Brad Marchand: le plus utile des emmerdeurs

Marc de Foy
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Le gars ne laisse personne indifférent. Ses détracteurs se lèvent la nuit pour le haïr. Ses partisans l’adorent. Peu importe ce qu’on en dise, il vaut son pesant d’or. Brad Marchand est d’une valeur inestimable pour les Bruins.
C’est lui qui a pris les choses en main lorsque les Leafs ont créé l’égalité 2 à 2 contre les Bruins, mercredi soir. Les partisans de l’équipe torontoise était tout feu, tout flamme après le but égalisateur de Tyler Bertuzzi que Marchand redonnait les devants aux Bruins 28 secondes plus tard.
Marchand a complété sa soirée de travail en marquant dans un filet désert, lui qui avait obtenu une mention d’aide sur le deuxième but des siens inscrit par Jake DeBrusk.
Performance de trois points, donc, pour le capitaine des Bruins dans une victoire de 4 à 2.
Et, comme d’habitude, il s’est chamaillé avec quelques adversaires, notamment avec Bertuzzi qui avait le mandat de s’occuper de son cas.
Mais on ne montre pas à un vieux singe comment faire une grimace.
Ryan White ou lui?
Je vais vous raconter une petite histoire qui déplaira sans doute aux amateurs qui détestent Marchand. J’aurais aimé que le Canadien le repêche en 2006.
Sérieux!
Je le voyais avec les Wildcats de Moncton et je me disais que le Tricolore aurait bien besoin d’un joueur comme lui. D’abord, on ne peut pas lui enlever son talent. Secundo, il vaut mieux avoir les pestes de talent de son bord que du côté de l’adversaire.
Marchand était libre lorsque le Canadien a repêché au 66e rang, mais il lui a préféré Ryan White. Lui aussi était rugueux, lui aussi avait du cœur. Mais Marchand lui était supérieur dans tous les domaines.
N’empêche, il a séjourné dans les mineures une saison complète ainsi qu’une partie de sa deuxième année professionnelle.
En 2010-2011, il prenait son envol avec les Bruins, y allant d’une récolte de 21 buts en saison régulière.
En séries, il marqua 11 buts en 25 matchs, alors que les Bruins remportèrent la coupe Stanley.
Du Claude Lemieux dans le nez
Après avoir éliminé au premier tour le Canadien dans un septième match qui s’était soldé en prolongation, les Bruins affrontèrent au tour suivant les Flyers de Philadelphie, qu’ils balayèrent en quatre rencontres.
Pendant cette série, j’avais eu une conversation avec Claude Julien qui m’avait surpris par sa teneur. En m’expliquant les raisons qui avaient incité les Bruins à lui faire passer une saison entière à Providence, Claude avait dit que c’était pour le casser.
« Parce que c’étaut un petit cri...! », avait-il lancé.
C’est la seule fois que j’ai entendu Claude dire un gros mot en privé. Car derrière le banc, il lui arrivait souvent de prononcer le juron anglais de quatre lettres.
Cette histoire m’avait rappelé celle que Serge Savard m’avait racontée au sujet Claude Lemieux. Le Canadien avait rétrogradé celui que ses coéquipiers surnommaient Peppé à son club école de Sherbrooke à sa saison recrue, lui aussi parce qu’il était un vous-savez-quoi.
Lemieux était un emmerdeur de première sur la glace. Dans les séries, il était un money player. Il a remporté quatre coupes Stanley avec trois équipes, d’abord avec le Canadien en 1986, avec les Devils en 1995 et 2000 et l’Avalanche en 1996.
Marchand n’en fera pas autant, mais on ne peut lui enlever ses qualités. Comme Lemieux l’était, il est un emmerdeur des plus utiles.