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Bagarres: le hockey se fiche de ce que dit la science

Les risques liés aux commotions cérébrales sont aussi graves pour un athlète de 19 ans dans la LHJMQ que pour un athlète de 21 ans dans la LNH

Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2023-11-04T04:00:00Z

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Six mois après que la LHJMQ a annoncé qu'elle bannissait les bagarres, quel impact cette décision a-t-elle eu sur le monde du hockey? Le Journal a sondé, durant les dernières semaines, des ligues de partout à travers le monde, des joueurs qui défendent ardemment les combats et des experts qui s'inquiètent pour le cerveau des athlètes. Nous vous présenterons le résultat au cours des prochains jours.


L’abolition des bagarres dans la LHJMQ protégera en partie le cerveau de ses athlètes, en réduisant le risque de commotions cérébrales lié au fait de recevoir des coups de poing à la tête, dont les effets sont particulièrement graves à cet âge. Mais qu’arrivera-t-il quand il passera au niveau supérieur, là où les combats sont toujours permis?

Le développement cérébral se termine «entre 24 et 26 ans», nous ont expliqué des experts en la matière. 

Cela signifie que les risques liés aux commotions cérébrales sont aussi graves pour un athlète de 19 ans, qui joue dans le hockey junior québécois, que pour un hockeyeur de 21 ans qui évolue dans la LNH, la Ligue américaine ou toute autre ligue dans laquelle il pourrait jeter les gants.

Derek Boogaard (à droite) est décédé en 2011, après avoir ingéré de l'alcool et des médicaments contre la douleur. Une analyse réalisée sur son cerveau a démontré que le dur à cuire, qui a livré plus de 60 combats dans la LNH, souffrait d'encéphalopathie traumatique chronique.
Derek Boogaard (à droite) est décédé en 2011, après avoir ingéré de l'alcool et des médicaments contre la douleur. Une analyse réalisée sur son cerveau a démontré que le dur à cuire, qui a livré plus de 60 combats dans la LNH, souffrait d'encéphalopathie traumatique chronique. Photo d'archives

Le professeur à l’Université de Trois-Rivières Philippe Fait, qui siège aussi à plusieurs comités internationaux en lien avec les commotions cérébrales, souligne que les blessures qui touchent le cerveau peuvent «amener un frein à la croissance, au développement cérébral», jusqu’à la mi-vingtaine. 

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C’est comme pour un os, illustre-t-il. «S’il est fracturé, il y a un risque que la croissance arrête.»

  • Écoutez l'entrevue avec Dr Dave Ellemberg, neuropsychologue spécialiste des commotions cérébrales via QUB radio :

10 fois plus à risque

Le docteur Dave Ellemberg, chercheur à l’Université de Montréal, mentionne pour sa part que les commotions cérébrales ont tendance à avoir un impact accru sur le lobe frontal, celui qui est responsable de «la capacité d’inhibition et de flexibilité mentale». 

«[Ces deux capacités] font partie des fonctions cognitives supérieures qui nous permettent de mettre en place des plans, des stratégies, de prendre des décisions rapides, qui sont un peu à la base de la logique et du raisonnement», expose-t-il. 

Les jeunes adultes qui ont subi plus de trois commotions cérébrales «sont donc 10 fois plus à risque de développer des maladies neurodégénératives du cerveau, des troubles de santé mentale ou des problèmes d’anxiété», ajoute le Dr Ellemberg. 

9% des commotions cérébrales

Les bagarres sont responsables de 9% des commotions cérébrales dans la LNH, rapportait en mai dernier une étude menée par le Dr Charles Popkin, du Columbia University Irving Medical Center (CUIMC), à New York. 

Ce n’est pas la principale cause. Ce sont plutôt les mises en échec. 

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Mais comme les plaquages sont nettement plus nombreux au cours d’un match que les combats, qui sont en chute libre depuis deux décennies, on peut affirmer qu’il s’agit d’une cause majeure. 

Les bagarres sont également à l’origine d’autres blessures sérieuses, mentionne Philippe Fait: des fractures de la main, du visage et des pertes de dents, notamment. 

Des effets, peu importe l’âge

Et si les impacts sur la santé deviennent dans certains cas moins grands une fois que le hockeyeur a atteint la mi-vingtaine et que le développement de son cerveau est terminé, ils ne sont pas inexistants. 

Au contraire: «Ce que l’on sait, c’est que plus il va y avoir un nombre de commotions cérébrales dans la carrière d’une personne, souvent il va y avoir des effets cumulatifs, précise le professeur Fait. Et plus elles vont être rapprochées dans le temps, plus on risque d’avoir des problématiques.»

«Moi, je pense que ce serait préférable d’arrêter les bagarres, peu importe le niveau, affirme-t-il. Déjà que ça ne fait pas partie des règles du hockey: ce n’est pas nécessaire de savoir se battre pour jouer.»

«Si tu veux pratiquer un sport de combat, il y a la boxe, le karaté. Des sports qui ont des liens avec le combat et qui ont des règles en lien avec ça.» 

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