Au cœur de la recherche à Johns Hopkins
Joueur de crosse, le Québécois Marc Pion s’implique dans la bataille contre la COVID-19


François-David Rouleau
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Marc Pion n’est pas sur la ligne de front au centre médical de la réputée Université Johns Hopkins à Baltimore. Comme il le fait à sa position défensive à la crosse, le diplômé en santé publique joue un rôle en arrière-plan. Ses tâches ne sont pas moins importantes puisqu’il est au cœur de stratégies de recherches dans la lutte contre la COVID-19.
Le Montréalais âgé de 24 ans s’active dans les bureaux de la haute direction. Avec son bagage universitaire et sa formation complémentaire, il gère les nombreux projets de santé publique.
Dans cette pandémie, l’institution du Maryland opère un véritable observatoire du coronavirus. Le centre de ressources compile des millions de données issues du monde entier en présentant une fiabilité à toute épreuve. Les experts de Johns Hopkins émettent leurs recommandations à l’échelle planétaire.
Ère unique
Pion s’affaire dans la courroie de transmission entre la haute direction et le terrain. Les projets se comptent par milliers et proviennent de tous les milieux. Ce qui l’allume, ce sont les impacts sociaux de cette pandémie ainsi que la biotechnologie.
À titre d’exemple, le jeune diplômé s’intéresse entre autres aux études sur l’organisation des hôpitaux, aux impacts du coronavirus sur la vie et le fonctionnement du campus, ainsi qu’aux mesures adoptées pour poursuivre l’enseignement sans accumuler les retards en cette ère covidienne.
Les objectifs visent à diminuer les effets négatifs pour traverser la tempête.
Comme aux échecs, les observateurs en santé publique doivent toujours prévoir ce qui les attend. L’observatoire fournit toutes les données nécessaires afin de déjouer les mauvaises éventualités.
Qu’est-ce qui a amené le Québécois à Johns Hopkins ?
Le sport de la crosse, entre autres.
Il étudiait jusqu’en 2018 en économie à l’Université Harvard, où il faisait aussi partie de la formation de crosse du Crimson.
Mais il a développé une attirance et une curiosité pour les enjeux de santé publique. Hopkins était l’endroit tout indiqué pour poursuivre ses études avec une mineure en économie en poche. Direction le Maryland.

Haute réputation
« La renommée de Hopkins et de l’équipe de crosse qui affronte les grandes universités de la conférence du Big10 dans la NCAA n’était pas négligeable. C’est un programme académique énorme, explique Pion en entrevue avec Le Journal de Montréal, alors que les cas d’infection à la COVID-19 explosent aux États-Unis.
« Je devais faire ce passage vers Hopkins. Il m’ouvrait les portes de l’éducation, de la recherche et du milieu professionnel », ajoute le nouvel espoir des Wings de Philadelphie, dans la Ligue nationale de crosse (NLL).
Nouveaux objectifs
En obtenant son diplôme au printemps dernier et en poursuivant des études supérieures, un MBA en finances et santé publique, Pion a saisi l’une des cinq formations complémentaires (fellowship) de la faculté. Il l’a amorcée le 1er juillet, en pleine pandémie. Il devait patauger dans les chiffres. Nul besoin de souligner que les objectifs de départ ont rapidement changé.
« Je devais m’attarder aux stratégies financières de l’université en matière de centre hospitalier et d’investissements, mais tous les efforts ont été déplacés vers les enjeux de la pandémie, raconte-t-il. On a déterminé où la COVID causait des dommages et où les projets en cours rencontraient des problèmes. On devait s’assurer de placer les ressources aux bons endroits.
Même si c’est différent, c’est très intéressant de toucher à tout. La situation actuelle demande de s’adapter tous les jours. C’est la clé. Toute situation changeante requiert une nouvelle mesure. On parle de variable, pas de constance. »
Tempête parfaite
Le moins que l’on puisse dire, c’est que le professionnel de santé publique connaît tout un baptême du feu dans son milieu. Dans cette situation sans précédent, il se disait prêt à affronter la tempête.
L’hiver dernier, pendant que la COVID-19 s’étendait en Chine, Pion était installé en classe dans un cours de gestion de crises en santé publique. Il ne savait pas encore que ses nouveaux acquis lui seraient utiles à très court terme.
« On parlait d’Ebola, de la grippe H1N1, du SRAS. On analysait notre réponse et la façon d’aborder la prochaine crise. Celle du coronavirus se développait. On observait le potentiel de ce que l’on vit présentement. Elle s’est transformée en tempête parfaite, commente-t-il. Ce ne sont pas tous les virus mortels qui sont très problématiques. Ce sont ceux qui perdurent dans le système, qui tuent et qui continuent de se propager. »
Tenace comme sur le terrain de crosse, Marc Pion ne baissera pas la garde tant que la bataille ne sera pas gagnée.
Joindre l’utile à l’agréable

Comme le sport lui a ouvert les portes des prestigieuses universités Harvard et Johns Hopkins, Marc Pion n’a pas l’intention de délaisser sa passion. Si les conditions sont réunies pour jouer en sécurité au printemps, il entreprendra sa carrière professionnelle.
Choix de quatrième tour des Wings de Philadelphie, dans la National Lacrosse League (NLL) en septembre dernier, le Montréalais qui habite la région de Baltimore n’est qu’à un jet de pierre du Wells Fargo Center de Philly. Il n’aurait qu’à conduire 90 minutes vers le nord pour rejoindre son équipe.
C’est si, évidemment, la NLL lance sa saison 2021 en avril. Et si le contexte sanitaire le permet et s’améliore aux États-Unis. Plus que quiconque, Pion est au fait des recommandations à respecter qui émanent de son alma mater du Maryland.
Le milieu de terrain à caractère défensif souhaite s’établir dans la NLL, lui qui est passé par le Crimson de Harvard avant de se joindre aux Blue Jays de Johns Hopkins en 2018. À ses 14 matchs dans la NCAA, Pion compte un championnat de la conférence Big10 et une présence en quart de finale du tournoi annuel de la NCAA en 2018.
Étape suivante
Une blessure au genou l’automne dernier a mis un voile sur sa dernière saison. Lorsqu’il était prêt à revenir au jeu en mars contre la formation de l’Académie navale à Annapolis, c’était une journée trop tard. La pandémie a mis une fin abrupte à sa carrière sportive universitaire.
« C’est décevant de ne pas avoir pu goûter à un dernier match, mais je ne peux pas me plaindre avec mes projets en santé publique. Si je n’étais pas passé aux études supérieures, j’aurais pu continuer en 2021. J’ai décidé de passer à autre chose, de m’investir dans une expérience unique au sein d’une grande institution de recherches et de viser un début chez les pros. C’était important de passer à la prochaine étape. »
En parallèle à son MBA, un programme à double volet en finances et santé publique, ainsi qu’aux projets de son fellowship, il veut amorcer sa carrière dans la NLL.
« C’est aussi très important pour moi, car c’est ce sport qui m’a amené à Harvard et Hopkins. Il m’a ouvert tant de portes dans les dernières années que je ne veux pas laisser tomber l’occasion. »
Reconnu pour son jeu robuste, l’athlète de 6 pi et 200 lb décèle les jeux adverses avec le flair d’un grand joueur d’échecs. Il peut ainsi être plus intense dans le feu de l’action.
De Brébeuf à la NLL
Pion est tombé en amour avec le traditionnel sport de la crosse dans ses cours d’éducation physique au secondaire au collège Jean-de-
Brébeuf. Il a délaissé le hockey pour poursuivre sa passion.
Sa rapide progression l’a conduit à l’Académie IMG, située au sud de Tampa, en Floride. Le Québécois a côtoyé de grands athlètes, dont des olympiens et des professionnels, dans des installations sportives rêvées. Cette académie accueillant des étudiants-athlètes de la planète entière est l’une des plus prestigieuses institutions du genre au monde.
Deux fois capitaine de la formation de crosse, il a su s’y démarquer alors qu’il a aidé l’équipe à terminer au cinquième rang national en 2015. Une expérience qui lui a aussi permis de cogner aux portes de Harvard, de Hopkins et de la NLL, où il deviendra un très rare Québécois à évoluer.
À Philadelphie, il rejoindra Stéphane Charbonneau et Angus Goodleaf. Ils sont les trois seuls Québécois à s’y établir et souhaitent paver la voie des générations futures.
Décision difficile à venir

À cause de la flambée des cas d’infection à la COVID-19 aux États-Unis et du scepticisme des experts en santé publique quant à un éventuel retour à la normale dans le monde des sports, Marc Pion estime qu’il aura des décisions difficiles à prendre d’ici quelques semaines.
Selon lui, il serait risqué de jouer à la crosse si la situation ne s’améliore pas, surtout au pays de l’Oncle Sam, lourdement touché par la COVID-19.
« Tout est une question de situation. Elle change si souvent. La prochaine semaine est difficile à prédire. Qu’est-ce que ce sera en avril?, a-t-il questionné. Au printemps, les circonstances devront être réunies pour lancer la saison. Il faut aussi considérer les enjeux sociaux.
« Il y a encore trop d’inconnu dans cette pandémie, ajoute-t-il. C’est pourquoi les recherches en cours sont importantes afin de trouver des réponses claires. »
Autres études
Pion est un habitué des études à connotations sportives. Tandis qu’il fréquentait Harvard, il avait collaboré à un projet concernant la NFL. Cette recherche s’attardait aux problèmes médicaux causés par une courte ou longue carrière. On connaît les ravages des commotions cérébrales, mais moins les troubles de personnalité et les problèmes cardiaques et orthopédiques.
« On évaluait le portrait global des joueurs pour améliorer leur qualité de vie à leur retraite, indique-t-il. Parfois, les problèmes surgissent 10 à 20 après le dernier match. »
À son arrivée à Johns Hopkins, Pion a aussi participé durant deux ans à une étude portant sur les conséquences des coups violents au sternum qui causent des arrêts cardiaques. Celle-ci a incité des équipementiers du monde sportif à modifier les protections.
Cette recherche l’a amené à réfléchir à son avenir dans la crosse, un sport féroce, intense et parfois violent. Elle ne l’a toutefois pas refroidi suffisamment pour délaisser sa passion et ne pas prendre le chemin des pros.