Alexis Barrière: policier du ring
Le boxeur de 27 ans gagne encore à être connu au Québec, même si, à son prochain combat, jeudi, il fera les frais de la finale au Casino de Montréal


Benoît Rioux
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Son père aurait bien voulu qu’il devienne policier comme lui. Or, c’est finalement dans le ring que le boxeur Alexis Barrière s’impose avec autorité.
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Barrière, 27 ans, gagne encore à être connu au Québec, même si, à son prochain combat, jeudi, il fera les frais de la finale d’un gala présenté au Casino de Montréal.
À l’approche de ce duel contre Mike Marshall, une visite à son lieu d’entraînement, la semaine dernière à Saint-Jean-sur-Richelieu, a permis de plonger dans un livre ouvert.

Le passé de l’athlète, qui a grandi à Québec avant de déménager à Saint-Jean en 2015, apporte un nouveau regard. Tout comme le fait de savoir que son père Yvan agit actuellement dans l’escouade rapprochée du premier ministre du Québec, François Legault, à titre de garde du corps.
Son père et moi sommes très fiers de lui! https://t.co/IOnJ5cLjBc
— François Legault (@francoislegault) April 17, 2023
«On ne se le cachera pas, mon père était assez sévère quand j’étais jeune, il n’y a rien qui passait, a indiqué Barrière, sourire en coin. On a eu des petites frictions parce qu’il avait un chemin tracé pour moi, il aurait aimé que je devienne aussi policier, mais je n’étais pas bon à l’école et j’avais de la misère à fonctionner avec mon TDAH (NDLR : trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité). J’ai travaillé un peu dans la construction, puis je suis tombé en amour avec la boxe. Aujourd’hui, ça va très bien avec mon père. Je le considère comme l’un de mes meilleurs amis.»

Parmi les valeurs inculquées par son papa, il y a la discipline, mais plus encore.
«Je n’ai peur de rien, dit Barrière. Juste pour être un poids lourds dans la boxe professionnelle, tu ne peux pas avoir peur. Cette crainte de me faire faire mal, même si j’affronte des gros bonhommes, ça n’existe pas dans ma tête et ça, ça vient de mon père, c’est sûr. Je fonce et ce n’est pas grave si je fais des erreurs.»
Avaler la pilule
Parmi les secrets du passé, il faut rappeler que la carrière de Barrière en boxe amateur, au cours de laquelle il a été champion canadien, s’est arrêtée abruptement quand, en mars 2020, il a été suspendu pour dopage.
«Pourtant, je ne prenais rien, je buvais du Gatorade», assure Barrière.

Son histoire fait plutôt mention, non sans un certain embarras, de la consommation d’une fausse pilule de Cialis.
«Il y a une soirée où j’étais sur le party et il y avait une fille... Un ami m’a tendu une pilule, c’était un Cialis, mais de contrebande. C’était coupé avec un stéroïde. (...) Nous sommes allés en cour avec le CCES [Centre canadien dans l’éthique pour le sport] pour prouver que j’étais non volontaire. J’ai plaidé coupable de l’avoir consommé, mais on m’a reconnu non volontaire. J’avais reçu une suspension de trois ou quatre mois tandis qu’au départ, on voulait me suspendre pendant cinq ans.»
«Les circonstances sont gênantes, mais il faut que tu fasses la paix avec ça, a tranché Barrière. Ça fait partie de mon histoire.»
Un virage à 180 degrés
Cet épisode aura coûté beaucoup d’argent à Barrière et son entourage, le boxeur ayant notamment reçu l’appui financier de son entraîneur Marc-André Gauthier.

«C’était peut-être un mal pour un bien, a reconnu Barrière. Parce que quand j’étais sur l’équipe nationale [en boxe amateur], j’étais sur le party un peu. Je prenais ça moins au sérieux, j’étais plus jeune aussi... Maintenant, je suis sobre depuis deux ans.»
«Parfois, on a peut-être besoin de pogner des murs, pour les grimper et les défoncer, a-t-il ajouté. C’est à partir de là que j’ai fait un virage à 180 degrés dans ma vie, que j’ai perdu mon gras de bébé et que je suis passé chez les pros en me donnant à 100%. Ce que tu fais, ça peut être vraiment grand ou vraiment petit, selon tes agissements. C’est toi qui choisis.»
Une préparation au Massachusetts
En arrivant au gymnase, à Saint-Jean-sur-Richelieu, on remarque rapidement l’œil tuméfié du boxeur québécois Alexis Barrière.
«Un coup de coude que j’ai reçu d’un partenaire d’entraînement dans le coin de Boston», explique-t-il.
Barrière (9-0, 7 K.-O.) n’a rien laissé au hasard dans sa préparation pour vaincre jeudi, au Casino de Montréal, l’Américain Mike Marshall (6-4-1, 4 K.-O.), allant même jusqu’à faire quelques allers-retours dans l’État du Massachusetts.

«On a de la misère à avoir des bons partenaires d’entraînement ici, particulièrement chez les poids lourds, a-t-il avoué. C’est un peu bizarre parce que j’ai aidé beaucoup de monde dans le passé et maintenant que je monte dans les rangs, il n’y a plus personne au Québec qui accepte de m’aider. Parfois, je comprends que certains ont des combats en vue... Il y a le fait que je sois gaucher qui n’aide pas. Certains veulent encore moins. Il faut donc aller chercher de l’aide à l’étranger.»
Affronter les meilleurs
Au-delà du rêve absolu de devenir champion du monde des poids lourds un jour, Barrière note un projet qui lui tient à cœur pour la suite de sa carrière.
«J’ai choisi de passer chez les professionnels pour affronter les meilleurs. Je rêve d’aller faire un gros camp d’entraînement, en sachant que je vais me battre contre un top. Par exemple, [Oleksandr] Usyk, c’est un boxeur que j’aime beaucoup. J’aimerais l’affronter et me sentir au sommet de ce que je peux faire dans ma carrière. Je suis rendu là et c’est mon objectif à court terme.»
«C’est sûr que si tu me demandes ce que je veux le plus, c’est d’être champion du monde, a précisé Barrière. Avec les aptitudes que j’ai, et je suis encore jeune, je pense que ça se peut.»
Partie remise
Le nom d’Usyk apparaît dans le discours de Barrière alors que son propre style ressemble à celui de l’Ukrainien, également gaucher. Si bien que le Britannique Tyson Fury considérait d’ailleurs faire appel au Québécois afin de se préparer à affronter Usyk. Ce possible combat est toutefois tombé à l’eau.
«C’est partie remise, mais mon nom circule là-bas et c’est une bonne chose», a noté Barrière.