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Brad Pitt et «Moneyball» ont contribué à l’agonie des A’s d’Oakland

Courtoisie
Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-09-25T04:00:00Z

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Vingt ans après le départ des Expos, les A’s d’Oakland subiront le même sort. Après 56 ans et quatre Séries mondiales dans la ville voisine de San Francisco, les A’s déménagent dans un stade des ligues mineures à Sacramento l’an prochain, avant de s’installer à Vegas dans quelques années, à moins d’un autre revirement de situation. Le Journal est à Oakland pour vivre, jusqu’à jeudi, les derniers souffles des A’s dans la pauvre ville portuaire de Californie.


OAKLAND | Moneyball a beau avoir été adoré partout dans le monde et avoir été en lice dans six catégories aux Oscars, je vous confirme qu’ici, à Oakland, on n’aime vraiment plus ce film.

Pour ceux qui ne s’en souviennent pas même si le film passe encore vingt fois par semaine au Québec, Moneyball, c’est l’histoire de Billy Beane (interprété par Brad Pitt), ancien directeur général des A’s (maintenant consultant) qui a révolutionné la façon de gérer une équipe de baseball professionnelle.

En utilisant des statistiques avancées, Beane (qui n’a pas voulu nous accorder une entrevue) a réussi à former des équipes compétitives pouvant rivaliser avec d’autres clubs beaucoup plus riches. Le film se concentre surtout sur l’année 2002, durant laquelle l’équipe a battu le record de la Ligue américaine avec 20 victoires d’affilée.

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Jean-Nicolas Blanchet
Jean-Nicolas Blanchet

Pour la plupart des fans rencontrés ici, ce film a seulement permis aux propriétaires des A’s de continuer de ne pas dépenser pour l’équipe. Le film «justifiait» de rester une équipe pauvre. Et ce, même quand les recettes aux guichets étaient bonnes, que les droits de télé étaient payants et que les revenus étaient solides.

«Au départ, j’ai aimé le film et le livre. Je trouvais ça super de voir comment c’était possible de gérer une équipe aussi intelligemment avec un petit budget. Je me disais vraiment que les A’s faisaient les choses différemment comme petit marché, raconte Steven Leighton, qui gère sur les réseaux sociaux un groupe de près de 20 000 partisans des A’s.

«Et quand tu vieillis, tu comprends mieux, poursuit-il. Tu comprends qu’Oakland, ce n’est pas un petit marché. Tu comprends que les propriétaires en ont, de l’argent, mais qu’ils ne veulent juste pas la dépenser.»

Du bon, mais aussi du mauvais

Brandon Mclaughlin était au Oakland Coliseum le 4 septembre 2002, quand Scott Hatteberg a frappé son circuit pour donner la 20e victoire de suite à l’équipe. C’est le moment le plus émouvant du film.

«J’avais payé 2$. J’étais assis dans le haut. C’était incroyable, tu n’as pas idée», explique le fan que j’ai croisé devant le stade, avec son fils.

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Il dirige maintenant l’équipe de baseball de ce dernier à Oakland. Ils s’appellent les petits A’s et n’ont aucune idée comment ils seront habillés ou nommés l’an prochain.

Le jeune papa croit aussi que Moneyball n’a pas eu que ses bons côtés pour les A’s.

«D’un côté, c’est un film culte de baseball et ç’a permis à la concession de rayonner [...] Mais oui, ça permet de justifier, pour une équipe, à ne pas dépenser.»

Les champions des économies

Car pour ne pas dépenser, les A’s ont été les champions depuis la sortie du film. Le plus gros contrat que l’équipe a accordé depuis 2011, c’est une entente de deux ans et 10 M$ par année à Billy Butler, qui était en fin de carrière.

Les A’s, c’est une des deux seules équipes du baseball majeur à n’avoir jamais offert un contrat de 100 M$ ou plus à un joueur. L’autre club, ce sont les White Sox, qui en ont déjà donné un de 75 M$.

Tous les joueurs des A’s réunis cette année empochent moins que Shohei Ohtani, des Dodgers.

Bref, depuis la sortie de Moneyball, c’est difficile de ne pas donner raison aux gens d’Oakland: le film semble avoir conforté le propriétaire à être chiche.

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Et on peut aussi voir que la fameuse révolution des A’s, ou l’effet magique Moneyball, ne semble plus impressionner le reste du baseball. Les A’s ont gagné une seule série éliminatoire depuis 2006.

AFP
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Comme quoi c’est une très belle histoire, Moneyball. C’est charmant. Mais en bout de piste, les A’s perdent et les clubs riches gagnent.

Oakland a continué de se débarrasser de ses bons joueurs dès qu’ils allaient passer à la caisse et ç’a donné une équipe souvent très mauvaise, parfois pas pire, mais jamais capable de rivaliser quand ça compte.

Juste depuis la sortie du film Moneyball, voilà quelques exemples de joueurs que les A’s n’ont pas gardés: Sonny Gray, Josh Donaldson, Marcus Semien, Matt Chapman et Matt Olson. Disons que ça change un club. 

À cause des stats, vraiment?

Il faut aussi souligner que plusieurs détails ont été volontairement oubliés dans le film Moneyball, pour rendre l’histoire meilleure, mais faussée. Et pas à peu près, à mon avis.

C’est que les A’s n’avaient pas un club formé avec des rejets des autres équipes en 2002.

Ce n’est pas la magie des statistiques avancées ou des canards boiteux qui faisaient gagner l’équipe.

Oakland avait tout simplement un club paqueté avec de jeunes joueurs dominants qui étaient sur le point de devenir multimillionnaires et aller jouer ailleurs. Les génies, c’était ces joueurs et non la direction, à mon sens. 

AFP
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On n’en parle pas dans le film, mais l’arrêt-court était Miguel Tejada, qui a frappé 34 circuits et produit 131 points.

Le troisième but était Eric Chavez, qui était alors un des meilleurs frappeurs au monde. Il a claqué 34 circuits. Et l’histoire des A’s, en 2002, c’était trois jeunes lanceurs: Barry Zito, Mark Mulder et Tim Hudson. À trois, ils ont remporté 57 matchs. Les A’s avaient aussi un des meilleurs releveurs au monde, dont il n’est pas question dans le film, en Billy Koch.

Bref, ça prend beaucoup plus que Brad Pitt et des statistiques pour gagner au baseball. Ça prend de l’argent et de bons joueurs. La recette Moneyball peut aider, mais tout le monde le fait maintenant. Ça prend beaucoup plus que ça.

Sinon, c’est impossible de faire vivre une équipe. C’est ce qui arrive à Oakland.

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