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Avortement: déni de démocratie

AFP
Photo portrait de Luc Laliberté

Luc Laliberté

2022-06-27T16:00:00Z

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La décision de la Cour suprême est connue. Les partisans pro-vie voient enfin l’aboutissement de 50 années de luttes, pendant que les pro-choix prennent la rue pour manifester.

Si je ne m’aventure pas dans une comparaison des valeurs des deux camps, je voudrais revenir sur la manière dont nous en sommes arrivés là. Mon constat? Le système imaginé en 1787 a été trafiqué et les intentions trahies.

Si les républicains sont parvenus à installer six juges à la Cour suprême, c’est en raison d’une brillante stratégie à long terme, d’une incroyable résilience et d’un mépris flagrant des règles.

Un biais du système

Rappelons d’abord que les deux derniers présidents républicains ont été élus en perdant le vote populaire. Le collège électoral, censé éviter une domination des États les plus populeux, a créé le problème inverse au fil du temps et des changements.

Même phénomène au Sénat, issu de ce qu’on appelait le Great Compromise. Encore ici, les législateurs ont progressivement créé des règles qui font maintenant en sorte que les États peu populeux peuvent freiner plusieurs initiatives de la formation dominante.

L’évolution du processus électoral et de l’institution du Sénat favorise l’électorat républicain. Si vous ajoutez le redécoupage de la carte électorale et les manipulations pour réduire l’impact du vote des minorités, vous conférez un poids considérable aux électeurs des États les moins populeux, vous favorisez les électeurs blancs et conservateurs.

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Tricher et mentir au besoin

Pour les républicains et les conservateurs, ce ne fut pas suffisant. Lorsque Barack Obama a retenu la candidature de Merrick Garland pour combler une vacance à la Cour suprême, les républicains ont invoqué une règle qui n’existe pas: on ne se prononce pas pendant une année électorale. Une décision honteuse, en rupture avec le devoir que confère la Constitution.

Pendant sa présidence, Donald Trump a donc eu l’opportunité de nommer trois juges à la Cour suprême. On ne s’étonne pas qu’il ait préféré trois candidats particulièrement conservateurs; ce qui choque, c’est que pendant leur audience, ces trois juges ont laissé entendre que le droit à l’avortement n’était pas menacé. Si ce n’est pas un jeu de politique partisane...

AFP
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Il n’est pas anodin de rappeler que la décision annoncée vendredi survient au moment où la commission qui enquête sur l’assaut du 6 janvier montre bien que Donald Trump et ses proches ont tenté de tricher et d’invalider les résultats légitimes de l’élection de novembre 2020.

Si vous vous demandez encore comment le plus haut tribunal peut décider d’aller à l’encontre de la volonté de 66% de la population (hommes comme femmes), repensez à la complexité du système américain, mais aussi à l’absence totale de scrupules de ceux qui le manipulent.

Il faut rappeler et dénoncer cette détérioration de la démocratie américaine, puisque ce ne sont pas les livres d’histoire – eux aussi de plus en plus censurés dans les États conservateurs – qui le feront.

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