Alex DeBrincat me fait penser à Elvis Gratton


Jean-Nicolas Blanchet
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Comme dirait Elvis Gratton, «ils l’ont tu l’affaire les Amaricains». Ou encore, comme dirait Denis Lemieux dans Slapshot, «moi, j’m’en va en Floride est*&?, c’est là qu’est le motton».
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C’est un peu à ça que me fait penser la saga Alex DeBrincat ou celle de Matthew Tkachuk l’an passé.
J’exagère ou je m’emballe un peu, mais sérieusement, ce n’est pas chic pour les équipes canadiennes ce qui se passe. Ça fait déjà 30 ans qu’on ne gagne plus la coupe Stanley.
Si, en plus, plein de joueurs décident de ne plus vouloir jouer au Canada, on est dans le pétrin.
Montréal, Toronto et Vancouver sont épargnés. Ça reste des marchés plutôt prestigieux. Edmonton, ça passe encore en raison de Connor McDavid. Mais pour les autres, ce n’est pas évident.
Et pour ces derniers exemples, on ne parle pas de clubs pourris. On parle de bonnes équipes abandonnées par certains de leurs meilleurs joueurs.
Patrick Laine a fait ça avec les Jets. Matthew Tkachuk ainsi que Johnny Gaudreau l’ont fait avec les Flames.
Et là, c’est DeBrincat avec les Sénateurs. Il a préféré signer un contrat à long terme à Detroit plutôt qu’à Ottawa.
Frustrant pour les Sénateurs
Imaginez comment le dossier DeBrincat vient de ralentir le beau plan de reconstruction des Sénateurs.
Pour avoir DeBrincat, les Sénateurs ont échangé le septième choix au total de l’an dernier aux Blackhawks.
C’est Kevin Korchinski, un défenseur qui a fait 73 points en 54 matchs l’an dernier avec Seattle dans la ligue junior de l’Ouest. Il a terminé l’année à +50. Je ne suis pas un devin, mais je pense qu’il va être pas pire. Vraiment pas pire.
Plusieurs le savent déjà, mais en passant, DeBrincat a été repêché par les Blackhawks en 2016 avec le choix du Canadien qu’ils ont envoyé à Chicago en retour d’Andrew Shaw.
Pas grave, Marc Bergevin voulait de la robustesse...
Pour DeBrincat, Ottawa n’obtient pas grand-chose, car il voulait jouer à Detroit, lui qui est originaire de ce secteur. Les Sénateurs avaient les mains liées.
Ils mettent la main sur Dominik Kubalik, un attaquant de 40 à 50 points, bon en avantage numérique, ainsi qu’un défenseur qui ne jouera sûrement jamais dans la Ligue nationale et un choix de première ronde qui sera à l’extérieur du top 10.

Choisir sa destination
Pourtant, pour un joueur de hockey, c’est quand même excitant de jouer pour les Sénateurs l’an prochain.
Stutzle, Giroux, Chabot, Sanderson, Chychrun, Norris, Batherson, Pinto, avec Korpisalo qui arrive... Ç’a beaucoup de sens comme club.
Mais non, ça ne lui tentait plus à DeBrincat. Il voulait aller jouer chez lui.
Je ne vais jamais acheter son chandail. Je trouve ça plate pour le hockey au Canada. On n’a pas besoin de ça.
Les joueurs ont le droit de refuser de jouer pour une équipe. Mais nous, on a le droit d’être insulté.
On peut se mettre à sa place et comprendre. Ottawa, ça peut être plate. Ou Calgary, ça peut être plate pour Tkachuk.
Les jeunes joueurs peuvent vivre à Los Angeles, en Floride, à Vegas! Ils peuvent choisir.
Ils peuvent aussi choisir d’aller jouer à des endroits où ils ne sont pas obligés de parler aux médias tous les jours. Où les médias se fichent complètement d’eux.
Où ils n’ont pas de pression ou de critiques du public quand ils finissent la soirée à -3.
Où il fait chaud à longueur d’année et qu’ils n’ont pas besoin de bottes d’hiver.
Où ils ne se font pas déranger à l’épicerie.
Ils ont bien le droit de vouloir tout ça dans la vie.
Moi, ce ne sont pas mes joueurs préférés.
C’est comme quelqu’un qui lance son entreprise et la vend à 40 ans pour ne rien faire en Floride, sauf jouer au golf. C’est son choix, mais ce n’est pas mon entrepreneur préféré.
C’est comme tous les artistes qui ne produisent rien de nouveau après 35 ans, car ils ont fait tellement de fric qu’ils peuvent vivre des redevances dans une maison parfaite en Californie.
Caufield et Hyman
J’aime mieux Cole Caufield qui carbure à l’admiration des fans intenses de Montréal.
J’aime mieux Zach Hyman qui est passé de Toronto à Edmonton et vient de faire 83 points, car il carbure aussi à cette énergie des marchés passionnés.

Certes, parfois, c’est difficile. Le public peut être sévère à Montréal et Toronto. Mais je pense que Caufield et Hyman se mettent beaucoup plus de pression que le public leur en mette. C’est ça un grand athlète, à mon sens.
Et si on parle des réseaux sociaux qui sont intenses, oui c’est vrai, mais ça prend une carapace ou une ignorance à un moment donné.
C’est devenu n’importe quoi ce que des tatas peuvent écrire de leur demi-sous-sol. La plupart des athlètes ont compris qu’il fallait seulement arrêter de regarder ça.
À Toronto, c’est peut-être plus exigeant qu’ailleurs en raison des médias. Mais j’espère! Imaginez! Ça fait 56 ans qu’ils n’ont pas gagné. Les médias ne feraient pas leur job s’ils ne partageaient pas le sentiment de découragement du public.
Et si vous me parlez de l’impôt, cette excuse tient de moins en moins la route. La différence n’est pas si énorme, comme l’a exposé notre reportage en mai à lire ici. Et les équipes canadiennes ont développé des stratégies pour payer la différence, notamment avec des contrats de publicité.
Bref, il y a des joueurs qui s’en fichent du marché où ils jouent. Ils veulent gagner. D’autres adorent l’attention. D’autres sont meilleurs, car ils ont à cœur leurs partisans.
Mais pour d’autres, ils font leur travail et préfèrent un certain anonymat dans le fin fond de Colombus ou en Floride.
Tant mieux s’ils sont heureux. Et tant mieux au fond. Parce qu’on n’en veut pas dans notre équipe.