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Alexander Mogilny, un pionnier, entre enfin au Temple de la renommée: il est le seul hockeyeur à avoir déserté l’URSS

Photo portrait de Jonathan Bernier

Jonathan Bernier

2025-11-09T14:00:00Z

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Dix-sept ans. C’est le nombre d’années qu’a dû patienter Alexander Mogilny avant d’être admis au Temple de la renommée du hockey. Sa carrière en deux temps, sa réputation de loup solitaire et le fait qu’il n’ait pas atteint les seuils psychologiques des 1000 matchs et des 500 buts ont possiblement nui à sa candidature.

Toutefois, en décollant leur nez un peu plus des feuilles de statistiques, les portiers du Temple auraient eu l’occasion de prendre le recul nécessaire pour se rappeler que Mogilny fut un véritable pionnier dans la LNH.

Il fut le seul hockeyeur à déserter le régime soviétique. Au printemps de 1989, au terme du Championnat mondial disputé à Stockholm, l’attaquant de 20 ans, dans une histoire rocambolesque qui n’est pas sans rappeler celle des frères Stastny, était parvenu à se sauver en Amérique avec l’aide de deux membres de la direction des Sabres de Buffalo.

Photo d'archives, Agence QMI
Photo d'archives, Agence QMI

«C’est ni plus ni moins lui qui a ouvert les vannes de la venue des hockeyeurs soviétiques dans la LNH. Il a été le premier», raconte Mathieu Boivin-Chouinard, enseignant d’histoire au cégep André-Laurendeau.

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Auteur de Chaïbou! Histoire du hockey russe, le Montréalais connaît le sujet de fond en comble. Pour comprendre l’impact de cette désertion, il importe de se remettre dans le contexte de l’époque.

Des coups de poing dans le ventre

À ce moment, l’URSS était vacillante. Avec Mikhail Gorbatchev au pouvoir et la mise en place de la perestroïka et de la glasnost, le pays devenait de moins en moins rigide. Ses balises économiques, culturelles et politiques s’étaient assouplies.

REUTERS/Ray Stubblebine
REUTERS/Ray Stubblebine

Dans cette mouvance, un avenir dans la LNH commençait à poindre pour les joueurs qui évoluaient sous les ordres du rude Viktor Tikhonov. Mais pas pour tous. Et à certaines conditions.

Les Soviétiques étaient prêts à vendre leurs vétérans aux équipes de la LNH, les (Viacheslav) Fetisov, (Igor) Larionov, (Vladimir) Krutov. Mais pas question de se départir des (Sergei) Fedorov, (Pavel) Bure et autres Molgilny, considérés comme la relève.

«Ça les dérangeait moins de libérer les vétérans parce qu’ils avaient des jeunes pour les remplacer», précise M. Boivin-Chouinard. «Mais ils voulaient contrôler qui et comment ils allaient partir.»

Mogilny, pressenti pour prendre la relève, ne voulait pas attendre.

«Oui, on sentait que l’URSS se transformait, mais il y avait un dicton qui disait que “Tout est éternel jusqu’à ce que ça n’existe plus”. Alors, il n’a pas voulu courir le risque que le courant tourne», explique notre homme.

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«En plus, il était écœuré de Tikhonov», ajoute-t-il. «À Calgary, pendant les Jeux olympiques [de 1988], Mogilny a écopé d’une punition. Quand il est rentré au banc, Tikhonov l’a frappé dans le ventre. Même si la médaille d’or était pratiquement dans la poche.»

Lieutenant Mogilny

Pour couronner le tout, Mogilny venait d’être nommé lieutenant des Forces armées soviétiques.

«Un titre qu’il ne voulait pas», souligne M. Boivin-Chouinard au passage.

On peut le comprendre puisque ces titres étaient une façon d’enraciner les joueurs.

La nation communiste ne perdait donc pas seulement un joueur de hockey, mais un officier. Toute une taloche!

M. Boivin-Chouinard soutient que Mogilny a grandi à la bonne époque. Quelques années plus tôt, les conséquences auraient possiblement été grandes pour les membres de sa famille. Au moment de son départ, le KGB était encore actif, mais plus aussi incisif.

Il a essayé de convaincre Fedorov

N’empêche, le risque n’était pas nul. Et sa bravoure a changé le visage du hockey plus rapidement que prévu.

«Il a changé le rythme de la libération des hockeyeurs soviétiques. Si Mogilny n’était pas parti, pendant combien de temps Tikhonov aurait-il retenu les joueurs?» se demande celui qui est également chargé de cours au département d’histoire de l’UQAM. «Disons que ça a mis une pression supplémentaire. La preuve, c’est que la saison suivant sa défection, ils étaient huit dans la LNH.»

En plus de Mogilny, Larionov, Fetisov et Krutov, on y retrouvait Sergei Makarov, Alexei Kasatonov, Sergei Priakin et Sergei Starikov.

«D’ailleurs, il avait essayé de convaincre Sergei Fedorov de partir avec lui», souligne M. Boivin-Chouinard.

Ce dernier a préféré reporter le projet. Comme Bure. Et comme Valeri Kamensky, Alexei Gusarov et Mikhail Tatarinov qui se sont joints aux Nordiques à l’automne de 1991.

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