Autrefois comparé à Marc-André Fleury: qu’est devenu le gardien de but Gabriel D’Aigle?


Kevin Dubé
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En 2022, plusieurs observateurs croyaient que le Québec avait finalement trouvé sa prochaine grande vedette masquée, lorsque les Tigres de Victoriaville ont réclamé Gabriel D’Aigle, que certains étiquetaient comme le prochain Marc-André Fleury, au deuxième rang au total. Depuis, l’amateur de hockey moyen, qui ne suit pas assidûment le hockey junior, n’a plus beaucoup entendu parler de lui.
Les attentes étaient énormes pour le jeune gardien natif, comme Fleury, de Sorel-Tracy.
Après sa première saison dans la LHJMQ, à 16 ans, il avait été invité à représenter le Canada au Championnat mondial des moins de 18 ans et était alors devenu le premier gardien de l’histoire de cet âge à entamer un match à ce tournoi.
Deux ans plus tard, D’Aigle est toujours à Victoriaville et vit son année de repêchage dans la LNH. Sur le plus récent classement du Bureau central de dépistage, il était classé au huitième rang des gardiens nord-américains et au quatrième parmi les hommes masqués de la LHJMQ admissibles, derrière Lucas Beckman (3e), Samuel Meloche (4e) et Louis-Antoine Denault (7e).
Que s’est-il donc passé pour que D’Aigle passe de «surdoué» à espoir de milieu ou fin de repêchage?
Des attentes qui n’avaient «aucun bon sens»

Le directeur général des Tigres de Victoriaville Kevin Cloutier sourit, lorsqu’on lui rappelle que son jeune gardien de but s’attirait des comparaisons avec Marc-André Fleury, quand ils l’ont réclamé tout juste derrière le défenseur Tomas Lavoie au repêchage de 2022.
«Quand tu compares un jeune de 15 ans à un gardien qui a été le tout premier choix du repêchage de la LNH, en partant, ça n’a aucun bon sens. Mais ça, ça venait de l’extérieur. À l’interne, on n’a jamais comparé Gabriel à Marc-André Fleury. On savait que c’était un excellent gardien dans son groupe d’âge. Puis, quand il est arrivé avec les moins de 18 ans, à 16 ans, ç’a ajouté aux attentes, qui étaient déjà énormes.»
De son côté, D’Aigle se rappelle aussi très bien des espoirs qui étaient placés dans lui à son arrivée dans la LHJMQ. Il assure toutefois qu’il n’a jamais ressenti la pression de devenir «le prochain Fleury».
«Honnêtement, je savais que ces comparaisons étaient exagérées. Il n’y a aucune comparaison possible avec Marc-André. C’était comme si on me comparait à l’un des plus grands de l’histoire. Je trouvais ça le fun, par contre, et je le prenais surtout de façon positive», assure celui qui s’entraîne, l’été, avec Fleury.
Un rôle de second violon prolongé

D’Aigle est arrivé à Victoriaville lors de la saison 2022-2023, qui a coïncidé avec la grande éclosion du vétéran de 19 ans Nathan Darveau. Le petit gardien de 5 pi 8 po a tout simplement dominé la LHJMQ lors de ses deux dernières saisons juniors, remportant notamment le titre de joueur par excellence dans toute la Ligue canadienne de hockey en 2023.
Les prouesses de Darveau ont donc relégué D’Aigle au rôle de second lors de ses deux premières saisons dans la LHJMQ.
«Je m’y attendais à ma première année. On avait une bonne équipe, et je jouais bien aussi. Ç’a très bien été et c’était facile de rester concentré. L’an dernier, par contre, j’ai trouvé ça dur. Il y avait des séquences, des fois, de cinq ou six matchs, des fois plus, où je ne jouais pas. Je pense par contre que ça va me servir dans les prochaines années si j’ai à être le deuxième gardien quelque part.»
Cloutier le voit aussi d’un bon œil.
«Quand tu arrives chez les professionnels, tu peux frapper un mur quand tu n’as pas vécu assez d’adversité. Gab, il en a vécu. Sa plus grande qualité, c’est que c’est un battant. Il ne lâche jamais.»
Cette qualité, il l’a notamment apprise de Darveau.
«Nathan, il se battait pour chaque rondelle. Son esprit compétitif, c’est l’un des meilleurs que j’ai vu dans ma vie. J’ai beaucoup appris de lui. C’est l’un des meilleurs gardiens juniors dans l’histoire et c’est un privilège de l’avoir côtoyé.»
Une saison de hauts et de bas

D’Aigle s’est finalement fait confier le filet cette saison, à la suite de la fin du stage junior de Darveau. Et cette première campagne comme homme de confiance arrive à un point où les Tigres connaissent des difficultés et entrent dans la première année d’un cycle de reconstruction.
«Cette année, on n’a aucun match facile. On n’a que 11 victoires, et c’est Gabriel qui les a toutes remportées. Et chaque fois, il a eu son mot à dire, souligne Cloutier. On travaille beaucoup avec lui sur la constance dans son jeu.»
Mais même si cette saison amène son lot de défis, D’Aigle savoure pleinement le fait d’être celui sur qui l’équipe compte soir après soir.
«J’ai moins le temps de penser. Dès qu’un match est fini, je dois me mettre à penser au prochain et je n’ai pas le temps de me remettre en question. C’est vraiment plus facile, quand tu joues plus souvent.»
Encore un grand potentiel

D’Aigle n’a probablement pas connu le parcours junior que certains lui prévoyaient jusqu’ici. Est-ce qu’il faut donc mettre une croix sur lui et son potentiel à long terme? Ce n’est pas le cas des équipes de la LNH en tout cas.
Même si ses débuts dans la LHJMQ n’ont pas été un long fleuve tranquille, D’Aigle demeure un gardien fort intrigant pour les équipes du circuit Bettman. Son gabarit à lui seul (6 pi 4 po et 207 lb) fait de lui un projet intéressant à long terme. Surtout que le développement d’un gardien s’échelonne la plupart du temps sur plusieurs années.
«Pour avoir parlé à plusieurs gars de hockey, il est sur leur liste pour le repêchage, révèle Kevin Cloutier. Une personne me le comparait récemment à Adin Hill, des Golden Knights de Vegas. C’est un gros bonhomme qui n’est pas le meilleur patineur, mais, quand il a appris qu’il n’était pas obligé de bouger devant le filet et qu’il pouvait attendre que les rondelles le frappent, il a débloqué. Les équipes projettent ce qu’il pourrait devenir à 23 ou 24 ans.»
Pour Cloutier, son gardien fera le saut chez les professionnels mieux outillé que plusieurs autres joueurs de son âge.
«Il a eu beaucoup de choses à gérer au niveau mental. Avec les réseaux sociaux, un jour, tu es le meilleur, et le suivant, tu es un flop. De notre côté, on ne l’abandonnera pas. L’an prochain, on va déjà avoir une meilleure équipe, et il va être dans son groupe d’âge, à 19 ans. Ce sera une année importante pour lui. Je pense qu’il sera un très bon placement pour une équipe de la LNH, peu importe la ronde.»