Après plus de trois ans à reconstruire le Canadien, Kent Hughes peut enfin nourrir son esprit compétitif: «Parfois, il m’a fallu de la patience»


Jonathan Bernier
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EDMONTON | Kent Hughes s’est présenté au point de rendez-vous avec un short de sport et un t-shirt. Quelques gouttes de sueur sur son front ont permis de comprendre qu’il avait interrompu sa séance à la salle de gym pour venir s’entretenir avec le représentant du Journal.
En s’asseyant, il a retiré ses écouteurs. Il venait de terminer un appel.
«Je n’ai pas le choix de faire deux choses en même temps, a-t-il lancé en saluant l’auteur de ces lignes. Parfois, je vais marcher pendant une heure ou une heure et demie. Je suis pratiquement au téléphone tout le long.»
D’ailleurs, ce téléphone sonnera à quelques occasions durant l’entretien d’une trentaine de minutes. Aucune fois le directeur général ne prendra l’appel. Il se contentera, à l’occasion, de jeter un œil rapide sur l’identité du correspondant.

Contrairement à Marc Bergevin, dont l’humeur joviale avait rapidement laissé place à une attitude austère, l’homme de 55 ans est toujours affable et avenant. Même après bientôt quatre ans au poste qu’il a accepté le 18 janvier 2022.
Une question de personnalité, il faut croire.
«Peut-être un peu, a-t-il répondu à cette hypothèse. Mais quand j’ai accepté le poste, je me suis fait la promesse de ne jamais me cacher. Même le jour où ça deviendrait difficile.»
Puisque Jeff Gorton et lui ont ouvertement amorcé la reconstruction du Canadien à leur arrivée à la barre de l’équipe, les attentes étaient plutôt minces. Les fameuses journées difficiles ont donc été rares. Sera-t-il en mesure de tenir cette promesse le jour, plus très lointain, où la pression de gagner deviendra forte?
«J’ai la peau épaisse. Ce que les gens pensent de moi, ça ne me dérange pas, a-t-il soutenu. Il faut se rappeler qu’on ne fait pas ce travail pour se faire aimer. On le fait pour tenter d’accomplir quelque chose au cours des prochaines années.»
Cinq ans de plus pour finir le travail
Grâce à la prolongation que Gorton et lui ont accepté le 14 octobre, ce quelque chose (gagner la coupe Stanley?), l’homme originaire de Beaconsfield a maintenant six saisons pour y parvenir.
«C’est un beau vote de confiance de savoir que Geoff [Molson] et l’organisation veulent que je demeure avec l’équipe», a-t-il déclaré.

Récemment, le collègue Pierre Lebrun a laissé entendre que Hughes avait possiblement laissé de l’argent sur la table dans ses négociations avec Molson. L’ancien agent n’a pas voulu confirmer ces dires, mais sa réponse tend à indiquer que ce fut le cas.
«Les négociations ont pris 15 minutes, alors je dirais que ce n’était pas la chose [l’argent] la plus importante. Pour moi, le plus important, c’est de continuer le travail que j’ai commencé», a-t-il mentionné.
Un travail qui lui permettra de retrouver un élément qui lui manque depuis ses belles années dans l’uniforme des Panthers de Middlebury College.
«Ce que j’adore le plus d’être passé d’agent à gestionnaire, c’est de pouvoir nourrir mon esprit de compétition, a-t-il expliqué. Et cet esprit, on le retrouve beaucoup plus quand on remporte des matchs que lorsque la défaite devient presque aussi bonne que la victoire parce que tu peux choisir plus tôt au repêchage.»
Disons qu’au cours des trois premières saisons, son esprit a souffert de malnutrition...
«Parfois, il m’a fallu de la patience. Tu veux gagner, mais que tu sais qu’il faut suivre la démarche. Mais maintenant, on commence à être sur le bon côté.»
Pas facile de garder la tête froide
Avec Nick Suzuki, Cole Caufield, Juraj Slafkovsky, Lane Hutson et Ivan Demidov en guise de noyau sur lequel bâtir, on peut comprendre son optimisme. D’ailleurs, Hughes n’est pas heureux que pour lui. Il l’est également pour les fidèles partisans de l’équipe, qui ont vu leurs favoris traverser plusieurs moments creux au cours des 30 dernières années.
«Il y a quelques saisons, les partisans se demandaient quand ils verraient un autre joueur du Canadien inscrire un point par match. Suzy [Nick Suzuki] l’a fait. Il est extraordinaire», a raconté Hughes.
«Mais à Montréal, en raison de l’histoire de l’équipe, les gens adorent aussi les joueurs spectaculaires. Maintenant, on a les deux. Des joueurs extraordinaires et des joueurs spectaculaires.»
Même s’il doit garder la tête froide, il ne cache pas qu’il est parfois lui-même ébahi et excité par ce que les jeunes vedettes du club, Caufield, Hutson et Demidov en tête, accomplissent sur la patinoire.
«À Calgary, j’ai regardé le match dans la suite de mon beau-frère. Avant qu’on amorce la prolongation, des gens autour de nous m’ont demandé si on était bons en prolongation. J’ai répondu qu’on était parmi les meilleurs parce qu’on n’avait pas seulement trois joueurs capables de faire la différence: on en a neuf.»
Ce soir-là, Mike Matheson a donné la victoire au Canadien. À la suite d’un jeu spectaculaire de Demidov.
Hughes a pu quitter le Saddledome le cœur, l’esprit et l’orgueil rassasiés.