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En cas de victoire de Joe Biden: bien loin de la paix commerciale

Peut-être pas de gros changements si Biden est élu, préviennent des spécialistes de la politique américaine

Photo portrait de Martin Jolicoeur

Martin Jolicoeur

2020-11-02T06:00:00Z

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Peu importe le résultat des élections américaines à venir, les prochaines années s’annoncent difficiles pour l’économie du Canada et pour les relations commerciales qu’il entretient avec son puissant partenaire. 

« Nous sommes un pays ouvert sur le monde. Le Canada est un pays où les entreprises sont prêtes au libre commerce. [...] Et en général, une atmosphère internationale de protectionnisme est difficile pour nous. »

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C’est sans détour que la vice-première ministre canadienne, Chrystia Freeland, a ainsi répondu, vendredi, au PDG de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, lorsque questionnée sur l’avenir des relations commerciales du Canada au lendemain des prochaines élections américaines.

Blanc bonnet, bonnet blanc ?

À l’instar de celle qui fut aux premières loges des négociations de la plus récente mouture du traité de libre-échange, les observateurs s’entendent pour dire que les relations commerciales entre les deux pays demeureront ardues encore plusieurs années. Et cela, peu importe que la Maison-Blanche soit occupée par Donald Trump ou Joe Biden à compter de janvier 2021.

« Plusieurs s’imaginent que l’élection d’un président démocrate serait nécessairement plus avantageuse pour le Canada. À ceux-là, je dis “attention” », affirme l’ex-délégué général du Québec à New York John Parisella.

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« On aurait tort de nous attendre à ce que, sous Biden, le Canada se retrouve avec le champ libre. Nous devrons au contraire continuer de travailler fort pour développer notre économie et demeurer compétitifs face aux Américains ».

L’économiste principal du Mouvement Desjardins, Francis Généreux, n’en pense pas moins, rappelant que les gouvernements démocrates se sont historiquement montrés plus protectionnistes vis-à-vis du Canada que les gouvernements républicains. 

Il note aussi les engagements nettement plus marqués de Joe Biden en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Ainsi que son approche plus multilatérale que ne l’est celle de Trump.

Mais au-delà de ces éléments, combinés à l’image, au discours et aux façons de faire qui les distinguent l’un de l’autre, on s’attend sur le fond à bien peu de changements. 

« Sur la forme, certes, affirme M. Parisella. Mais sur le fond, ce n’est pas évident. » 

De nombreux enjeux épineux  

Qu’on le veuille ou non, l’issue du scrutin américain de demain aura un impact important sur de multiples facettes de nos activités, qu’elles soient politiques ou économiques.

Même si le Canada entretient généralement de bonnes relations avec son voisin, plusieurs différends commerciaux demeurent.

Voici un éventail de dossiers épineux, dont le développement pourrait être influencé ou déterminé par les choix électoraux des Américains.

AMERICA FIRST

Les traumatismes provoqués par la COVID-19, tant sur les populations que sur l’économie en général, provoqueront un retour en force d’un nationalisme économique qui freinera les échanges entre pays. Et cela, que le pouvoir tombe entre les mains de Trump ou de Biden, prévient-on.

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Avec un chômage en hausse, une chute de confiance des investisseurs et une récession bien enclenchée, l’économiste principal chez Desjardins, Francis Généreux, prévoit qu’il sera plus difficile dans les prochaines années de profiter des programmes d’investissement que mettra en place Washington pour relancer son économie.

Les slogans du type « Buy American », « Invest America » et « Hire American » risquent donc de percoler jusque dans les programmes de relance du prochain gouvernement. Et non pas tant dans un esprit de protectionnisme revanchard comme celui des dernières années que par un réflexe naturel visant à redonner un nouveau souffle à leur économie, nuance le spécialiste de la politique américaine John Parisella. 

KEYSTONE XL ET LE PÉTROLE

Nul secteur paraît plus dépendant des résultats de cette élection que celui de l’industrie pétrolière et son controversé projet Keystone XL. Ce dernier prévoit la construction d’un oléoduc destiné au transport de pétrole des sables bitumineux albertains jusqu'au côtes texanes du golfe du Mexique.

Après avoir été bloqué par le président Obama à deux reprises, le projet a obtenu rapidement l’aval de Donald Trump, dès son accession à la Maison Blanche. C’était avant qu’un juge fédéral ne vienne, l’année suivante, suspendre le projet de nouveau...

Militant en faveur d’une réduction de la dépendance énergétique des États-Unis, le président Trump continue de défendre le projet bec et ongle. À l’opposé, ouvertement préoccupé par le réchauffement climatique, Joe Biden ne cache pas ses réticences.

On s’attend donc à ce que Keystone XL se bute à de nouveaux obstacles advenant le retour des démocrates à la Maison Blanche; ou bien encore qu’il profite d’une renaissance sous l’impulsion d’un gouvernement républicain réélu.

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LIBRE-ÉCHANGE ET GUERRE TARIFAIRE

Après avoir été entériné par le Congrès et signé par le président Trump, on imagine mal comment l’Accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), venu remplacer l’ALENA, pourrait de nouveau être contesté. 

« Peu importe les résultats du scrutin, on ne revivra pas le désastre des dernières années, estime l’ex-délégué général du Québec à New York John Parisella. On peut en être pratiquement certain. »

Cela dit, ce dernier s’attend à un début d’une nouvelle période de « diplomatie économique et commerciale permanente ». Une ère pendant laquelle Ottawa devra se tenir aux aguets, « prête à réagir à tout instant » pour défendre ses intérêts et le respect des ententes qui encadrent le commerce avec son voisin.

Car, comme peuvent en témoigner les industries de l’aluminium, de l’acier et du bois d’œuvre, le pays n’est jamais à l’abri d’une énième guerre tarifaire, prérogative supposée d’exception que l’administration Trump aura exercée plus souvent qu’à son tour depuis quatre ans. 

FISCALITÉ ET COMPÉTITIVITÉ

L’élection d’un démocrate risque d’augmenter la compétitivité des entreprises canadiennes, en particulier celles qui font face quotidiennement à des concurrents américains, croit l’économiste principal de Desjardins Francis Généreux. 

Rapidement au cours de son premier mandat, le président Trump a fait baisser de 35 % à 21 % le taux d’imposition appliqué par Washington sur les profits des entreprises de son territoire. Cette baisse importante eut pour effet immédiat de réduire la compétitivité des entreprises d’ici, qui n’ont pu profiter de faveurs semblables d’Ottawa. 

Or Joe Biden a déjà annoncé son intention de rehausser cet impôt sur les entreprises, aux environs de 28 %. « Ce ne serait pas un retour aux 35 % de l’époque d’Obama, dit M. Généreux. Mais ce serait tout de même mieux pour nos entreprises que les nouvelles baisses d’impôts que promet Donald Trump ». 

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