À quoi ressemble le réseau social Parler depuis le rachat par Kanye West
Nous sommes allés voir ce que «Ye» publie sur ce réseau social de la droite américaine

Julien Corona
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** Avertissement: certains propos retranscrits dans cet article peuvent choquer. **
Le 18 octobre, Kanye West et la compagnie mère du réseau social conservateur Parler ont annoncé «un accord majeur dans l’espace médiatique en faveur de la liberté d’expression». En effet, Kanye a racheté Parler, l’un des clones de Twitter de la nouvelle droite américaine.
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Depuis le rachat, et surtout depuis ses suspensions temporaires ou quasi définitives de Twitter et Instagram, Kanye West semble profiter pleinement du «paradis» pour la liberté d’expression que se veut être le réseau social Parler (soit publier encore plus de commentaires aux tendances antisémites) sans avoir à en payer le prix et les conséquences.

Une découverte du comportement de Kanye sur le site alt-right nous permet aussi de mieux comprendre comment celui-ci fonctionne et surtout de voir si ce rachat a un potentiel autre que simplement médiatique.
«Parley» antisémites sur «Parley» antisémites
Rolling Stone y est allé pour un article. On a aussi fait de même pour voir si «Ye» allait coller ses actes à sa parole après s’être excusé auprès du peuple juif suite à la rupture de son contrat le liant à Adidas.
En remontant à la date de sa seconde suspension, on voit en fait qu’il a tout simplement partagé la même publication qui l’en a fait bannir, soit une capture d’écran d’une conversation avec Russell Simmons où West dit vouloir souhaiter rester en Amérique pour reconstruire son empire afin de «convaincre les hommes d’affaires juifs de rendre les contrats équitables. Ou mourir en essayant».

Dans une publication suivante, West s’en est ensuite pris à son ancien avocat Bob Cohen et ses pratiques d’affaires juives en réponse au fait que son ancien partenaire lui aurait dit que s’il continuait avec ce genre de propos, il pourrait courir le risque de perdre la garde partagée de ses enfants.

West a ajouté alors que quand il s’oppose aux pratiques d’affaires juives, «il dit ce que tout le monde pense tout bas» et que «Jésus est roi». On peut aussi voir en commentaires certains comptes «approuver» les propos antisémites du rappeur.

L’enfilade de publications comprenait aussi une définition littérale de l’antisémitisme, un message de déception à l’attention de Q-Tip, le MC du groupe mythique A Tribe Called Quest et des messages d’insultes contre des personnalités comme Maverick Carter ou l’ancien joueur de la NBA Stephen Jackson.

Assurer une pertinence à la plateforme: mission difficile
Comme le rappelle Politico, si l’arrivée de Kanye sur la plateforme a été vue comme de quoi de miraculeux, à même de lui permettre de continuer son expansion dans l’écosystème conservateur américain, il n’en reste pas moins que la plateforme a des problèmes structurels et que «l’espace sécurisé» que Parler propose est aussi une raison pour de nombreux annonceurs ou hébergeurs de fuir toute collaboration avec le réseau.
Pour rappel, l’application a été bannie temporairement des magasins d’applications Android et Apple du fait de la multiplication exponentielle et sans modération de contenus haineux et antisémites. Cela a forcé l’entreprise mère de l’époque à changer sa politique de modération.
De plus, le réseau a du mal à se créer l’image d’une place forte dans l’écosystème de droite avec seulement 1,2 million en septembre selon le même article de Politico, contre 8,9 millions de visites pour le Truth Social de Donald Trump.

Enfin le réseau ne comporte que 40 000 usagers actifs par jour au contraire de Twitter et ses 237 millions d’usagers actifs par jour.
C’est sur ses chiffres que le nouveau propriétaire devra bâtir pour offrir une alternative à Twitter, et même à Truth Social, dans l’écosystème du microblogging en ligne.
Et les Québécois sur Parler ?
Notre balade sur le réseau social alt-right Parler ne nous a pas permis de rencontrer plusieurs profils de personnalités de la sphère conservatrice et conspirationniste québécoise. Les contenus présents sur ce site sont principalement américains et à destination d’un lectorat anglophone.
En fait, le site n’est plus vraiment actif pour cette frange de ses membres qui semblent l’avoir déserté. Par exemple Alexis Cossette-Trudel, le conspirationniste de Radio-Québec, n’a plus partagé de contenu depuis 1 an.

Seulement un blogueur québécois francophone du nom de «Soshin» (et Nancy) semblent être actif, publiant des contenus renvoyant à son site personnel aux écrits à tendance boudhiste et nouvel âge, ou des memes.

Une conspirationniste francophone notoire, Sylvie Fourcade, continue quant à elle de publier à intervalle régulier.

C’est que beaucoup des membres de sphère «alt-right» et «conspi» du Québec ont migré sur des plateformes, plus visitées et moins regardantes quant à leurs propos, comme Gab, Odyssee, Telegram ... et YouTube, comme l’a expliqué notre collègue Francis Pilon dans un article consacré à une complotiste qui a récolté 60 000 $ en un mois.

Quant aux stars du trumpisme et de la droite américaine, si certaines personnalités comme Ali Alexander ci-dessus, l'un des organisateurs des manifestations du 5 janvier 2021 à Washington D.C. ayant évolué en assaut du Capitole le lendemain, continuent de publier sur Parler, la plupart des comptes des grandes figures de cette mouvance n'ont plus publié elles-aussi sur la plateforme depuis 1 an et plus.
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