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Avons-nous vraiment besoin des Américains?

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Photo portrait de Francis Gosselin

Francis Gosselin

2025-01-11T05:00:00Z

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Dans un autre de ses discours improvisés, le président Donald Trump a affirmé sans ambages qu’il n’y avait rien au Canada dont les Américains avaient vraiment besoin.

L’homme au toupet orange semble oublier que 52% du pétrole importé aux États-Unis provient du Canada. Que le Québec a convenu d’une entente avec New York portant sur la vente de 10,4 TWh d’électricité par année. Que le Canada est le principal fournisseur de pièces automobiles, d’isotopes médicaux, de terres rares et d’une panoplie de services essentiels aux Américains.

Alors même que nos canadairs travaillent sans relâche pour tenter d’éteindre les feux qui ravagent actuellement Hollywood et Malibu, l’affirmation selon laquelle les États-Unis pourraient se priver entièrement du Canada est naïve, au mieux.

Et nous, en avons-nous vraiment besoin, des Américains?

La réciproque

On n’aurait jamais la prétention, au Canada, d’affirmer le contraire.

Évidemment.

Car comme Québécois et Canadiens, nous sommes, à l’inverse, entièrement dépendants des États-Unis pour maintenir notre niveau de vie et le dynamisme de notre économie. Du moins, c’est une croyance profondément ancrée en nous.

Il suffit de voir les annonces des dernières semaines où, malgré les vives et incessantes critiques à leur égard, nos gouvernements continuent de faire pleuvoir les subventions sur les sociétés étatsuniennes. Que serait l’économie québécoise sans l’usine d’IBM à Bromont (subvention: 100 M$), celle de Moderna à Laval (subvention: 25 M$) ou les projets annoncés récemment par Vegpro (subvention: 20 M$). Ajoutons les millions en contrats publics à Microsoft, à AWS (Amazon), à Google, etc., pour les centres de données au Québec. Et évidemment, plus près de Trump, les plus de 130 millions $ à l’entreprise de son ami Elon Musk pour offrir l’internet satellitaire aux régions éloignées du Québec.

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Nous sommes à ce point désespérés d’attirer des entreprises américaines chez nous que nous sommes prêts à endetter l’État de dizaines de milliards de dollars pour y parvenir.

Un électrochoc

Il n’y a aucune raison de regretter d’avoir choisi d’attacher nos wagons à la locomotive américaine. Mais force est d’admettre que ce pari historique – un choix de facilité, régi par la proximité culturelle et géographique – nous explose actuellement en plein visage.

Quand 77% de vos exportations se rendent au même endroit, il faut s’assurer que cet endroit est fiable. Surprise: malgré plus d’un siècle d’étroite collaboration, nous n’étions pas à l’abri de l’irrationalité et de la démence d’un seul homme.

Si Trump a forcément tort concernant la nature interdépendante de notre relation, il a raison sur un point: nous avons besoin des Américains beaucoup plus qu’ils n’ont besoin de nous.

La Chine semble vouloir nous tendre la main. Il faut examiner cette proposition avec circonspection. Le Canada n’est pas un simple pion sur l’échiquier mondial que peuvent courtiser, puis mépriser, les grandes puissances, au gré de leurs humeurs.

Il est un peu drôle d’observer soudainement les anglophones du Canada pédaler pour justifier leur nationalisme spontané. De lire et de voir des Québécois souverainistes leur prodiguer des conseils.

En espérant que cette menace, aussi absurde soit-elle, puisse nous servir d’électrochoc. Et qu’elle nous incite à diversifier un peu nos dépendances.

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