«Alex Newhook n’oubliera jamais ce but», dit Russ Courtnall, qui avait été le dernier du Canadien à marquer en prolongation dans un match 7

Stéphane Cadorette
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Quand Alex Newhook a inscrit lundi soir le but en prolongation qui a permis au Canadien de passer en finale de l’Est, il y a quelqu’un à l’autre bout du continent qui savait exactement comment il se sentait. Russ Courtnall avait été le dernier joueur du Canadien à réaliser l’exploit dans un match 7, il y a 34 ans.
C’était le 1er mai 1992. Courtnall, qui en était à sa quatrième saison avec le Canadien, semait l’hystérie dans le Forum en déjouant le gardien Frank Pietrangelo en deuxième prolongation. Le Canadien passait au tour suivant et expédiait les Whalers de Hartford en vacances.
Celui qui habite aujourd’hui dans la région de Los Angeles continue de suivre assidûment les aventures de son ancienne équipe. Personne en Amérique n’était mieux placé que lui, lundi soir, pour savoir ce que Newhook ressentait quand il a trompé la vigilance du gardien des Sabres Ukko-Pekka Luukkonen.
« Alex Newhook n’oubliera jamais ce but. Ça prend évidemment tous les joueurs sur la glace pour y arriver, mais le joueur qui finit par marquer vit un moment qui reste gravé dans sa mémoire. Tous les joueurs dans la LNH, même ceux qui n’ont pas les rôles principaux, ont été des vedettes à une époque de leur carrière. Probablement que ce but l’a ramené quelque part en enfance ou dans sa jeunesse », a réfléchi Courtnall, en entretien téléphonique avec Le Journal.

Même pas au courant !
Le plus drôle dans l’histoire, c’est que Courtnall ne savait absolument pas qu’il avait été le plus récent joueur du Tricolore à marquer en prolongation dans un match 7.
Ironiquement, il aura fallu que ce soit l’un de ses amis québécois qui lui apprenne ce petit fait historique. Luc Beausoleil, qui est entraîneur en Californie et qui a déjà dirigé le fils de Courtnall en sa compagnie, lui a envoyé un message après coup.
« On s’échangeait des messages dans un groupe avec Valeri Bure. Luc m’a demandé si je savais qui était le dernier joueur du Canadien à avoir marqué en prolongation d’un septième match. Je lui ai répondu que je n’en avais pas la moindre idée et il m’a lancé : “Bien voyons, c’est toi !” », a-t-il raconté en pouffant de rire.
« Ça fait tellement longtemps ! Je me disais que c’était impossible que ce ne soit pas arrivé depuis toutes ces années dans un match 7. Juste la saison suivante, quand Montréal a gagné la Coupe, il y a eu des tonnes de prolongations. »
Sur un lancer peu menaçant
À l’image du but de Newhook, celui de Courtnall ne provenait pas à première vue du lancer le plus menaçant ou foudroyant au monde, mais il y a de ces moments en séries où il faut avant tout diriger la rondelle vers le filet.
« Je me souviens encore que c’était un match où ça allait d’un côté comme de l’autre. Les Whalers avaient obtenu quelques échappées et Patrick Roy résistait. Il goalait sur la tête, un peu comme Dobes. Je me rappelle qu’à quelques reprises, je me disais que c’était fini pour nous. J’ai revu souvent ce but, quand Shayne Corson passe la rondelle à Gilbert Dionne et qu’il me la refile. Le plus drôle, c’est qu’à mon premier lancer, j’ai complètement raté. La rondelle a été bloquée. À ma deuxième tentative, ce n’était pas un gros lancer, mais le gardien l’a raté.
« J’ai eu trois buts en prolongation durant toute ma carrière et les trois étaient avec le Canadien. C’est tellement excitant quand ça arrive. C’est impossible à oublier quand ça se passe en séries. Le sentiment est tellement incroyable », s’est remémoré Courtnall.
Une ambiance électrique marquante à Montréal

Russ Courtnall suit le parcours actuel du Canadien et ne peut s’empêcher de revenir dans le temps, lui qui sait parfaitement à quel point Montréal peut devenir une ville bouillante au printemps quand la fièvre des séries tape fort.
Celui qui était surnommé « le chevreuil » en raison de sa vitesse sur la glace a vécu quatre printemps de séries avec le Canadien, dont celui de 1989, quand l’équipe s’est inclinée en finale de la Coupe Stanley.
« Mon Dieu, que c’est électrique, Montréal ! » s’est-il exclamé en partageant autant ses souvenirs de l’époque que ce qu’il voit de l’ère actuelle.
« Des gens me demandent souvent c’était comment de jouer à Montréal. Je leur dis que c’est probablement comme un acteur qui se retrouve à jouer sur Broadway à New York.
« La ville s’enflamme le jour d’un match et tu sens à quel point c’est spécial. J’ai joué pour six équipes et je suis bien placé pour dire à quel point Montréal est unique. Il y a de l’électricité dans l’air et tu le sens. Je suis les matchs ce printemps et je peux me sentir exactement comment les joueurs se sentent », a indiqué Courtnall.

Le père de trois enfants et grand-père de deux petits-enfants est bien loin de cette folie, en Californie, mais il n’en rate pas un instant.
Il n’est pas près d’oublier à quel point, durant ses années à Montréal, le Canadien était toujours le sujet numéro un en ville.
« Tout le monde avait à cœur les résultats de l’équipe. Je me souviens encore d’un soir, avec Chris Chelios. Après une défaite, on est allés au restaurant et quand nos épouses sont retournées à la maison, on a décidé de sauter dans un taxi pour aller prendre un verre quelque part. J’ai fait signe à un taxi d’arrêter et dès que j’ai ouvert la porte, le chauffeur s’est mis à me crier de trouver un autre taxi parce qu’on avait perdu. Ça arrive seulement à Montréal ! » a-t-il souri.