L'Iran pense avoir la main face à un Trump pressé de négocier
AFP
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En posant ses propres conditions de cessez-le-feu en réponse au plan américain en 15 points, l’Iran montre qu’il s’estime en position favorable pour négocier, après presque quatre semaines de guerre, soulignent des analystes.
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En dépit des frappes américano-israéliennes qui ont tué les principaux dirigeants de la République islamique et infligé d’énormes dégâts matériels sur son territoire, le système de gouvernance iranien reste en place et le pays conserve sa faculté à tirer des missiles et à lancer des drones contre ses voisins et Israël.
Surtout, il a démontré sa capacité à bloquer quasi intégralement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, faisant flamber les prix du pétrole et du gaz et soulignant à quel point une part importante de l’économie mondiale est à sa merci.
Les dirigeants iraniens « sont actuellement en train de prendre de l’assurance, à certains égards », constate pour l’AFP Ross Harrison, un expert de l’Iran au Middle East Institute.
Trump « négocie avec lui-même »
Face à l’annonce surprise lundi par Donald Trump de « très bonnes » discussions avec Téhéran, les responsables iraniens ont répondu par un démenti, et des moqueries envers un dirigeant américain accusé de « négocier avec lui-même ».
L’Iran n’a « pas l’intention » de discuter mais de « continuer à résister », et veut « mettre fin à la guerre à ses propres conditions », selon le ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi.
De la part des Américains, « parler maintenant de négociations revient à admettre une défaite », estime le chef de la diplomatie.
Mais des échanges ont lieu en coulisses via des intermédiaires et selon l’agence de presse Tasnim citant une source anonyme, l’Iran a répondu par ce biais à la proposition en 15 points qu’il avait reçue via le médiateur pakistanais.
Il a posé cinq conditions à la cessation des hostilités et attend désormais « un retour » de l’autre partie.
Instaurer une dissuasion
Téhéran a ces dernières semaines promu des « durs » dans les cercles du pouvoir, parmi lesquels le nouveau guide suprême Mojtaba Khamenei, proche des conservateurs en raison notamment de ses liens avec les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique.
Compte tenu de leur défiance absolue envers Donald Trump, qui a interrompu à deux reprises des cycles de pourparlers au cours de l’année écoulée pour bombarder le pays, les maîtres de Téhéran cherchent désormais à instaurer une dissuasion « afin que cela ne se reproduise pas dans six mois, un an ou deux ans », explique l’analyste.
Cette stratégie consiste à infliger « une épreuve suffisamment importante » aux États-Unis dès maintenant, ainsi qu’à l’économie mondiale dans son ensemble, pour que Washington ou Israël y réfléchissent à deux fois avant de frapper à nouveau l’Iran.
Cette voie « est bien plus simple que celle des Américains : il s’agit de la survie du régime », développe M. Harrison.
Apparences fausses ?
Téhéran semble avoir marqué des points alors que le président américain est passé d’une exigence de « capitulation sans conditions » à une proposition de plan en 15 points visant à faire taire les armes, relève Guillaume Lasconjarias, spécialiste du Moyen-Orient à l’université de la Sorbonne à Paris.
« Dans des négociations, celui qui tend la main le premier est en position apparente de fragilité », dit-il, avant de tempérer : « Les apparences sont sans doute fausses, car l’Iran est très affaibli ».
D’où le retour à un ton menaçant de Donald Trump, qui a exhorté jeudi l’Iran à « devenir sérieux avant qu’il ne soit trop tard », sur son réseau Truth Social.
« Les négociateurs iraniens sont très différents et “bizarres” », a-t-il dit, soulignant qu’à défaut d’accord « il n’y aura pas de retour en arrière et ça ne va pas être joli ».
Quelques heures plus tard, l’émissaire américain Steve Witkoff assurait au contraire qu’il existait des « signaux forts » en faveur d’un accord avec l’Iran.
Pour Robert Pape, spécialiste des sciences politiques et des questions militaires à l’université de Chicago, les discussions ne sont qu’un écran de fumée, Washington déployant des milliers de parachutistes et de Marines dans le Golfe en vue d’une possible offensive terrestre.
« Si vous voulez comprendre où va cette guerre, ignorez ce qui se dit. Regardez ce qui bouge », a-t-il écrit sur sa page Substack.