Bolsonaro harangue ses partisans et menace les institutions

Agence France-Presse
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Le président Jair Bolsonaro a jeté le doute sur les élections au Brésil, déclarant devant quelques centaines de milliers de partisans réunis pour une grande journée de mobilisation à Sao Paulo qu'il ne pouvait pas «participer à une farce».
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Le président d'extrême droite, auxquels tous les sondages prédisent une défaite au scrutin d'octobre 2022 contre l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, Lula, a de nouveau appelé à une modification du système actuel de vote électronique, alléguant qu'il entraînait des fraudes.
«Nous voulons des élections propres, démocratiques, avec un comptage public des bulletins», a déclaré le chef de l'État. «Je ne peux pas participer à une farce telle que celle promue par le président du Tribunal supérieur électoral».
Bolsonaro assure sans preuve que le vote électronique, en vigueur au Brésil depuis 1996, est entaché de fraudes et qu'il aurait dû être élu dès le premier tour en 2018.
Il exige que chaque vote électronique soit validé avec un reçu imprimé afin de permettre un recomptage des voix en cas de contestation. Un système, qui selon les spécialistes, favorise précisément les fraudes.
Ces déclarations interviennent dans le cadre d'une journée où Jair Bolsonaro a tenté de mobiliser des foules de sympathisants dans les grandes villes du Brésil afin d'obtenir un soutien dans le bras de fer qu'il livre à la Cour suprême.
Celle-ci a ouvert diverses enquêtes contre lui, notamment pour diffusion de fausses informations.
«Dites aux voyous que jamais je ne serai fait prisonnier», a-t-il lancé en forme de défi.
Une démonstration de force
Le président d'extrême droite a voulu faire de la fête nationale du 7 septembre une démonstration de force en appelant «des foules gigantesques» à lui apporter leur soutien.
C'est à Brasilia, quadrillée par plus de 5000 policiers, qu'a commencé cette fête de l'Indépendance atypique. Bolsonaro a survolé en hélicoptère l'immense esplanade des Ministères avant de haranguer la foule importante qui l'a accueilli aux cris de «Mito, Mito!» («le Mythe», son surnom).
«À partir d'aujourd'hui, une nouvelle histoire commence à être écrite au Brésil», a-t-il lancé sous les ovations.
Il a ensuite attaqué avec virulence un des juges de la Cour suprême, Alexandre de Moraes, qui a ordonné l'ouverture d'enquêtes contre lui et son entourage, notamment pour dissémination de fausses informations.
«Soit le chef de ce pouvoir (la Cour suprême) remet (ce juge) à sa place, soit ce pouvoir va subir des conséquences dont personne ne veut», a-t-il déclaré.
Des propos clairement menaçants, alors que Jair Bolsonaro avait déjà présenté cette journée de mobilisation comme un «ultimatum» contre la Cour suprême.
«Nous ne voulons pas de rupture. Nous ne voulons pas nous battre avec les autres pouvoirs. Mais nous ne pouvons pas permettre que quiconque mette en péril notre liberté», a-t-il ajouté, sous les applaudissements des manifestants ceints dans les drapeaux vert jaune du Brésil.
La pandémie loin d'être contrôlée
Pratiquement aucun d'entre eux n'utilisait de masque, alors que, malgré l'avancée de la vaccination, la pandémie est loin d'être contrôlée dans un pays où plus de 580 000 personnes sont mortes de la COVID-19.
De nombreux manifestants portaient des pancartes exigeant la destitution des juges de la Cour suprême. L'une d'elles réclamait: «intervention militaire avec Bolsonaro à Brasilia».
«Je suis venu pour défendre notre liberté et libérer le pays de cette bande immonde de politiciens corrompus de la Cour suprême qui veulent nous la retirer», a déclaré à l'AFP à Brasilia Marcio Souza, un agent de sécurité portant un t-shirt arborant le visage de Jair Bolsonaro.
«Ce qui est le plus inquiétant, c'est ces discours du président contre des institutions démocratiques, notamment la Cour suprême, du jamais vu depuis le retour de la démocratie» après la dictature militaire de 1964-1985», déplore le politologue Mauricio Santoro.
«C'est un peu comme en Hongrie, en Pologne, au Venezuela ou aux États-Unis à l'époque de Trump: un discours autoritaire qui affaiblit la démocratie de l'intérieur», conclut-il.
La journée était à haut risque alors que l'opposition manifestait elle aussi. Elle réclame le départ d'un président accusé de menacer la démocratie, d'avoir géré pitoyablement la crise de la COVID-19, de même que l'économie avec un chômage quasi record et une inflation préoccupante.
Mais les cortèges de bolsonaristes et d'anti-Bolsonaro, faiblement mobilisés en début d'après-midi, ne devaient pas se croiser pour écarter les risques de violences. En tout cas théoriquement.
En début d'après-midi, les manifestants commençaient à se disperser à Brasilia et Rio de Janeiro, où ils étaient rassemblés sur la plage de Copacabana, sans qu'aucun incident grave n'ait été déploré.
Mais dans la nuit de lundi à mardi, des centaines de bolsonaristes, à bord de camions, ont brisé des barrières et pénétré dans l'avenue menant au Congrès et à la Cour suprême, qu'ils menaçaient d'«envahir».
La mobilisation à Brasilia a été importante, mais certains commentateurs politiques disaient néanmoins à la mi-journée qu'ils s'attendaient à voir une foule plus nombreuse. Et surtout «au vu des sommes investies pour mobiliser les partisans du président», avec notamment une grande campagne sur les réseaux sociaux, a estimé Mauricio Santoro.
Mais c'est à Sao Paulo, dans l'après-midi, que le président espérait marquer les esprits: il a annoncé compter sur «deux millions» de sympathisants sur l'Avenue Paulista, où il devrait prononcer un discours plus enflammé qu'à Brasilia.
Avec 51% des Brésiliens défavorables à sa gestion, Bolsonaro n'a jamais été aussi impopulaire depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2019.
Il est largement distancé par l'ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (Lula) dans les intentions de vote pour l'élection d'octobre 2022, et même parfois battu dès le premier tour.