Au bout du compte, on en a eu pour notre argent


Jonathan Bernier
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Si, après le troisième match, quelqu’un m’avait dit que l’on était sur le point d’assister à l’une des finales les plus excitantes de l’histoire de la LNH, j’aurais invité mon interlocuteur à retourner son stock à la SQDC.
Dans ces pages, j’avais moi-même fait part de ma déception concernant l’ambiance et l’enjeu devenus pratiquement nuls de ma première finale en sol canadien. Douze jours plus tard, force est d’admettre qu’on en a eu pour notre argent.
D’abord parce qu’on a assisté à une remontée qui ne s’était pas vue depuis la capitulation de l’Allemagne nazie. Aucune équipe, depuis les Red Wings en avril 1945, n’était parvenue à forcer la tenue d’un match ultime après avoir perdu les trois premiers matchs de la finale.
Ce retour inespéré, on le doit en grande partie, aux deux soirées de quatre points de Connor McDavid. Du jamais-vu pour un joueur dont l’équipe avait le dos au mur.
Un honneur mérité
D’ailleurs, le capitaine des Oilers a profité des deux derniers mois pour prouver qu’il était la supervedette d’une génération. On s’en doutait déjà, mais là, c’est confirmé.
Dans l’histoire de la LNH, il n’y a que Wayne Gretzky et Mario Lemieux qui ont accumulé plus que les 42 points récoltés par l’actuel capitaine des Oilers. Pas surprenant qu’il ait remporté le trophée Conn-Smythe de façon presque unanime (16 votes de première place sur 17).
Même si c’était dans une cause perdante, McDavid n’a pas volé le titre de joueur le plus utile. J’ai eu la chance de couvrir son parcours à partir de la série contre les Canucks de Vancouver. S’il est spectaculaire à la télé, c’est encore plus le cas en personne.
Sa vitesse, son accélération et ses changements de direction sont époustouflants. Ce qu’il y a d’encore plus impressionnant, c’est que son cerveau et ses mains sont également assez vifs pour suivre.
Ils ont eu peur
Malgré toute la bonne volonté de McDavid, les Oilers n’ont pas réussi le miracle. C’est triste pour lui, pour Vincent Desharnais et pour Corey Perry qui se trouve dans le camp des perdants pour la quatrième fois en cinq ans.
Mais on peut se réjouir pour Roberto Luongo, conseiller spécial au directeur général Bill Zito. L’ancien gardien avait vécu l’agonie d’un revers dans un match ultime avec les Canucks, en 2011. C’est également une belle récompense pour Sylvain Lefebvre qui s’est joint aux Panthers à titre d’entraîneur adjoint, l’an dernier.
Et que dire de Paul Maurice, qui roule sa bosse derrière des bancs de la LNH comme entraîneur-chef depuis 1995? Ses 1848 matchs de saison régulière le placent au deuxième rang derrière les 2141 de Scotty Bowman.
À 57 ans et 146 jours, il est devenu le deuxième plus vieil entraîneur-chef à remporter sa première coupe Stanley. On peut comprendre tout le soulagement qu’il a laissé transparaître lorsqu’il a soulevé le précieux trophée.
D’ailleurs, on peut se demander si le fait de l’avoir remporté au terme de sept rencontres n’a pas fait en sorte qu’il a savouré davantage le moment.
Tout comme ses Panthers, il a eu peur. On peut le comprendre.
C’est trop tard
Puisque la perfection n’est pas de ce monde, je me permets une petite critique. Le 24 juin, c’est beaucoup trop tard pour remettre la coupe Stanley dans une saison dont le cours n’est pas interrompu par un conflit de travail, un tournoi olympique ou une pandémie.
C’était la cinquième fois que le précieux trophée était remis aussi tard. Dans trois des quatre premières occasions, la saison s’était mise en branle à la mi-janvier.
C’est fois, elle s’est amorcée le 10 octobre.
L’heure est peut-être venue de penser à devancer le début de la campagne d’une dizaine de jours ou éviter de laisser passer une semaine entre la fin des finales d’association et le début de la ronde ultime.
Surtout qu’on n’est pas au bout de nos peines. La confrontation des quatre nations – mettant aux prises le Canada, les États-Unis, la Suède et la Finlande – forcera l’interruption de la saison 2024-2025 pendant une dizaine de jours en février prochain.
Raccourcir les camps d’entraînement pourrait aider en ce sens. On n’est plus dans les années 1970 et 1980 où les joueurs avaient besoin de trois semaines pour retrouver la forme après avoir fait des tournées de balle-molle.
D’ailleurs, le Tricolore jouera six matchs préparatoires en septembre et octobre prochains, le minimum prévu dans la convention collective. Honnêtement, c’est bien suffisant pour savoir qui fera le club et pour roder la machine en prévision du début de la saison.