Alexandre Carrier peut choisir tranquillement ses bananes à l’épicerie

Jean-Nicolas Blanchet
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À part à Montréal, c’est rare qu’un défenseur reçoive une ovation pour avoir bloqué un tir. À Nashville, probablement que la majorité des fans ne s’en rendraient même pas compte. Quand une de tes forces, c’est de faire ce genre de jeux qui passent souvent dans l’ombre, c’est donc pas mal plus valorisant de jouer à Montréal.
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C’est Alexandre Carrier qui m’a expliqué ça quand je lui ai demandé ce que ça changeait de jouer pour le Canadien. À Montréal, «tout le monde le remarque quand je bloque un tir, c’est l’fun», me dit-il.
Sinon, il évoque aussi une nouvelle réalité qu’il ne croyait plus possible.
«Hier, je suis allé souper chez mes parents. Un dimanche 9 novembre. Imagine, ça faisait 10 ans que ça ne m’était pas arrivé!»
A-t-il de la difficulté à choisir ses bananes à l’épicerie sans se faire apostropher par des fans?
«Honnêtement, ce n’est pas si pire. Je pensais que ça allait être pire que ça. Je ne suis pas un gros bonhomme, je pense que ça aide.»
Il admet toutefois qu’il reçoit beaucoup de messages.
«Avant, je n’en recevais jamais. Et là, je suis pas bon à la base pour gérer ça, toutes les demandes. Je n’aime pas ça être trop souvent sur mon téléphone. Et là, j’ai une demande que si je dis oui, je devrai dire oui à dix autres et je ne sais pas trop comment gérer ça», m’explique-t-il.

Une autre réalité
Depuis le début de l’année, il dit être allé dans les estrades à chaque match local pour y rencontrer des gens qui voulaient le voir.
«C’est une nouvelle réalité pour moi. Mais en même temps, combien de temps dans ma vie je vais pouvoir faire ça?» philosophe-t-il.
J’ai été étonné d’apprendre qu’il avait un intérêt marqué pour les médias sportifs. Ça doit faire changement par comparaison avec Nashville, concernant le hockey.
«L’an passé, quand je suis arrivé, je suivais tout, tout, tout! Là, je suis ça pas mal moins, mais encore, quand même. Je pense que c’est correct d’être à l’affût de ce qui se dit. Il ne faut juste pas que ça vienne trop te chercher.»
Au moment où j’ai rencontré Carrier, le CH était tout feu tout flamme. Depuis, la flamme vacille un peu.
Je voulais quand même l’avis de du défenseur: est-ce qu’on peut s’emballer avec le CH? Car il en a vu, d’autres bons clubs.
Il a joué deux matchs avec Nashville, l’année où l’équipe a perdu en finale de la Coupe Stanley après avoir été championne de sa section. Il a participé aux séries deux fois avec les Predators.
Mais selon le défenseur québécois, il y a quelque chose de spécial avec cette équipe.
«Je pense que oui. Le talent qu’on a avec un noyau aussi jeune, c’est ça la plus grosse différence! Et il y a beaucoup de talents d’exception. Je trouve ça très excitant parce qu’on peut encore progresser beaucoup», résume-t-il.
Il m’a parlé de Lane Hutson, également. On constate que comme tous les partisans, ses coéquipiers l’admirent pas mal.
«Tout le monde capote. Il a démontré ce qu’il pouvait faire à sa première année et là, on parlait peut-être de la guigne de la deuxième année. Lui n’en a pas vraiment, hein?» dit-il en riant.

Je sais que j’ai écrit souvent qu’il riait à la fin de ses phrases, mais c’est vrai. Il rit souvent. Ça rendait d’ailleurs l’entrevue fort agréable. Il n’a pas trop de mal avec le social, ce gars-là.
«Le plus impressionnant sur Lane, c’est son éthique de travail et la façon dont il compétitionne. C’est une méchante bonne personne aussi. Il vient de signer un énorme contrat et on sait tous qu’il ne changera pas du tout.»
On t’a oublié, Alex!
Chaque année, Le Journal dresse la liste des 20 meilleurs Québécois dans la LNH. Pas une seule fois on n’a mis Alex Carrier.
Bien honnêtement, on l’a juste oublié. On n’a pas pensé à lui. Niaiseux de même.
Il n’avait pas l’air de m’en vouloir. Il riait encore.
«Je passe souvent sous le radar, me raconte-t-il. Je pense que c’est le fait d’avoir joué à Nashville et d’avoir été repêché en quatrième ronde aussi. Mon jeu n’est pas non plus très flamboyant ou très sexy.»