombre de jours là», rappelle Roxane Roy, responsable de fluidité au CISSS des Laurentides. Elle précise qu’avec des lits disponibles sur les étages, ce sont moins de patients qui doivent rester sur une civière à l’urgence.

Roxane Roy est responsable de la fluidité pour le CISSS des Laurentides.
Roxane Roy est responsable de la fluidité pour le CISSS des Laurentides. Photo HUGO DUCHAINE

Pour l’instant, l’Unité de soins virtuels accompagne jusqu’à sept patients à la maison en même temps. L’objectif à court terme est d’augmenter jusqu’à 20.

Qui sont les patients admissibles?

L’état des malades doit être stable afin d’être hospitalisés à domicile. Au CISSS des Laurentides, l’Unité de soins virtuels cible d’abord des patients aux hospitalisations fréquentes, comme les personnes atteintes d’une maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) ou d’insuffisance cardiaque. Il y a aussi les personnes atteintes d’une infection, comme une pneumonie, ou encore en attente d’une chirurgie pour quelques jours, mais dont l’état doit être surveillé, par exemple.

À la maison, les patients reçoivent notamment un appareil pour mesurer le taux d’oxygénation de leur sang. Avec son épouse Bonnie Herman.
À la maison, les patients reçoivent notamment un appareil pour mesurer le taux d’oxygénation de leur sang. Avec son épouse Bonnie Herman. Photo HUGO DUCHAINE

Le patient doit être capable de se déplacer et de se nourrir à la maison par lui-même ou avec un proche pour être admissible.

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À Sainte-Agathe-des-Monts, les patients doivent vivre à moins de 30 minutes de l’hôpital.

Pourquoi est-ce une solution?

L’hospitalisation à domicile permet d’augmenter le nombre de lits, sans les interminables travaux d’agrandissement et les dépassements de coûts.

«On n’a pas le choix [d’aller vers ça], mais je considère quand même que pour certains patients, c’est une meilleure alternative», explique la médecin Colette Lachaîne.

Sa région des Laurentides a vu sa population exploser ces dernières années, surtout avec des retraités, sans que la taille des établissements de santé n’augmente au même rythme.

Dans son salon avec sa conjointe, Bonnie, William Herman discute avec une infirmière qui l’appelle sur un iPad plusieurs fois par jour lors d’une hospitalisation chez lui.
Dans son salon avec sa conjointe, Bonnie, William Herman discute avec une infirmière qui l’appelle sur un iPad plusieurs fois par jour lors d’une hospitalisation chez lui. Photo HUGO DUCHAINE

«Ça rend les choses un peu moins effrayantes pour l’avenir», renchérit Roxane Roy à propos de l’hospitalisation à domicile. En augmentant le parc de lits, elle peut désengorger l’hôpital. L’avantage est aussi pécuniaire, ajoute-t-elle.

Pour la Dre Lachaîne, les patients perdent aussi moins de capacité en restant à la maison que lors d’un séjour prolongé à l’hôpital. «Ils se mobilisent, et les gens dorment mieux chez eux», dit-elle.

Faut-il encore plus d’employés?

L’hospitalisation à domicile nécessite autant d’infirmières qu’une unité à l’hôpital, mais il n’y a pas besoin de trouver des préposés aux bénéficiaires ou à l’entretien, par exemple.

L’Unité virtuelle de soins à Sainte-Agathe-des-Monts compte ainsi une dizaine d’infirmières, qui assurent les trois quarts de travail, 24 heures sur 24, comme à l’hôpital, indique Roxane Roy du CISSS des Laurentides.

L’Unité virtuelle de soins n’utilise qu’un petit espace au sein de l’Hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, puisque les infirmières peuvent aussi travailler de la maison.
L’Unité virtuelle de soins n’utilise qu’un petit espace au sein de l’Hôpital de Sainte-Agathe-des-Monts, puisque les infirmières peuvent aussi travailler de la maison. Photo HUGO DUCHAINE

Cette dernière souligne que ce n’est pas un drain de plus sur les ressources de l’hôpital. Puisqu’au contraire, l’hospitalisation à domicile peut être comblée par des infirmières en télétravail, qui ne pourraient plus travailler sur le plancher de l’hôpital pour diverses raisons, comme une grossesse.

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