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Affaire Khelif: ma réponse à la plainte déposée au Conseil de presse

AFP
Photo portrait de Joseph Facal

Joseph Facal

2025-06-27T14:20:00Z

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Les médias de Québecor ne font pas partie du Conseil de presse. Ce dernier m’a néanmoins mis en cause et a rendu une décision me concernant. On trouvera ici le texte envoyé par moi au Conseil de presse le 5 février 2025. Le lecteur jugera.

Je réponds ici à titre personnel aux plaintes de MM. Turcotte, Jolly et Hebib au sujet de ma chronique du 5 novembre 2024 publiée dans Le Journal de Montréal et intitulée «Imane Khelif: la boxeuse était bien un boxeur!».

Les plaignants formulent un seul grief: le manque de fiabilité des informations transmises par les sources.

Ils appuient leur grief sur trois allégations. Je répondrai successivement à chacune des trois.

Je rappelle auparavant brièvement l’objet de ma chronique.

Dans celle-ci, je rapporte que le journaliste Djaffar Ait Aouida, directeur du site d’information lecorrespondant.net, basé à Marseille, a eu accès à un rapport confidentiel préparé par deux endocrinologues réputés, les docteurs Young et Fedala, rattachés respectivement à l’hôpital Kremlin-Bicêtre de Paris et à l’hôpital Mohamed Lamine Debaghine d’Alger.

Dans ce rapport, les spécialistes ayant examiné l’athlète Imane Khelif (médaille d’or en boxe féminine chez les moins de 66 kg aux Jeux olympiques de Paris de 2024) concluent que Khelif possède des chromosomes de type XY (ceux du sexe mâle), des testicules, et n’a pas d’utérus.

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Khelif, selon eux, souffre de déficit en 5-alpha-réductase, une maladie génétique qui ne touche que les mâles, et qui a pour effet de donner aux organes génitaux la forme d’une cavité vaginale. D’où l’erreur de constat à la naissance. Ni la bonne foi du patient ni celle du personnel présent lors de l’accouchement ne sont en cause. Ils recommandent donc une thérapie hormonale et une chirurgie corrective.

Dans ma chronique, je cite aussi deux autres témoignages – celui de Georges Cazorla, le préparateur physique de l’athlète, et celui du professeur Abrahamson, qui a eu accès aux résultats des tests chromosomiques –, qui affirment aussi que Khelif possède des chromosomes de type XY.

Bref, même si elle est légalement une femme, Khelif possède les chromosomes et les caractéristiques physiologiques du sexe mâle. On peut donc être parfaitement de l’opinion qu’elle est, biologiquement parlant, un homme. La meilleure indication de la légitimité de mon opinion (que personne n’est évidemment obligé de partager) est le débat furieux en cours sur elle et sur des tas d’autres cas similaires. Par définition, il n’y aurait pas débat s’il n’y avait pas pluralité d’opinions. Je formule la mienne sur la base des faits qui me sont accessibles et qui n’ont pas été réfutés scientifiquement.

Il est crucial ici de noter trois autres points.

  1. Le journaliste Aouida montre des captures d’écran contenant des extraits du rapport Young-Fedala.
  2. Les auteurs du rapport ont déploré la fuite dans les médias, mais reconnaissent en être les auteurs et ne reviennent pas sur leurs conclusions.
  3. La nouvelle a été reprise par de nombreux médias à travers le monde, notamment le Daily Mail britannique, le Bild allemand et le Marca espagnol (et d’autres encore après ma chronique).
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Voici maintenant mes réponses à chacune des trois allégations des plaignants.

1) Selon M. Turcotte, je me baserais «sur du vent» pour «stigmatiser les femmes qui n’entrent pas dans les standards habituels» et pour «attaquer les transgenres» puisque, selon lui, dans l’article du Daily Mail, «aucune confirmation n’est faite» des affirmations contenues dans l’article original de M. Aouida.

Cette allégation se subdivise en deux points, que j’aborde successivement.

D’abord, je ne me base pas «sur du vent». Je reprends un article portant sur un rapport dont l’existence et le contenu sont attestés et reconnus par ses auteurs.

Ensuite, M. Turcotte dit que je veux «stigmatiser les femmes qui n’entrent pas dans les standards habituels».

Ici, M. Turcotte affirme donc que Khelif est une femme. C’est son droit le plus strict. Mais j’ai tout autant que lui le droit de formuler l’opinion, basée sur des éléments que M. Turcotte ne réfute pas, que nous sommes en présence d’une femme sur le plan légal, mais qui est à la base un homme biologique en raison de ses chromosomes XY, ce que plusieurs témoignages indépendants affirment aussi. Bref, je formule une opinion largement partagée et qui, d’ailleurs, conduit en ce moment nombre de fédérations sportives à revoir leurs procédures de contrôle et d’admissibilité.

M. Turcotte dit ensuite que je veux «attaquer les transgenres».

Il se trompe lourdement. Khelif n’est pas un transgenre. Je ne dis cela nulle part. Khelif n’a pas «transitionné» et n’est pas en train de «transitionner». Le transgenrisme n’a rien à voir dans cette histoire. La question est ailleurs. Khelif a le statut légal d’une femme, mais le bagage chromosomique et les caractéristiques physiologiques d’un homme. La confusion provient d’une maladie diagnostiquée tardivement. Dès lors, devrait-elle ou non pouvoir compétitionner contre des femmes biologiques? Voilà le débat.

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La deuxième partie de l’allégation de M. Turcotte suggère que je cite un article du Daily Mail dans lequel «aucune confirmation n’est faite» des affirmations contenues dans l’article original de M. Aouida.

Nombre de chroniques d’opinion reposent sur des avis, des hypothèses, des spéculations, des suppositions, etc. La mienne se contente de mentionner que plusieurs médias reprennent les affirmations de M. Aouida, dont il est crucial de rappeler qu’elles n’ont pas été démenties par les auteurs du rapport qui est au cœur de son article. En ce sens, je ne suis pas plus fautif que des tas d’autres médias qui ont fait pareil.

Si M. Aouida propose des captures d’écran plutôt que le rapport lui-même, c’est évidemment parce qu’avoir en sa possession un rapport médical confidentiel l’exposerait à de graves sanctions. Faut-il rappeler aussi les risques que courent ceux qui critiquent les autorités algériennes (ex.: Kamel Daoud, Boualem Sansal, etc.) et qui, dans le cas qui nous concerne, ont mis tout leur poids derrière leur athlète?

2) Le plaignant Frédéric Jolly s’en prend à la fiabilité de la source que j’évoque.

D’abord, la fiabilité d’une source est souvent une affaire de point de vue. Des informations véridiques ont été révélées par de petits médias. De grands médias bien établis ont publié des faussetés. C’est au lecteur d’apprécier la qualité de la source. Ma chronique contenait même un lien pour permettre au lecteur d’aller voir lui-même l’origine de la source. En relayant les propos de M. Aouida, je ne fais pas autre chose que ce qu’ont fait des tas d’autres médias. Et je reviens sur le point crucial selon lequel les allégations de M. Aouida reprennent des énoncés contenus dans un rapport endossé par ses auteurs et véhiculés par quatre sources indépendantes (Young-Fedala, Abrahamson, Cazorla et les autorités de la Fédération internationale de boxe, qui avaient exclu Khelif des championnats du monde l’année précédant les JO de Paris pour avoir échoué au test visant à établir son admissibilité).

3) Le troisième plaignant, M. Hebib, soutient que le journal Le Correspondant «n’a pas d’existence en Algérie». Évidemment... puisqu’il est basé à Marseille.

Il ajoute que ce journal publie peu et qu’on y trouve parfois des fautes d’orthographe. Voilà qui est sans objet, pour rester poli.

Enfin, il déplore que je n’aie pas cherché à joindre les médecins et le journaliste. Ici, il oublie ou ne comprend pas que je suis un chroniqueur d’opinion et non un journaliste d’enquête.

En définitive, j’ai émis une opinion largement partagée, sur un débat qui fait rage, en explicitant mon raisonnement dans les limites d’espace allouées, et en me basant sur les données qui m’étaient accessibles, notamment d’autres articles de journaux faisant état d’un document dont l’existence et le contenu ont été confirmés par ses auteurs et corroborés par d’autres sources.

Que les plaignants ne partagent pas mon opinion ne fait pas de moi un fautif pour autant.

Joseph Facal

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