Andy Reid dans un club sélect

Stéphane Cadorette
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Dans les 103 ans d’histoire de la NFL, il y a eu 518 entraîneurs-chefs. Un cercle très restreint d’entre eux peut se targuer d’avoir pris part à au moins quatre matchs de championnat, et Andy Reid en fera partie après le Super Bowl LVII.
L’entraîneur-chef des Chiefs sera le 14e seulement à diriger dans une quatrième finale, lui qui a atteint son premier Super Bowl avec les Eagles au terme de la campagne 2004. Il a récidivé depuis avec les Chiefs en 2019 et en 2020, en plus de cette saison en cours.
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Ce groupe des 14 inclut les hommes qui ont dirigé avant l’ère du Super Bowl, qui a débuté en 1966. Lorsque l’on considère uniquement le Super Bowl, Reid est dans un club sélect de seulement neuf instructeurs qui ont pris part au match ultime.
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«Leadership incroyable»
Comment expliquer de tels succès? Pour Laurent Duvernay-Tardif, qui a évolué sous la férule de Reid de 2014 à 2021, si ses stratégies offensives lui ont permis de se démarquer, c’est avant tout son leadership qu’il faut saluer.
«Il a toujours la bonne manière de rassembler l’équipe, peu importe les différends. J’ai vécu le temps à Kansas City où on avait une défensive extrêmement dominante, mais une attaque qui marquait moins de points. Par la suite, j’ai aussi vécu l’opposé.»
«Il a fait en sorte que personne ne s’est jamais pointé du doigt. Dans un sport autant fragmenté, ça prend du leadership incroyable», a-t-il témoigné lors d’un récent entretien avec Le Journal.
Travailleur acharné
Si les Chiefs l’emportent face aux Eagles demain, Reid deviendra le 14e entraîneur-chef à remporter plus d’une fois le Super Bowl.
Dans son cas, les accolades ne se comptent plus. La victoire est synonyme de routine, au point où, cette saison, il est devenu le quatrième coach seulement dans l’histoire à obtenir au moins 100 victoires au-dessus de ,500. Il se retrouve en compagnie de nuls autres que Bill Belichick, Don Shula et George Halas dans cette très courte liste.
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Sans faire beaucoup de bruit, Reid s’est hissé au cinquième rang de la grande confrérie des entraîneurs avec 247 victoires en carrière. En éliminatoires, l’homme de 64 ans est au deuxième rang avec 21 gains, soit 10 de moins que le meneur, Belichick.
«Il travaille plus fort que n’importe qui. Comment tu peux ne pas avoir de respect pour un coach qui est déjà là, peu importe l’heure à laquelle tu arrives le matin, et qui est encore là, peu importe l’heure où tu pars?» a commenté Duvernay-Tardif au sujet de son ex-patron.
Un sauveur à Kansas City
Le pire, c’est qu’Andy Reid est arrivé dans une situation désespérée à Kansas City, en 2013. L’équipe se relevait d’une saison de deux victoires et 14 revers et elle avait perdu neuf matchs par au moins 15 points.
Auparavant, à Philadelphie, Reid avait gagné 130 rencontres de plus que quiconque avant lui dans l’histoire des Eagles. Il n’avait connu que trois campagnes perdantes de 1999 à 2012.
Après neuf présences en éliminatoires, dont cinq finales de l’association Nationale, l’équipe, les partisans et les médias de Philadelphie en avaient assez de lui parce qu’il semblait incapable d’aller chercher le gros match.
Depuis qu’il est à Kansas City, il a mené les Chiefs à sept championnats de division consécutifs, et l’équipe a pris part aux cinq dernières finales dans l’Américaine.
Sa place au Temple de la renommée du football semble déjà garantie ; une deuxième victoire au Super Bowl coulerait sa candidature dans le béton armé – le tout sans jamais avoir adopté le style d’un tortionnaire.
«Tout le monde respecte coach Reid et coach Reid respecte tout le monde», a résumé Laurent Duvernay-Tardif.
LES INSTRUCTEURS QUI ONT PARTICIPÉ À QUATRE MATCHS ULTIMES OU PLUS

* Paul Brown (7 championnats), George Halas (6 championnats), Curly Lambeau (6 championnats), Vince Lombardi (3 championnats et 2 Super Bowl) et Guy Chamberlin (4 championnats) sont les plus décorés de l’ère pré-Super Bowl.
LES COACHS QUI ONT AMENÉ DEUX ÉQUIPES AU SUPER BOWL

LES PLUS VICTORIEUX DANS L’HISTOIRE
Don Shula
1963-1995
Nombres de victoires : 328
Nombres de matchs : 490
George Halas
1920-1967
Nombres de victoires : 318
Nombres de matchs : 497
Bill Belichick
1991-
Nombres de victoires : 298
Nombres de matchs : 450
Tom Landry
1960-1988
Nombres de victoires : 250
Nombres de matchs : 418
Andy Reid
1999-
Nombres de victoires : 247
Nombres de matchs : 386
La lumière après l'enfer
La dernière fois que les Eagles et les Chiefs se sont affrontés, le 3 octobre 2021, le bloqueur Lane Johnson n’était pas au stade à Philadelphie. Ses coéquipiers savaient qu’il soignait une blessure à la cheville, mais ils ne se doutaient pas qu’il luttait surtout contre ses démons.
Personne chez les Eagles ne pouvait imaginer qu’à ce moment précis, l’excellent bloqueur à droite avait décidé que le football était terminé pour lui. Pas en raison de sa blessure à la cheville, mais de celle qui tiraillait son âme.
Johnson a découvert dès 2008, à sa première année universitaire, qu’il souffrait de troubles anxieux sévères.
En 2021, il a tenté d’arrêter les antidépresseurs qui lui étaient prescrits. Rapidement, il s’est mis à ressentir des tremblements et les vomissements sont devenus fréquents.
Le football a soudainement glissé loin dans sa liste de priorités. Johnson, qui se porte bien, plus de 16 mois plus tard, est revenu sur cet épisode cette semaine en le qualifiant d’«enfer».
Loin d’être le seul
Après avoir raté trois matchs l’an dernier et avoir consulté pour l’aider à remonter la pente, Johnson a rejoint ses coéquipiers et retrouvé progressivement le plaisir de jouer.
Le vétéran se dit aujourd’hui heureux d’avoir servi, en quelque sorte, de modèle pour crever l’abcès des problèmes de santé mentale dans le milieu viril de la NFL.
«Je me sens beaucoup mieux. Les problèmes de santé mentale ont été bien mis de l’avant depuis quelques années.
«Des gars comme Kevin Love (NBA) ou Tyson Fury (boxe) ont fait des sorties publiques. Moi-même, quand ces problèmes étaient vraiment présents dans ma vie, j’ai réalisé que des coéquipiers souffraient en silence aussi», s’est-il exprimé.
Le nouveau parrain
Loin d’être tourné en dérision, Johnson est plutôt devenu le nouveau parrain que les joueurs consultent quand les choses vont mal.
Quant à lui, il chemine en ne gardant plus ses idées noires enfouies. La relation forte avec le centre Jason Kelce en fait le confident idéal.
«Il est le frère que je n’ai jamais eu, a dit Johnson au sujet de son coéquipier. Il est l’un des rares qui m’ont accompagné dans toutes mes batailles», a-t-il témoigné.
Un battant
S’il va mieux mentalement, il est maintenant aux prises avec une déchirure à l’aine, mais il n’entend pas se ménager au Super Bowl.
«La douleur est tolérable et il ne reste que quelques heures à me pousser au-delà de mes limites d’ici à la fin de la saison», a-t-il dit.
C’est une bonne chose, car avec Lane Johnson comme partant, les Eagles montrent une fiche à vie de 79-47-1. Quand il est hors de combat, le dossier tombe à 13-22.
Il n’y a aucun doute possible sur son importance dans l’alignement. Il n’a d’ailleurs pas concédé le moindre sac du quart à ses 29 derniers matchs.