Athlète et politique: si tu joues pour le diable, tu aides le diable
Les athlètes qui choisissent de s’associer à des méchants martèlent que ça ne les intéresse pas de parler du fait qu’ils s’associent à des méchants.


Jean-Nicolas Blanchet
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Si tu joues au hockey pour le diable, à moins qu’il t’y force, tu aides le diable.
Si tu joues au baseball pour le Capitaine crochet, à moins qu’il te menace avec son crochet, tu aides les pirates.
Si tu joues au golf pour Darth Vader, à moins qu’il t’aie fait prisonnier, tu encourages le côté sombre de la force.
Si tu joues au tennis pour Hannibal Lecter, à moins qu’il te l’exige sinon il te croque, tu encourages le cannibalisme.
Dans mon esprit, c’est aussi simple que ça.
Mais ç’a l’air que ce ne l’est pas dans la réalité. Les vilains remplissent les poches des athlètes, mais tout est beau.
Les athlètes qui choisissent de s’associer à des méchants martèlent que ça ne les intéresse pas de parler du fait qu’ils s’associent à des méchants.
Ils lèvent les yeux au ciel quand les journalistes leur parlent de moralité.
Qu’ils sont des athlètes. Qu’ils ne font pas de politique.
Mais désolé, oui ils en font de la politique. Tu n’as pas être politicien pour faire de la politique.
La politique, c’est l’exercice du pouvoir dans une société.
Quand un héros sportif accepte des centaines de millions de dollars d’un gouvernement qui emprisonne ou tue des citoyens car ils ont exercé le droit à la liberté d’expression*... je trouve qu’il fait de la politique. Que l’athlète le veuille ou pas.
C'est de la politique
Les athlètes ont du pouvoir. Ils sont idolâtrés et imités. Ils déplacent des foules. Quand ils font une pub de déodorant, on veut ce déodorant. Quand on les voit avec une casquette d’une chaîne de restos, on veut aller à ce resto. Bref, ces athlètes ont du pouvoir et influence la société.
Quand un joueur de hockey d’ici décider d’aller joueur de l’autre côté de l’océan, dans une ligue dont le grand manitou est sur la liste noire partout dans le monde dans la foulée de l’invasion d’un pays par les armes... je trouve que ce joueur fait aussi de la politique. Il en fait indirectement. Mais dans les faits, il en fait beaucoup.
«Je ne vais pas embarquer dans la politique», a expliqué John Rahm, un des meilleurs joueurs de golf au monde, lorsqu’il a été questionné par ESPN sur la moralité de rejoindre le circuit LIV. En échange de 500 M$, Rahm a rejoint cette ligue qui divise la planète du golf en décembre.

La LIV est financée par un fonds qui est dirigé par Mohammed ben Salmane, prince hériter et premier ministre de l’Arabie Saoudite. C’est le pays qui a exécuté, surtout par décapitation, 170 personnes en 2023. On dénombre de nombreux cas « pour des motifs allant de quelques tweets à des infractions à la législation sur les stupéfiants, à l’issues de procès grossièrement injustes», souligne Amnesty international.
Bref, peut-être que John Rahm ne veut pas faire de politique. Mais quand tu es un des meilleurs au monde à ton sport et que tu décides d’accepter un demi milliard $ de l’argent de ce gouvernement, tu te mêles directement à la politique.
Pourtant, c’est la même réplique de presque tous les golfeurs qui passent à la LIV. Ils disent qu’il faut éviter de mêler la politique aux sports. Je ne veux pas avoir l’air du petit frère qui pointe son autre petit frère, mais c’est eux qui ont commencé.
Benoit Groulx et la KHL
«Je suis un coach de hockey, pas un politicien». Voilà ce qu’a lancé Benoit Groulx à mon collègue Stéphane Cadorette concernant sa décision de devenir entraîneur chef dans la ligue continental de hockey en Russie (KHL).
On s’entend, Groulx est loin d’avoir le compte en banque de John Rahm. Il n’a peut-être pas plein d’options pour bien gagner sa vie dans le coaching. Je peine à comprendre pourquoi une équipe de la LNH ne lui donne pas sa chance. Il était peut-être bien déchiré par ce choix.
Mais, malgré tout, d’aller en Russie, ça devient politique, à mon avis.
Le président du comité des gouverneurs de la KHL est l’oligarque russe Gennady Timchenko, c’est un des hommes d’affaires les plus riches au monde. Il est un ami intime de Vladimir Poutine et a développé sa fortune après que ce dernier lui ait octroyé une licence d’exploitation de pétrole au début des années 90. Puisqu’il fait partie d’un cercle restreint du pouvoir russe, plusieurs pays ont émis des sanctions contre lui en lien avec l’invasion de la Russie en Ukraine. Son yacht a été saisi et ses actifs ont été gelés.

Boris Rotenberg, un autre oligarque russe, est un grand ami de Poutine qui a été également été sanctionné dans le cadre de la guerre en Ukraine qui a déjà tué des centaines de milliers de personnes. Son fils, Roman a été nommé l’an dernier comme entraîneur du SKA de St.Peterburg, même s’il n’avait jamais été entraîneur. Il est aussi vice-président de la fédération russe de hockey et il est le bras droit de Timchenko à la tête du comité des gouverneurs de la KHL, tout en restant impliqué dans le pétrole.
Autrement dit, ceux qui croient que la KHL n’a aucun lien avec la politique. Ou que le hockey russe reste loin de la politique. Désolé, ce n’est pas comme ça que ça marche en Russie.
C’est donc dans cette ligue que Benoit Groulx a décidé d’embarquer. C’est un coach, pas un politicien. Ce n’est pas à lui d’arrêter la guerre en Ukraine. Mais il y a choix indirectement lié à la politique qu’on ne peut pas ignorer.
*Source: Amnesty international.