Baseballeuse le soir, fermière le jour: Lucie Anctil mène de front ses deux passions


Stéphane Cadorette
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Le jour, c’est la terre de la ferme familiale qui l’appelle. Le soir, c’est plutôt sur le sable derrière le marbre que la receveuse vit son autre rêve. Pas évident de conjuguer les deux mondes qui se bousculent dans son été, mais Lucie Anctil carbure aux défis que lui amène sa vie de baseballeuse et agricultrice.
Pendant que les séries du baseball majeur battent leur plein avec des vedettes millionnaires en quête des grands honneurs et de la gloire, la réalité n’est pas la même pour les dames de chez nous qui pratiquent ce sport.
Et en matière de baseball, Lucie Anctil n’est certainement pas qu’une joueuse parmi d’autres.
À sa cinquième année dans l’équipe du Québec, la joueuse de 22 ans a aidé les siennes cet été à décrocher la médaille d’argent au championnat canadien sénior féminin, qui se déroulait à Québec.

Elle en est par ailleurs à sa troisième année sur l’équipe nationale. L’an dernier, elle s’est offert un grand chelem en quarts de finale de la Coupe du monde de baseball féminin à Thunder Bay, contribuant à propulser les Canadiennes vers le bronze.
Le tout, en peaufinant son art à l’Académie de baseball du Canada, à Trois-Rivières et en jouant au baseball sénior un peu partout au Québec. De longues heures de route pour la passionnée, qui besogne à la ferme maraîchère Cybèle, à La Pocatière, et qui étudie en gestion de commerce au Cégep Garneau.
«J’ai toujours fait ça. Je fais ma journée de job sur la ferme et après, je pars jouer au baseball. Quand je reviens, je rentre à la ferme le lendemain matin. Oui, parfois je suis maganée, mais une fois sur le terrain de baseball, je ne pense plus à ça. C’est une grosse période, mais ça ne dure pas toute l’année, et l’hiver je dors!» a-t-elle lancé en riant, lors d’un récent entretien au Stade Canac.
Une touche-à-tout
Les parents de Lucie Anctil ont pris le contrôle de la ferme en 2000, sur les terres du grand-père paternel. On y produit des fraises, des framboises, des pommes, des légumes et de grandes cultures, avec commerce de transformation et bar laitier.
Son père et son frère gèrent principalement le côté agricole, tandis que la baseballeuse et sa mère travaillent surtout au commerce et à la transformation. À tout moment, selon les besoins, les rôles peuvent changer, donc elle a appris à toucher à tout.
«Durant toute la saison des récoltes, je suis dans le champ sur les tracteurs. Les journées sont très variables. Tranquillement pas vite, la transition commence et je prends des responsabilités. Ça prend beaucoup de mon temps et c’est ce que je veux faire de ma vie», a-t-elle tranché.

Un travail d’équipe
Lorsqu’elle reprend son bâton de baseball ou son gant de receveuse, c’est de sa cousine Stéphanie Savoie qu’elle s’inspire. Cette dernière, qui évoluait à la même position, a été la première athlète féminine intronisée au Temple de la renommée de Baseball Québec, en 2019.
Malheureusement, Lucie Anctil est pleinement consciente qu’elle ne pourra pas vivre du baseball, ce qui l’a toujours poussée à jongler entre ses deux passions.
«La vie à la ferme, ça se conjugue mal avec une saison de baseball. J’aurais dû jouer au hockey!» a blagué celle qui donne le mérite à ses parents pour son cheminement hors du commun.
«Ils ont été très ouverts en poussant pour que je fasse du sport. Pour eux, c’est important que je vive ma passion, même si ce n’est pas ce qui va me faire vivre», a-t-elle continué.

Dans le même ordre d’idées, ses entraîneurs sur le terrain ont aussi su s’adapter et contribuer à son épanouissement.
«Je finis de travailler à 15 h et je m’en vais jouer. Mes entraîneurs savent que c’est rare que j’arrive deux heures avant un match pour l’exercice au bâton. Ils ont toujours été accommodants», a-t-elle constaté.
Vers la fin du parcours?
Cela dit, Anctil reconnaît que son parcours au baseball n’est pas éternel. Pour l’instant, elle ne peut que savourer chaque moment.
«Je veux continuer de combiner les deux, mais je suis consciente que ce ne sera pas possible pendant encore 10 ans. Tant que mes parents seront prêts à rester sur la ferme, ce sera possible de continuer. Le jour où je voudrai fonder ma famille, il faudra que j’arrête le baseball», a conclu la fermière en devenir.