Analyse | Hymne national: rester assis, est-ce que c’est se tenir debout?
Comment réagira la foule montréalaise, samedi, lors de la visite des Devils du New Jersey?

Jean-Nicolas Blanchet et Jessica Lapinski
Partager
Samedi après-midi, le Canadien disputera son premier match au Centre Bell depuis que Donald Trump a confirmé qu’il appliquerait des tarifs douaniers de 25% sur certains produits canadiens, avant d’annoncer un sursis, deux jours plus tard.
• À lire aussi: Huer l’hymne américain, est-ce huer Caufield? L’ancien interprète au Centre Bell Charles Prévost Linton prône le respect
La décision du président américain a déclenché un mouvement de contestation à travers les arénas canadiens. À Ottawa, Toronto, Vancouver et dans bien d’autres villes, les spectateurs ont copieusement hué l’hymne national des États-Unis durant des matchs de la LNH et de la NBA tout au long de la dernière semaine. Les partisans de Nashville ont pour leur part hué l’hymne national canadien.
Comment réagira la foule montréalaise, samedi, lors de la visite des Devils du New Jersey? Des huées avaient déjà été entendues aux quatre coins du Centre Bell, le 26 janvier dernier, alors que les Devils étaient aussi de passage dans la métropole et que les tarifs n’en étaient qu’à l’état de très forte rumeur.
Mais aussi, existe-t-il d’autres façons de protester durant un hymne national? Le Journal vous offre notamment un tour d’horizon des contestations récentes et certaines de leurs répercussions ailleurs dans le monde.
Huer
Certains peuvent être tentés de huer l’hymne national américain et on peut très bien les comprendre si leur travail est en jeu avec des tarifs imposés par les États-Unis. Mais huer revient tout de même à exprimer haut et fort qu’on associe tout ce que représentent les États-Unis aux politiques du président Donald Trump.
C’est associer Cole Caufield à Donald Trump. C’est associer Jack Hughes, des Devils, à Donald Trump.
Ce serait comme huer Andrei Vasilevskiy, le gardien du Lightning, chaque fois qu’il fait un arrêt, dimanche, au Centre Bell, car il est Russe. Alors qu’il n’a rien à voir avec les crimes de Vladimir Poutine.
Les États-Unis sont plus que Donald Trump. Les hymnes nationaux servent historiquement à saluer le courage des vétérans. Ceux-ci n’ont rien à voir avec les menaces de Donald Trump. Créer encore plus de division n’a rien de bon.
Ce n’est pas en entendant leur hymne national hué que les Américains comprendront finalement que le Canada est fâché contre Trump. Ils s’en doutent déjà.
Rester assis
L’ancien quart-arrière de la NFL Colin Kaepernick a lancé un mouvement qui a été imité par une centaine d’athlètes en 2016, en mettant un genou au sol lors de l’hymne national américain, pour dénoncer les violences policières et le racisme aux États-Unis.
Peu de temps après, Donald Trump devenait président pour son premier mandat et soulignait qu’il était temps de mettre dehors du terrain ces «fils de pute» qui mettaient le genou au sol.
Rester assis durant l’hymne national américain est aussi un affront, mais témoigne plutôt d’une indifférence qui risque d’être perçue comme moins divisionnaire.
Selon les principes de conduites et de coutumes patriotiques inscrites dans le Code des États-Unis (entériné par la Chambre des représentants), les Américains doivent se lever durant leur hymne national et regarder le drapeau américain. Ne pas faire ça représente donc un signe de contestation important.
Rester assis, comme le suggérait notre collègue Marc de Foy plutôt cette semaine, c’est peut-être finalement la meilleure façon de se tenir debout.
Garder son chapeau
Toujours selon les coutumes patriotiques américaines, les citoyens devraient enlever leurs chapeaux ou leurs casquettes avec leur main droite et les tenir sur leur épaule gauche avec leur main sur le cœur, durant l’hymne national.
Au Canada, on est beaucoup moins formel concernant la conduite à respecter. Nous n’avons pas un code des coutumes patriotiques inscrit dans la loi comme aux États-Unis.
Bien qu’aucune règle formelle n’existe, le gouvernement du Canada précise néanmoins que c’est toujours le Ô Canada qui devrait être joué en premier avant un évènement. Ce qui n’est pas le cas à Montréal.
Par tradition, les hommes retirent leurs chapeaux, mais «la pratique actuelle ne l’exige plus», selon notre gouvernement.
On indique aussi qu’en général, l’auditoire ne devrait pas applaudir après les hymnes nationaux.
Bref, autrement dit, si vous gardez votre tuque, ça ne change pas grand-chose. Ça respecte même l’étiquette actuelle.
Ne rien faire
Donald Trump a quand même décidé d’attaquer le Canada. Rares sont ceux qui auront envie de chanter l’hymne national américain, le cœur enjoué.
Faire comme si de rien n’était n’est-il pas néanmoins la meilleure conduite à appliquer? Peut-être. Mais tout le monde peut bien faire ce qui leur chante, que ce soit pour critiquer le président Trump, saluer les vétérans, appuyer le Canada, respecter les Américains non «trumpistes» ou rester loin de la politique.
Chose certaine, on peut se réjouir d’avoir l’occasion d’exprimer nos opinions via les hymnes nationaux.
En Chine, si tu déformes les propos de l’hymne national, tu vas 15 jours en prison.
L’automne dernier, l’Association de soccer irlandaise a été mise à l’amende par la FIFA, car des partisans ont hué l’hymne national anglais en novembre dernier.
En 2015, le club de Barcelone avait été mis à l’amende après que les fans ont hué l’hymne national de l’Espagne.