Bettman et les 15 vies des Coyotes: voici l’inventaire des acrobaties de la LNH pour assurer la survie de l'équipe


Stéphane Cadorette
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Les seuls animaux sur Terre qui ont la chance de disposer de plus de vies que les neuf que la légende attribue aux chats sont certainement les Coyotes. Pourtant menacés d’extinction peu de temps après que la meute s'est déplacée en Arizona au milieu des années 1990, ils continuent de s’accrocher à la vie grâce au grand maître derrière ce safari cahoteux dans le désert, Gary Bettman.
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Le commissaire de la LNH l’a répété avec conviction cette semaine: «Personne ne va déménager. Nous aimons nos franchises là où elles sont», a-t-il dit, en référence à ses Coyotes qui lui sont si chers.
Avec les Fêtes qui approchent à grands pas, quoi de mieux qu’un récit de toutes les fois où le grand manitou de la ligue et les Coyotes ont usé de subterfuges et laissé Québec en plan?
À Québec, pendant de nombreuses années, les fervents d'un retour des Nordiques ont plongé dans chacun des innombrables rebondissements de la saga des Coyotes en rêvant à un déménagement de l’équipe.
Aujourd’hui, même si le sort à long terme de l’équipe n’est toujours pas réglé en Arizona, les gens de Québec en sont venus à rester de glace lorsqu’un nouveau développement dans le feuilleton force Bettman à patiner. C’est dire à quel point ils se sont lassés de croire, après tant de déceptions accumulées.
Lors de la dernière assemblée des gouverneurs de la LNH à Seattle, le 5 décembre, un scénario de la dernière chance a été évoqué pour la survie des Coyotes avec un potentiel achat de terrain dans la région de Phoenix pour y construire un aréna.
Pourtant, l’aiguille de la foi dans le «Nordiquomètre» semble aimantée à zéro. Après tout, de tels scénarios de la dernière chance se sont multipliés au fil du temps. Voici un retour dans le temps pour faire l’inventaire de tous ces espoirs brisés...
Prélude: Difficile dès le début

Il était une fois l’histoire d’une équipe qui n’a jamais savouré le bonheur de la rentabilité depuis son exil du Canada. Le 1er juillet 1996, les Jets de Winnipeg devenaient officiellement les Coyotes de Phoenix, achetés par Jerry Colangelo, Steven Gluckstern et Richard Burke. Dès la troisième année de fonctionnement, Burke rachetait ses partenaires. Ce dernier s’est vite tassé du portrait, avec des pertes alléguées de plus de 10 millions annuellement, pour vendre à Steve Ellman en 2001, flanqué de nul autre que Wayne Gretzky comme actionnaire minoritaire. Sans le savoir, Ellman rédigeait le premier tome d’une longue agonie à venir en optant pour Glendale plutôt que Scottsdale afin d’ériger un aréna de 220 millions, financé à plus de 80% par la ville de 250 000 habitants. Les ennuis financiers dont souffraient déjà les Coyotes devaient être réglés dès le déménagement à Glendale en 2003. En 2005, les Coyotes étaient vendus à Jerry Moyes, qui devenait le quatrième propriétaire majoritaire en neuf ans. C’est là que le fun commençait vraiment!
Chapitre 1: La faillite

En décembre 2008, les médias rapportent que les Coyotes s’adonnent à des bains dans l’encre rouge. Des pertes de 40 millions en une saison sont même évoquées, et différentes informations laissent croire que la LNH finance directement l’équipe. En mai 2009, le propriétaire Jerry Moyes, étouffé par les dettes, met l’équipe en faillite. Durant les audiences, il est révélé que l’équipe aurait perdu 200 millions en sept ans. Déjà, Québec se surprend à rêver pour une première fois après avoir perdu les Nordiques, en mai 1995.
Chapitre 2: Direction Hamilton?

La faillite est déclarée tout juste avant que Moyes reçoive Son Altesse Bettman, qui souhaitait lui présenter une offre au nom de la LNH. Le propriétaire déchu souhaite plutôt vendre ses Coyotes mortifiés au milliardaire canadien Jim Balsilie, intempestif homme d’affaires derrière BlackBerry. L’intention claire est de déménager l’équipe, pas à Québec, mais à Hamilton. Il se trouve que Moyes n’a pas le droit d’outrepasser la ligue en négociant avec un acheteur sans l’aval des gouverneurs. Le deal tombe à l’eau!
Chapitre 3: Équipe sous tutelle

Selon le registre de la ville de Glendale, les Coyotes cessent en août 2009 de payer leur loyer à la Ville ainsi que les frais comme le stationnement. L’équipe est placée sous la tutelle de la LNH, qui assume les dettes, tout en cherchant de nouveaux propriétaires pour assurer l’avenir de l’équipe à long terme en Arizona. La ligue négocie avec le propriétaire des White Sox de Chicago Jerry Reinsdorf ainsi qu'avec le groupe Ice Edge. À la fin de l’été 2010, les deux acheteurs potentiels se retirent du processus. Québec rêve de nouveau...
Chapitre 4: Tout près de... Winnipeg

Quand les négociations achoppent, Bettman lui-même commence ouvertement à parler de déménagement. À ce moment, Québec est en liesse, mais en coulisse, c’est plutôt Winnipeg qui occupe la pole. Avant la saison 2010-2011, le conseil de ville de Glendale accepte d’allonger 25 millions. Dans une entrevue quelques années plus tard, Mark Chipman, président de True North Sports & Entertainment, propriétaire des Jets de Winnipeg, affirme que les Coyotes étaient à un cheveu de déménager à Winnipeg. «Nous étions littéralement à 10 min d’acquérir les Coyotes en mai 2010, quand Glendale a trouvé les fonds nécessaires pour éponger les pertes de la LNH pour la saison à venir», a dit celui qui, un an plus tard, a chapeauté l’achat des Thrashers d’Atlanta pour les amener à Winnipeg.
Chapitre 5: Un chien de garde qui mord

En décembre 2010, contre toute attente, la LNH annonce qu’il y a une entente avec un investisseur de Chicago, Matthew Hulsizer, pour acheter l’équipe. C’est alors qu’un figurant important du feuilleton entre en scène: le Goldwater Institute. Qualifié de chien de garde des finances publiques en Arizona, l’organisme s’oppose à la vente, qu’il juge clairement désavantageuse pour les citoyens de Glendale, lesquels devraient apparemment payer 197 millions sur cinq ans pour aider le potentiel propriétaire à sortir la tête de l’eau. Le Goldwater Institute menace même de poursuivre en justice les parties impliquées et Hulsizer se retire du processus, le 27 juin 2011. Québec rêve de nouveau...
Chapitre 6: Une pétition à oublier

En mai 2012, la LNH, jamais à court de solutions, annonce en être venue à une entente avec l’ancien président des Sharks de San Jose Greg Jamison pour acheter les Coyotes. Pas plus tard que le 13 juin, le Goldwater Institute revient à la charge avec deux poursuites pour invalider l’entente. Cette tentative est infructueuse, mais immédiatement après, une pétition populaire est lancée. Si cette pétition recueille 8000 signatures avant le 16 juillet, l’entente devra être soumise à un vote lors d’un référendum en novembre. Québec retient son souffle, mais les opposants font patate et n’obtiennent que 1568 signatures. En novembre 2012, Jamison signe une entente dans l’espoir d’acheter les Coyotes.
Chapitre 7: Un autre faux sauveur

L’entente entre la LNH, la Ville de Glendale et le potentiel propriétaire dépend de la capacité de Greg Jamison à réunir les fonds nécessaires pour l’achat des Coyotes pour 170 millions. Toutefois, Jamison est incapable de démontrer qu’il a les poches assez profondes pour se porter acquéreur de l’équipe avant la date butoir du 31 janvier 2013, alors il se retire du processus d’achat. La LNH et les Coyotes ont le bec à l’eau. Québec rêve toujours...
Chapitre 8: Enfin un propriétaire?

Le 25 mai 2013, un nouveau groupe prêt à acheter l’équipe est identifié. Il s’agit de Renaissance Sports & Entertainment (RSE), lequel est composé notamment des investisseurs canadiens George Gosbee et Anthony LeBlanc. Ce groupe tente de négocier une entente qui amènerait la Ville de Glendale à allonger 15 millions par année pendant 15 ans pour que RSE s’occupe de la gestion de l’aréna. La LNH veut que cette entente soit approuvée à Glendale autour de la rencontre des gouverneurs du 27 juin, et Bettman sort même les menaces: «Pas de décision pourrait ultimement être une décision», dit-il, en brandissant l’épouvantail d’un déménagement. La destination de choix de Bettman en cas de déménagement serait Seattle, mais Québec attend le vote du conseil de ville et rêve quand même...
Chapitre 9: Une entente crève-cœur

Le 2 juillet 2013, le conseil de ville de Glendale se rassemble pour passer au vote. Il y a fort probablement plus de gens de Québec que de la ville de l’Arizona qui sont branchés en ligne pour suivre le déroulement de cette affaire plus palpitante qu’un match des Coyotes. Finalement, quatre conseillers sont en faveur et trois autres se prononcent contre. C’est confirmé, le groupe RSE (qui devient IceArizona) signe un bail de 15 ans et devient propriétaire de l’équipe, qui devient les Coyotes de l’Arizona. Une clause du contrat attire l’attention. Après cinq ans, en cas de pertes de 50 millions ou plus, le groupe a l’option de résilier l’entente et de déménager le club. Québec est déçue du résultat, mais continue de rêver...
Chapitre 10: Des pertes et un autre proprio

Dès la première année du nouveau régime, rien ne s’améliore et les Coyotes perdent 16 millions. Andrew Barroway, qui faisait partie du groupe, devient le propriétaire majoritaire le 31 décembre 2014. Il sera trois ans plus tard le propriétaire unique et sera même accusé, en mars 2023, d’avoir étranglé une personne... Mais avant d’en arriver à ces déboires, l’éternel fond de drame entourant la survie des Coyotes repart de plus belle. Accrochez-vous!
Chapitre 11: Une entente aux poubelles

Rapidement, la Ville de Glendale regrette de s’être engagée pour 15 ans dans un contrat très désavantageux. Pour ce faire, elle trouve une porte de sortie idéale. Elle évoque donc une clause de conflit d’intérêts, puisqu’un ancien employé de la Ville au moment de l’entente, un dénommé Craig Tindall, est devenu employé des Coyotes. Le 10 juin 2015, même pas deux ans après l’entrée en vigueur de l’entente, un vote toujours grandement suivi par le Québec se déroule à l’hôtel de ville de Glendale. Les conseillers, à cinq contre deux, votent pour la fin de l’entente. «Je ne suis vraiment pas inquiet des Coyotes, mais si j’étais un citoyen de Glendale, je serais très inquiet de mon gouvernement municipal», fustige Gary Bettman. Québec renoue avec son rêve pour la saison 2015-2016, mais le 23 juillet 2015, Glendale et IceArizona s’entendent pour une nouvelle entente de deux ans, qui réduit le fardeau des contribuables. Par la suite, le bail est renouvelé sur une base annuelle.
Chapitre 12: Un autre propriétaire

Dès le 14 novembre 2016, les Coyotes dévoilent leur plan de construction d’un nouvel aréna dans la région de Tempe, adjacent aux installations de l’Université Arizona State. L’amphithéâtre serait prêt à temps pour la saison 2019-2020, promet-on en grande pompe... mais en février 2017, l’université se retire du projet. Le 29 juillet 2019, Andrew Barroway vend la majorité de ses parts dans l’équipe à Alex Meruelo pour la somme de 300 millions. Après quelques rares mois plutôt tranquilles, il s’affaire à relancer le projet d’aréna à Tempe pour assurer la survie des Coyotes.
Chapitre 13: Dehors, les pauvres!

La controverse n’est jamais loin des Coyotes et en 2021, elle revient au galop. Le 8 décembre, les Coyotes sont informés par la Ville de Glendale qu’ils seront carrément mis dehors de leur aréna le 20 décembre s’ils ne paient pas des montants dus de l’ordre de 1,3 million en taxes. Le lendemain, les Coyotes règlent l’addition en évoquant «une malencontreuse erreur humaine». Comme s’ils ne paraissaient pas déjà assez mal, voilà qu’un reportage de The Athletic dresse un portrait peu flatteur du propriétaire. On y évoque une culture toxique, des relations tendues avec les commanditaires et des paiements en retard aux joueurs et aux fournisseurs. Kevin Phelps, de la ville de Glendale, ne mâche pas ses mots et promet de jeter les Coyotes dehors dès la fin du bail, le 30 juin 2022. «On a décidé qu’on n’attendrait pas que les enfants aient fini le secondaire pour divorcer», image-t-il. Les Coyotes sans bail? Québec rêve encore un peu...
Chapitre 14: Dans la petite cabane

À la rue comme des itinérants, les Coyotes doivent trouver un domicile à court terme. «Les Coyotes n’iront nulle part», entonne de nouveau Gary Bettman. «Oui, ils déménageront de Glendale, mais pas de la région de Phoenix», promet-il. Le 10 février 2022, les Coyotes annoncent une entente de trois ans pour disputer leurs matchs à domicile au minuscule Mullett Arena, où ils sont locataires secondaires des Sun Devils de l’Université Arizona State. L’aréna de 4600 places devient le sujet de l’heure dans la LNH et même l’Association des joueurs a de sérieuses réserves. «On parle de joueurs de la LNH et ils méritent de jouer dans un aréna de la LNH», résume Marty Walsh, le directeur exécutif.
Chapitre 15: Le projet d’aréna à l’eau
Depuis des mois, la LNH et les Coyotes ne cessent de marteler que la situation est temporaire et qu’en 2025-2026, leur somptueux futur aréna au cœur d’un quartier de divertissement de 2,1 milliards à Tempe sera fin prêt. Le tout permettrait au controversé propriétaire des Coyotes un congé de taxes de 500 millions et un permis de tenir un salon de paris sur un site qui contrevient aux règles de la Fédération de l’aviation américaine, en raison de la proximité avec l’aéroport de Phoenix. Le 16 mai 2023, la proposition est massivement rejetée par la population de Tempe, laissant Bettman «terriblement déçu» et le forçant à «examiner avec les Coyotes quelles sont les options pour l’avenir». À ce stade, même cette petite bombe émoustille à peine Québec. Les Coyotes aux mille et une vies espèrent toujours finaliser l’achat d’un terrain près de Scottsdale pour y construire un aréna et dévoiler leurs plans dans les semaines à venir. Avec les villes de Salt Lake City, Houston et Atlanta qui lèvent la main si les Coyotes devaient vraiment mourir, Québec ne semble plus vouloir vivre dans le masochisme à rêver éternellement aux Coyotes...