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Biden et le fiasco afghan

AFP
Photo portrait de Luc Laliberté

Luc Laliberté

2021-08-02T17:05:08Z

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Comme tant d’autres observateurs, je m’attendais à l’annonce du retrait des troupes américaines du territoire afghan après l’entrée en fonction du président Biden. Je comprenais les motifs économiques invoqués, tout comme j’étais sensible aux coûts humains et à la lassitude de la population américaine face au plus long conflit de l’histoire des États-Unis. 

Ce retrait américain me laissait cependant dubitatif sur le plan stratégique. Le Pentagone insistait sur la nécessité de prolonger l’opération, et nous savions tous que la population afghane paierait le prix de ce retrait, ne serait-ce que parce que les talibans reprenaient peu à peu du territoire.

Ce que je n’avais pas envisagé, c’est à quel point cette opération de retrait serait bâclée par une administration qui jouit pourtant de plusieurs membres très expérimentés. Selon les propos du représentant démocrate du Colorado Jason Crow, rapportés la semaine dernière par le site POLITICO, Biden et ses conseillers gèrent très mal le retrait des Afghans qui ont servi les intérêts américains.

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Je m’inquiétais depuis un bon moment déjà du sort réservé aux interprètes et traducteurs qui ont coopéré avec les Américains, car on peinait à les protéger en Afghanistan et ailleurs dans le monde avant qu’on évoque ce retrait. Les abandonner sur le terrain, c’est les condamner à la torture et à une mort certaine. Et cette fois, les critiques envers l’administration proviennent des deux formations politiques.

Vous avez probablement lu, récemment, que les premiers vols transportant des alliés afghans s’étaient déjà posés aux États-Unis. Certains des collaborateurs sont donc en sécurité et tireront profit d’une collaboration très risquée avec les États-Unis. Malgré les appels récents du président à accélérer la cadence, on déplore le manque de planification à moyen et à long terme de toute l’opération.

On reproche essentiellement au président de ne pas avoir amorcé les extractions avant l’annonce officielle du retrait des soldats. Au cœur de la problématique: l’émission d’un nombre suffisant de visas. Si on ne remet pas en question le désir de venir en aide à de précieux collaborateurs, le manque de planification serait navrant.

Ce qui semble inexcusable dans ce dossier, c’est que le programme auquel on a recours pour produire les visas a été créé en 2009, mais accuse des retards importants depuis longtemps. Le problème était connu et, malgré une mauvaise gestion de l’administration précédente, on ne saurait imputer à Donald Trump toute la responsabilité dans ce dossier.

Les difficultés de ce programme spécial de visas avaient été éloquemment démontrées en 2014 par l’humoriste John Oliver lors de son émission Last Week Tonight. Qu’un humoriste et son équipe puissent aussi bien documenter le problème en dit long sur l’étendue des difficultés. Si votre maîtrise de l’anglais est suffisante, je dépose le segment ici: 

Ces jours-ci, que ce soit à la Maison-Blanche ou au Congrès, on met les bouchées doubles pour accueillir le plus de collaborateurs, et on déploie des efforts considérables pour corriger les lacunes criantes et répétitives du programme de visas. Si tous ces efforts sont louables, ils ne suffiront pas, et il est indécent de penser que plusieurs milliers de précieux collaborateurs seront capturés par les talibans. 

Le président a souvent répété «America is back» depuis le 20 janvier. Une formule bien cruelle pour des interprètes et leur famille pour qui les promesses américaines se seront avérées vaines.

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