Agressions sexuelles au hockey junior: une attaque à cinq contre une


Isabelle Maréchal
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Une fille facile qui voulait se payer une folle nuit de sexe. Une agace totalement désinhibée qui se comportait en véritable «porn star». Une menteuse qui exagère les faits pour justifier «une autre soirée bien arrosée». Les insultes à peine voilées pleuvent sur la victime alléguée de cinq ex-jeunes joueurs de hockey junior qui l’auraient violée dans une chambre d’hôtel il y a sept ans.
Toute la semaine, la jeune femme s’est fait traîner dans la boue par les avocats de la défense des cinq hockeyeurs. Pas une, ni deux, mais bien cinq équipes de juristes qui lui passent dessus sans remords. Elles ne reculent devant aucune tactique pour discréditer la victime. Les insinuations déplacées se succèdent pour semer le doute sur la crédibilité de la jeune plaignante. «La version que vous avez donnée à la police en 2018 semble beaucoup moins criminelle que ce que vous racontez au jury aujourd’hui.» «Vous déformez les mots pour que ça sonne encore bien pire.» N’avez-vous pas «inventé une histoire?»
J’ai beaucoup d’empathie pour cette victime que je ne connais que sous les initiales d’E.M., puisqu’on ne peut dévoiler son identité. Faut être faite forte pour endurer pareil calvaire.
Pas de victime parfaite
Trop soûle, trop aguichante, trop willing. Voilà ce qu’on reproche à la jeune femme, qui était âgée de 20 ans à l’époque. On lui reproche de ne pas être assez précise dans ses souvenirs, de ne pas utiliser exactement les mêmes phrases pour décrire ce qu’elle a vécu. Comme à toutes les femmes qui veulent témoigner contre leur agresseur, on lui reproche de ne pas être la victime parfaite.
E.M. tente d’expliquer «sa vérité». Qu’elle a consenti à une relation sexuelle avec un des joueurs de hockey junior; qu’elle n’était pas d’accord quand les quatre autres gars ont débarqué dans la chambre et baissé leur culotte; que les cinq jeunes hommes l’ont violée chacun leur tour, un gang bang auquel elle n’a pas consenti. Qu’elle s’est sentie prise au piège, sans possibilité de s’enfuir. Cinq contre une. Est-ce que ça se peut, qu’elle se soit dit qu’elle ne ferait pas le poids face à l’attaque?
Message négatif aux victimes
Ce procès qui se déroule à London, Ontario, est très suivi. D’abord parce qu’il y a eu de graves manquements dès le début. La police a même dû s’excuser publiquement de ne pas avoir considéré la plainte de la victime.
La façon dont on «attaque» encore les victimes leur envoie un message sans équivoque. «Si tu veux poursuivre, t’es mieux de laisser tomber.» C’est ce que m’a confié cette semaine une jeune femme qui suit le procès. Elle a elle aussi entamé un processus judiciaire contre un hockeyeur qui l’a agressée. «J’ai bien fait de retirer ma poursuite. Je ne serais pas passée à travers.» Aujourd’hui, elle préfère éduquer les jeunes à la notion de consentement et espère que les équipes sportives passent le mot.