Après la fin d’une étape importante, Geneviève Boivin-Roussy veut prioriser sa carrière d’actrice
Alicia Bélanger-Bolduc
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Artiste aux multiples talents — entrepreneure, comédienne, artiste visuelle —, Geneviève Boivin-Roussy impressionne par son dévouement à l’art, sa rigueur et la passion qu’elle y investit. Partagée entre sa vie de famille à la campagne et sa carrière à Montréal, elle a su trouver un équilibre précieux depuis qu’elle a soufflé ses 40 bougies.
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Geneviève, avec cette grosse année de changement, comment vas-tu?
Je vais tellement bien! Je suis dans une belle période où je me recentre sur ce que je désire réellement et où je me sens riche de mes expériences. Je joue beaucoup plus maintenant, et c’était ma volonté ces derniers temps. J’ai décidé il y a quelques mois de fermer ma maison d’art G de BR, en Estrie, après deux années formidables qui ont créé un tremplin culturel important pour cette région. J’adorais ma belle maison ancestrale que j’avais toute rénovée, mais je sentais que c’était le moment de passer à autre chose.
Pourquoi avoir pris cette décision?
L’année dernière, je commençais à refuser des productions pour m’occuper de la galerie. Je me suis dit que tenir boutique et avoir pignon sur rue n’était pas ce qui était important dans tout ça, mais que c’était plutôt tout l’aspect créatif, qui consiste à créer des moments et des expositions dont les gens se souviendraient, qui l'était. L’engouement y était, mais ça représentait beaucoup de temps à investir en tant qu’entrepreneure. Je veux amener le projet à une autre étape. Il continuera, mais sous une forme différente: celle d’une galerie mobile qui se promènera un peu partout. J’ai donné beaucoup, mais à 40 ans, j’ai le goût de prendre soin de moi. Il y a une nouvelle liberté qui s’est ouverte, et je l’embrasse.
Étant une artiste multidisciplinaire, où puises-tu ton inspiration?
Quand je joue, je suis stimulée par les autres et les rencontres, tandis que chaque fois que je suis dans mon atelier chez moi à la campagne, c’est un moment de solitude. Je ne devrais même pas le nommer ainsi, puisque je ne me sens absolument pas seule. Les mots ne sont pas nécessaires et c’est dans ces petites périodes que je me laisse aller le plus. Quand on se force à faire quelque chose, c’est rare que ce soit bon. C’est une discipline, il faut que tu l’entraînes chaque jour. Je me suis aussi créé un super jardin de permaculture dans ma cour; mettre mon corps en action et toucher à la terre m’aide énormément. J’ai encore tellement de choses à apprendre et je reste curieuse, c’est ce qui est important.

Parle-moi un peu de ton mode de vie à la campagne...
J’ai également un pied-à-terre à Montréal quand j’en ai besoin. J’ai donc un bel équilibre. Je suis à Saint-Adrien, en Estrie, depuis 2012 avec mon conjoint, Pierre-Philippe (Pilou). Il a créé BEAM, Le Bureau Estrien de l’Audiovisuel et du Multimédia. On reçoit donc aussi beaucoup d’artistes et on reste entourés de beaux esprits créatifs. J’aime beaucoup me ressourcer dans la nature. Je vais marcher en forêt ou je regarde les oiseaux. J’ai aussi trois animaux à la maison. On est bien occupés!
Pourquoi avoir choisi la campagne?
À 26 ans, je venais tout juste de sortir de l’école de théâtre, et on a acheté une terre boisée de 16 acres. J’avais mon atelier à Montréal, mon chum, son studio et son appart. On s’est vite rendu compte que ça faisait beaucoup. Dès qu’on avait une pause, on filait dans la nature. On a exploré le Québec et on est tombés sous le charme de Saint-Adrien. C’est un lieu où tradition et modernité se rencontrent et où les gens sont chaleureux. Un ami de mon conjoint nous a mentionné qu’il avait construit sa maison lui-même. On s’est dit qu’on allait faire pareil, même si on n’avait que la mi-vingtaine. Il a fallu tout défricher. Ça a représenté un énorme travail. Quand on a signé les papiers chez le notaire, j’ai eu un moment de panique. J’étais loin du milieu artistique pour lequel j’avais tant travaillé! J’avais ma compagnie de théâtre et quelques expos, mais rien de stable. Une semaine plus tard, mon agent m’a appelée: j’avais décroché le rôle de Gloria dans O’. Je l’ai pris comme un signe qu’on avait fait le bon choix.

Gloria a vraiment été un personnage très marquant dans ta carrière. Qu’est-ce qu’elle t’a appris?
Je n’étais pas connue, mais j’étais entourée de véritables professionnels, comme Guy Nadon, Marie Tifo et Maxim Roy, de qui j’ai tellement appris. C’était réellement un projet de rêve, puisque Gloria était aussi une artiste. L’équipe a donc pris mes œuvres et mon vieux matériel de travail pour faire le décor. J’avais eu une formation en théâtre, alors ç’a vraiment été mon baptême du milieu... et ça a duré huit ans! Quand je vais à l’épicerie, on m’arrête encore pour me parler de ce personnage, qui m’est toujours très cher. On était une famille dans la série, mais aussi dans la vraie vie.
Tu as dit que ton entrée dans la quarantaine était un moment pour prendre soin de toi. Est-ce ton credo pour cette nouvelle décennie qui commence?
J’avais envie de me recentrer et de prendre soin de moi, tout en continuant à créer et à être là pour les autres. Je peux m’oublier, mais je cherche le juste milieu. Comme je suis une fille de projets, j’ai du mal à lâcher prise quand une idée reste inachevée. Je n’ai pas eu de crise existentielle, mais je m’écoute davantage. J’ai longtemps voulu tout changer, tout faire pour les autres, jusqu’à ce que la galerie et l’entreprise m’apprennent quelles étaient mes limites. Aujourd’hui, je choisis de mettre cette énergie sur moi et ma famille. Comme actrice, j’ai toujours désiré jouer des rôles qui changent des vies. Parfois, ça arrive. Sinon, on peut au moins éveiller les consciences.
Quels sont tes prochains projets?
Je serai dans Alertes: Pelletier qui sortira en décembre. On peut aussi me voir dans la série Fleur de peau qui est sur Tout.tv et qui a vraiment été une œuvre coup de cœur pour moi. Je suis tombée en amour avec le scénario dès la première lecture. J’essaie également de développer d’autres facettes du métier, comme la direction artistique ainsi que la réalisation. Sinon, pour l’instant, je travaille beaucoup sur des projets artistiques à la maison. Je déteste le vide, mais cette petite pause entre les différentes productions me fait du bien. À 40 ans, je rentre maintenant dans un casting différent et j’en suis heureuse. Il y a de plus en plus de beaux rôles pour les femmes, et j’ai hâte de les explorer.

Toi et ton conjoint, le chanteur Pilou, êtes ensemble depuis 15 ans. Vous avez dû vous voir évoluer au fil des années!
On est deux visionnaires qui rêvent de plusieurs idées, mais on travaille fort pour les réaliser. On aime les gens, la bonne bouffe et on embrasse les belles choses de la vie. Notre projet commun, c’est notre forêt et notre maison. C'est un lieu de création qui n'arrête pas. On regarde à l'extérieur et on voudrait se faire une cuisine l'été. C'est toujours sans fin. Des deux, c’est même moi la plus stricte. Lui, il partirait un peu dans tous les sens si je n’étais pas là pour mettre une certaine limite. Il a de son côté des projets de musique de film, mais on aimerait aussi créer une émission ensemble. On parle de plus en plus de nos idées, mais on veut prendre le temps de bien faire les choses.
Est-ce que votre fille, Éléonore, a la fibre artistique comme ses parents?
Elle est plus du côté entrepreneure, même productrice. Elle danse merveilleusement bien, elle dessine bien et elle est super expressive, mais elle aime aussi les chiffres et les mathématiques. Elle est toujours en mode solution. Un jour, quand elle était plus jeune, elle était sur un tournage avec moi et elle m’a demandé qui était le vrai boss sur un plateau, la personne qui prenait la décision finale. Quand je lui ai dit que c’était la productrice, elle m’a annoncé que c’était ce qu’elle voulait faire plus tard! Elle adore aussi beaucoup la musique, comme son père. Elle fera sa dernière année du primaire l’année prochaine, et je ne suis pas prête! Ça passe trop vite! Elle aime venir avec moi à Montréal pour les restaurants et les boutiques, mais elle est habituée au calme; donc, si elle est entourée de beaucoup de gens, ça peut la déranger.
De quoi sera constitué votre été?
On revient de nos vacances familiales qu’on a prises à Puerto Morelos, au Mexique. C’est un petit village de pêcheurs. On y va depuis neuf ans. On va donc être un peu plus tranquilles cet été; on va monter des montagnes et faire du vélo. Et je suis dans les rénovations de mon atelier. Je vais prendre soin de moi et de mon jardin.