Avantage génétique : en voilà une injustice aux Jeux


Jean-Nicolas Blanchet
Partager
PARIS | Aimeriez-vous ça essayer de gagner au tennis en double si vous affrontiez deux Rafael Nadal ?
C’est un peu ce que devront faire les Québécoises Jacqueline Simoneau et Audrey Lamothe vendredi et samedi pour l’épreuve en duo en natation artistique.
La Chine est représentée par les sœur Wang, des jumelles. Pour l’Autriche, ce sera les sœurs Alexandri, deux de triplées. Les Pays-Bas présenteront les sœurs de Brouwer, des jumelles. Et le duo de l’Ukraine, ce sera les sœurs Aleksiiva, des jumelles.
Bref, presque le quart des adversaires du duo canadien seront des sœurs jumelles.
Voici les duos en photo. Vous verrez qu'il y a comme un petit air de famille.
Les soeurs Aleksiiva, Ukraine

Les soeurs Alexandri, Autriche

Les soeurs Wang, Chine

Les soeurs de Brouwer, Pays-Bas

« En partant, pour nous, ça nous place dans un immense désavantage », m’expliqué «Jackie» Simoneau mercredi.
« Les erreurs de synchronisation (pour les sœurs jumelles) sont presque négatives », poursuit-elle, ajoutant que le niveau de difficulté de ce que le duo canadien prévoyait était tout de même assez élevé pour croire à un podium.
Elle a expliqué à quel point l’avantage est énorme dans ce sport.
Tout faire pareil
Car le but de l’épreuve en duo, c’est justement que les deux nageuses fassent exactement la même chose, comme un miroir. Voilà pourquoi l’avantage est encore plus important que dans d’autres sports.
Ça ne veut pas dire que les duos de jumelles vont être aussi bons que les autres duos sur le plan artistique ou technique. Mais pour la synchronisation, elles risquent de toutes être parfaites. Et ça s’appelait nage synchronisée avant, donc c’est une partie plutôt importante de la discipline.
Non, je ne crois évidemment pas qu’il faille interdire les jumelles. Au contraire, c’est fabuleux. Mais oui, des athlètes partent avec un avantage évident. Et c’est injuste pour les autres.
C’est plutôt fréquent des jumelles dans ce sport en duo. Il y en avait quatre duos à Tokyo, trois à Rio et deux à Londres. On en voit aussi en plongeon synchronisé, badminton, tennis, en athlétisme. Mais pas autant.
La sagesse d'Élise
Élise Marcotte a terminé 4e aux Jeux de Londres en 2012 avec Marie-Pier Boudreau Gagnon en duo. Les Québécoises avaient battu les deux duos de jumelles qui étaient de la compétition, soit les sœurs Sanchez de l’Argentine et les sœurs Park, de la Corée du Sud.
Élise reconnait qu’il s’agit d’un gros avantage. « Je pense que plusieurs nageuses auraient aimé avoir une jumelle ! Une partenaire de duo parfaite avec qui c’est facile de se synchroniser et qui bouge de la même manière », m’a-t-elle raconté en entrevue, jeudi.
Mais elle estime que de ne pas nager avec une sœur jumelle à d’autres avantages.
« Tu développes une complicité incroyable. Marie-Pier est encore une de mes meilleures amies même si on habite à des coins différents de pays. Pour Jackie et Audrey, l’expérience de Jackie et l’énergie d’Audrey font un mixte parfait pour être des concurrents redoutables », poursuit Élise.
Pour rattraper l’écart avec des jumelles, ou pour s’assurer d’avoir la meilleure synchronisation possible, c’est fascinant ce qu’elles font. Ça, c’est son ancienne coéquipière olympique Valérie Welsh qui me l’a expliqué.

Le duo dort dans la même chambre à l’hôtel, a le même horaire, voyage une à côté de l’autre, font les activités ensembles, etc. Celles qui ne font pas le duo peuvent se mélanger. Le duo a son monde et le reste de l’équipe en a un autre. Tout ça pour les synchroniser, comme lorsque l’on transfère les données de notre cellulaire sur un autre.
Jacqueline Simoneau et Audrey Lamothe amorceront la compétition en duo vendredi à 15h30, heure du Québec. Il s’agit des premiers jeux d’Audrey. Jacqueline avait terminé au 5e rang en duo à Tokyo et 7e à Rio.