Analyse: le hockey a changé, mais pas tant que ça, la taille compte encore beaucoup pour les équipes de la LNH


Kevin Dubé
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LAS VEGAS | Plusieurs se sont insurgés de voir Justin Poirier devoir attendre jusqu’en cinquième ronde avant d’être réclamé par les Hurricanes de la Caroline mais, objectivement, il faut le reconnaître: la Ligue nationale de hockey, bien qu’elle ait évolué, demeure une ligue de gros joueurs.
On peut être d’accord ou pas, mais c’est une vision partagée par la très grande majorité des équipes de la LNH.
Lundi, l’agent de joueur œuvrant pour la firme CAA de Pat Brisson, Dominic Ricard, présentait des chiffres intéressants à propos du dernier repêchage de la LNH, qui s’est conclu samedi à Las Vegas.
- 38% des joueurs sélectionnés font 6 pi 3 po ou plus.
- 1,3% des joueurs sélectionnés font 5 pi 10 po et moins.
- Aucun joueur de 5 pieds 10 pouces et moins n’a été sélectionné dans le top 100.
Ça ne peut être plus clair.
L’exemple des Panthers
Quand on regarde ça de façon objective, c’est difficile de ne pas comprendre cette tendance à repêcher «gros». Les Panthers de la Floride ont remporté la Coupe Stanley avec une équipe qui ne comptait que sur un seul joueur mesurant en bas de 6 pieds (Evan Rodrigues à 5 pi 11 po).
Ils ont littéralement intimidé certaines équipes durant leur parcours grâce à leur style abrasif et, à la fin, ils ont soulevé le gros trophée. En 2023, les Golden Knights de Vegas ont aussi gagné avec une brigade défensive faisant en moyenne 6 pi 3 po et 212 lb.
Oui, ils avaient Jonathan Marchessault qui, à 5 pi 9 po, a remporté le trophée Conn-Smythe remis au joueur par excellence des séries.
Mais les joueurs de sa taille ont un taux de réussite moins élevé. C’est un fait. Pourquoi? Parce que, souvent, ils doivent absolument occuper un rôle offensif sans quoi leur efficacité diminue grandement.
Un recruteur de la LNH m’a déjà dit la phrase suivante, et ce n’était pas la première fois que je l’entendais: un petit joueur doit prouver qu’il peut jouer dans la LNH alors qu’un gros joueur doit prouver qu’il ne peut pas.
C’est ce qui attend Justin Poirier. Parce qu’il mesure 5 pi 7 po, il devra toute sa vie prouver qu’il peut surmonter ce désavantage physique. Il devra prouver qu’il peut occuper un rôle offensif dans la LNH. Il ne faudrait pas se surprendre s’il doit attendre cinq, six ou sept ans avant d’obtenir sa première chance.
Pendant ce temps, des joueurs profitant d’un bagage génétique plus avantageux selon les standards de la LNH bénéficieront de neuf vies même s’ils ont des habiletés individuelles qui n’arrivent pas à la cheville de celles de Poirier.
On peut être d’accord ou pas, mais c’est comme ça.
Le cas de Zeev Buium
L’un des exemples les plus frappants à Las Vegas a été celui de Zeev Buium.
Le défenseur des Pioneers de l’Université de Denver a détruit la NCAA la saison dernière sur le plan offensif et plusieurs s’attendaient à ce qu’il soit un choix parmi les dix premiers à Las Vegas.
Finalement, il a glissé jusqu’au 12e rang, avec le Wild du Minnesota.
En entrevue après le repêchage, le directeur général des Flyers de Philadelphie, Daniel Brière, dont les recruteurs ont préféré le joueur de centre Jett Luchanko à Buium avec le 11e choix, a justifié cette sélection en parlant du gabarit de Buium.
«Je pense que Zeev Buium sera un excellent joueur et nous l’avons fortement considéré. Par contre, avec Cam York, Jamie Drysdale et Emil Andrae, à un certain point, ça devient difficile d’y aller avec le petit joueur même si c’est un joueur fantastique.»
Zeev Buium mesure 6 pieds et pèse 185 lb. Ça, c’est considéré comme un petit joueur.
Autre exemple: le défenseur finlandais Aron Kiviharju, qui était considéré comme l’un des cinq meilleurs joueurs de sa cuvée il y a un an. Toutefois, d’importantes blessures et le fait qu’il mesure 5 pi 10 po l’ont fait glisser jusqu’en quatrième ronde.
Est-ce que le hockey a changé? Oui.
Est-ce qu’il y a plus de place pour les petits joueurs? Oui, mais pas dans les trois premières rondes du repêchage.