La police de Montréal (SPVM) doit mieux encadrer ses recrues pour éviter des dérapages comme les gestes à caractère raciste qui auraient eu lieu au poste de quartier 39 à Montréal-Nord.
Des sources policières qui se sont confiées à notre Bureau d’enquête, et qui ont requis l’anonymat car elles ne sont pas autorisées à parler aux médias, estiment que l’accompagnement des jeunes agents est en ce moment déficient.
« Il y a des kids qui pensent qu’ils peuvent tout faire parce qu’il n’y a personne pour les surveiller », se désole un policier d’expérience.
Ces « kids » sont débarqués massivement depuis trois ans, embauchés pour pallier un manque d’effectifs.
Par exemple, en 2024, le SPVM a recruté 328 policiers, gonflant son effectif net de 147 personnes par rapport à l’année précédente.
L’une de nos sources pointe du doigt l’abolition du poste d’agent senior, en 2017. Ces policiers d’expérience jouaient un rôle clé auprès des jeunes.
Ils ont été remplacés par le Programme d’accueil et d’intégration de la recrue (PAIR), moins efficace selon un de nos informateurs.
« Il y a des policiers d’un an et demi d’expérience qui deviennent des agents PAIR », nous dit-on.
• Regardez aussi ce podcast vidéo tiré de l'émission de Alexandre Dubé, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :
Moins de vétérans sur le terrain
On nous signale aussi que le SPVM n’a maintenant plus recours aux réservistes, qui travaillaient sur appel pour combler la pénurie de policiers. Ces retraités de plus de 30 ans d’expérience ayant repris du service faisaient figure d’autorité auprès de leurs jeunes collègues.
Déjà l’été dernier, La Presse révélait que le recours aux réservistes avait été amputé des deux tiers, à cause de la situation financière serrée de la Ville.
Troisièmement, des policiers estiment que les superviseurs ne sont plus assez présents sur le terrain.
« Les sergents vont de moins en moins sur la route », indique-t-on. Pas parce qu’ils sont moins nombreux, mais plutôt parce qu’ils ont beaucoup de paperasse et de rapports à remplir.
Quelques « imbéciles »
Nos sources s’entendent pour dire que la grande majorité des jeunes policiers servent avec professionnalisme, mais qu’il existe quelques « imbéciles » qui se croient tout permis.
L’inspecteur David Shane, responsable des communications au SPVM, soutient qu’il est « trop tôt pour tirer des conclusions sur ce qui a contribué aux comportements allégués au poste 39 ».
« Au SPVM, on révise continuellement nos façons de faire, et on cherche toujours à s’améliorer », assure-t-il.
Qui savait quoi ?
Selon nos informations, la commandante du poste 39, Hélène Mercier, aurait indiqué au service des affaires internes ne pas être au courant des gestes racistes reprochés à des membres de son équipe. Elle a annoncé sa retraite dans les derniers jours.
« Je vais tout remonter pour voir qui savait quoi », a assuré samedi le directeur du SPVM, Fady Dagher, en entrevue à LCN.

« S’il y a le moindrement de l’aveuglement volontaire, que ce soit quelqu’un du terrain, syndiqué, ou quelqu’un de la hiérarchie, les gens vont devoir répondre aux questions », a-t-il promis.
– Avec la collaboration de Félix Séguin
