Alexandre Carrier, le bon petit gars en caoutchouc
Vous jugerez par vous-mêmes, mais quand j’ai raconté l’entrevue à quelques membres de mon entourage, ils m’ont répondu qu’ils voulaient acheter son chandail.

Jean-Nicolas Blanchet
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«Je suis tellement un bon petit gars que, quand je promène mon chien et qu’il y a un terrain de soccer, si c’est écrit que mon chien ne peut pas y aller, même s’il n’y a personne, je vais suivre la règle.»
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Voilà ce que me raconte, en riant, Alexandre Carrier. Je l’ai rencontré seul à seul il y a deux semaines, à Brossard. On a fait ça dans une petite pièce adjacente au vestiaire, entre deux machines pour aiguiser les patins.
D'abord, je vais répondre à la question que tout le monde m'a posée en premier: «Y’est comment?»
Vous jugerez par vous-mêmes, mais quand j’ai raconté l’entrevue à quelques membres de mon entourage, ils m’ont répondu qu’ils voulaient acheter son chandail. Et depuis son entrevue, chaque fois qu’il a la rondelle, j’ai les mains moites parce que je l’ai trouvé attachant. Ça vous donne une idée.

J’ai toujours trouvé que Carrier dégageait un certain idéal comme joueur du Canadien: il vient de la place, il travaille fort, il a une belle gueule, il est disponible avec les médias et il ne fait jamais l’imbécile sur la glace. Je ne dis pas ça de façon péjorative, mais il a l’air d’un bon petit gars. Le genre qui t’aide à déprendre ton char d’un banc de neige.
«Je faisais mes devoirs»
Ça le fait rire quand je lui demande s’il est effectivement un bon petit gars. «Oui, vraiment. Même en grandissant, à l’école, j’étais l’élève modèle. Je ne dérangeais pas, je faisais mes devoirs. J’étais assidu [...]. Mes parents me laissaient beaucoup de corde et je voulais que ça reste comme ça. Donc, ça m’a permis d’être plus autonome», m’explique-t-il, avant de me donner en exemple la citation plus haut sur son chien.
J’étais content de le rencontrer, car c’est un fier gars de Québec, comme moi!

Mais j’ai déchanté. J’ai essayé de le convaincre d’assumer qu’il était un gars de Québec, mais ç’a été impossible. Il y est né, mais a déménagé à 5 ans sur la Rive-Sud de Montréal.
«Non, je ne suis pas un gars de Québec. Je suis un gars de la Rive-Sud!» me lance-t-il.
J’insiste. «Ton père a joué avec les Remparts! Dans les années des légendes de l’équipe: Claude Lefebvre et Claude Gosselin. Tu pourrais dire que tu es un gars de Québec.»
«Non, non... Même quand mon frère a joué avec les Remparts, je ne considérais pas que c’était un retour à la maison», ajoute-t-il, disant se rappeler seulement sa maison et peut-être le Village Vacances Valcartier.
Mis en échec
Je lui souligne ensuite qu’il est le joueur qui se fait le plus frapper chez le Canadien.
«Merci beaucoup!» me répond-il en riant.
En fait, il est le sixième joueur qui se fait le plus frapper dans la LNH depuis le début de la saison. Il a subi 52 mises en échec.
Pourquoi?
«J’en parlais avec Lane au New Jersey. Il est allé frapper Timo Meier [6 pi 1 po, 220 lb]. Mais c’est Lane qui est revenu sur le banc avec le souffle coupé après sa mise en échec. Il m’a dit: “Ça doit être le fun d’être gros de même, tu n’as même pas besoin de te préoccuper quand un gars vient finir sa mise en échec”», me relate Alexandre.
C’est un peu sa théorie. «Quand tu es plus petit [comme Carrier à 5 pi 11 po, 174 lb, et Hutson à 5 pi 9 po, 162 lb], je pense que les autres joueurs arrivent vers toi en se lichant les babines. Ils se disent que ce sera plus facile de finir leur mise en échec.»

Sa théorie a du sens, puisque Hutson est le septième joueur qui se fait le plus souvent frapper dans la LNH.
À la défense de Carrier, tous ceux qui se font le plus frapper sont d’excellents joueurs. Ce sont des joueurs qui contrôlent bien la rondelle et qui ont le nez dans le trafic.
Mais des fois, «je me mets dans des situations que je ne devrais pas », reconnaît le défenseur québécois.
«Je dois éliminer ça le plus possible», ajoute-t-il.
Ce problème ne date pas d’hier. «C’est la façon dont je joue. C’est comme ça que je me suis rendu ici. Tu parleras à mes chums dans le junior, midget ou même bantam. Je me faisais toujours ramasser. Tout le monde disait que j’étais fait en caoutchouc.»
Comme Gorges
C’est là que je lui ai parlé de Josh Gorges, qu’on surnommait justement «l’homme caoutchouc». Si vous vous en souvenez, il se faisait tellement ramasser souvent, le pauvre. Et il retombait toujours sur ses pattes comme un chat.

Là, j’ai réalisé que Carrier avait 9 ans quand Gorges est entré dans la LNH. Et j’ai réalisé à quel point j’étais rendu vieux.
«Ce gars-là [Gorges], il se faisait tellement ramasser que ça devenait banal. Ça n’avait même plus l’air de faire mal», ai-je raconté à Carrier.
«Ça dépend. La plupart du temps, ça ne fait pas mal, mais des fois... oui», a-t-il poursuivi, encore en riant, avec une petite pause avant le oui qui voulait dire que ça peut faire mal en batinse.