Biz s’est inspiré de sa propre rupture amoureuse, dans la cinquantaine, pour écrire sa nouvelle autofiction, «Feu l’amour»
Un livre écrit «sur la pointe des mots»


Marie-France Bornais
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Figure marquante du groupe rap Loco Locass et écrivain de talent, Biz offre cette année le récit poignant d’une défaite amoureuse, d’une déchirante séparation, d’une traversée du désert et d’une remontée lente mais finalement apaisante dans son nouveau livre, Feu l’amour. Une lettre d’adieu... mais aussi une lettre d’amour à ses enfants et un regard lucide sur la cinquantaine, ses doutes, ses crises, ses choix, ses prises de position et ses constats. Un passage nécessaire vers quelque chose de beaucoup plus lumineux.

Achille Santerre, un personnage présent dans le roman précédent de Biz et narrateur de Feu l’amour, avait trouvé l’amour et l’a perdu. La faute de quoi? Certainement pas celle de l’affection et de la qualité de la relation.
Mais il est plus vieux que Céleste. Il a déjà deux enfants d’une union précédente. Pour lui, c’est assez. Mais pas pour Céleste, qui veut être mère. La séparation est donc difficile... mais inévitable.
Roland Barthes à la rescousse
Achille, prof de littérature, ne lui en veut pas, mais la séparation lui rentre dedans. Il remonte le fil de cette relation qui était peut-être vouée à l’échec dès le départ, à cause de la différence d’âge.
Il tente d’éclairer sa situation en décodant Fragments d’un discours amoureux, de Roland Barthes. Finalement, c’est l’amour de ses enfants qui l’apaisera, en douceur.
Très personnel
Biz aborde des thèmes d’actualité, des thèmes très personnels dans un texte d’une grande finesse, où il y a de l’humour, de la sensibilité, de la vulnérabilité, de l’intelligence émotionnelle. Du travail d’orfèvre.
Une rupture, dans la cinquantaine, ça fait mal, et Biz en parle avec beaucoup d’émotion, de justesse et de respect. «C’est l’avantage de l’autofiction: on est dans la vérité facilement», convient-il.
«Il y a du travail de style parce que, quand je lis, c’est ce qui m’intéresse. Le style, c’est vraiment ma préoccupation première. Il y avait aussi formellement le fait d’écrire une lettre, qui permet d’autre chose, quand tu t’adresses directement à la personne. J’imaginais pour vrai aller porter une vraie lettre de même à mon ex, comment ça pourrait être reçu. C’est pas la vérité, c’est un point de vue.»
«Sur la pointe des mots»
Feu l’amour est né d’une vraie séparation. «C’est une autofiction qui est basée sur ce qui m’est arrivé, personnellement. L’horizon des événements était aussi une autofiction. Oui, oui, je suis encore dedans. C’est pour ça que c’est un livre un peu étrange que je présente aux gens: je le fais un peu sur la pointe des mots parce qu’il y a beaucoup de moi dedans. C’est certainement mon livre le plus vulnérable. Il est écrit avec mon sang, pratiquement. Même si dans l’autofiction on arrondit les angles, la vérité du sentiment, je la ressens.»
Un sentiment universel
Feu l’amour est épidermique: une rupture peut faire mal partout. «Ça a des conséquences physiques, même. C’est tough. Et en même temps, c’est un sentiment qui est universel. Depuis la nuit des temps, les gens ont des chagrins d’amour. Ça concerne les riches, les pauvres. Probablement que les hommes de Néandertal avaient aussi des chagrins d’amour. Ça concerne toutes les cultures.»
Biz ajoute qu’il assume aussi, à la limite, le côté «kétaine» d’aborder cette question-là. «Quand il est question d’amour, on est toujours un peu cliché, d’une certaine manière. On surfe dessus. On ne peut pas y échapper. D’où le titre qui est frontal, avec le mot "amour" dedans.»
L’amour qui brûle encore, dans ce cas, est celui des enfants, de la relation du père avec ses enfants. «Quoi qu’il advienne, elle va être là pour toujours.»

Feu l’amour
Biz
Leméac Éditeur
Environ 184 pages
- Biz est membre du groupe rap Loco Locass.
- Son travail d’auteur a été récompensé par le Prix du livre jeunesse des bibliothèques de Montréal et le Prix jeunesse des libraires du Québec en 2012 (La chute de Sparte).
- Il a reçu le prix France-Québec, en 2015, pour Mort-Terrain et le prix Saint-Pacôme du roman policier, en 2021, pour Les abysses.
«Un trou dans le cœur. Un de plus. En sus des ventricules et de la jonction de la veine cave. Un vide. Une cavité. Une absence. Une brèche. Un trou, quoi... Une molaire arrachée à froid avec une pince rouillée, qui laisse un cratère lancinant dans la gencive. Voilà ce que c’est que ton départ de ma vie, Céleste.»
– Biz, Feu l’amour, Leméac Éditeur
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