À quoi jouent les dirigeants des Canadiens?

Jean-Charles Lajoie
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Le Canadien est une jeune équipe, une équipe en développement, une équipe en reconstruction...
Reconstruction, un mot tabou finalement inclus dans le vocabulaire de l’actionnaire de contrôle du Groupe CH, Geoff Molson, la semaine dernière...
«Enfin!», diront les tenants du tanking, plus silencieux depuis que Connor Bedard répare ses dents sous les couleurs des Blackhawks de Chicago. Quel mirage un peu con, quand même, la saison passée.
Ces mêmes tenants du tanking qui implorent les dieux du hockey de faire du CH le club des bas-fonds par excellence.
Ceux-là même qui refusent de voir que les Sabres de Buffalo n’arrivent pas, à grands coups de premiers ou de deuxièmes choix totaux, à secouer leur torpeur, à sortir de la cave...
Ceux-là même qui refusent de voir que les Oilers d’Edmonton, armés de McDavid et Draisaitl ne parviennent pas à atteindre la grande finale de la coupe Stanley et à ramener le saladier argenté au Canada après désormais bientôt 31 printemps de disette.
Je m’égare... revenons au CH. Pour une question simpliste, mais essentielle à mon sens : mais à quoi jouent les dirigeants du Canadien?
Le bleu-blanc-rouge, incidemment trois couleurs, semble affectionner les ménages à trois... ménage à trois qui s’étire et devient grotesque devant le filet. Cette protection de Jake Allen, un bon gars, disent en choeur les hauts dirigeants du club...
Ce refus de confirmer que Samuel Montembeault est le gardien numéro un de l’organisation... pourquoi?!
On protège l’arrivée éventuelle du collégien américain Jacob Fowler? On redoute que si Montembeault fait trop la job, les fans ne vont pas pardonner la direction de la tasser élégamment pour faire la place qui lui revient à Fowler, du moins dans leurs cartons?!
Le renvoi en pénitence du Shérif Jack-Eye à Laval... pourquoi?
J’adore Jordan Harris et je voudrais qu’il marie ma fille... mais pourquoi Harris n’a pas eu à subir une remise en forme à Laval à son retour de blessure, tandis que Jack-Eye a eu à faire de l’autobus et manger du poulet froid pendant deux mois?
Pourquoi, si ce n’est parce que la haute direction prépare son départ de Montréal? Pourquoi, si ce n’est parce que Jack-Eye est absent du tableau aimanté de la formation projetée de 2025-26 dans le bureau de Kent Hughes?
Le plan... quel est le plan? Personne ne le sait vraiment. À part Jeff Gorton, Kent Hughes et Martin St-Louis, incidemment un autre ménage à trois, celui-là à l’état-major hockey... et bien entendu, Geoff Molson qui a pesé fort en signant à l’encre bleu-blanc-rouge le contrat de la débâcle sur fond d’espoir.
Un espoir incarné par Martin St-Louis, coach improbable qui se prend au jeu d’aimer ce qu’il fait, sans égard aux résultats.
On le comprend. Qui n’aimerait pas voyager en vol nolisés, manger dans les grands restaurants, loger dans les grands hôtels, philosopher dans des mêlées de presses plutôt sympathiques...
Qui n’aimerait pas coacher sans avoir à ramener des résultats? Sans avoir à rendre des comptes? Qui n’aimerait pas développer tranquillement, mais surement de jeunes joueurs en ignorant volontairement l’essentiel : il n’y a aucun développement pertinent possible sans matchs importants? Il n’y a pas meilleur apprentissage qu’en disputant des rencontres significatives, des matchs sans lendemain...
Personne n’apprend mieux à gagner qu’en perdant... c’est vrai. Mais c’est encore plus vrai en séries de fin de saison.
Les séries... Les dirigeants du Canadien ne veulent même pas en entendre parler. Ils refusent le mot en «p». Playoffs? Are you kidding me... playoffs?? Vous vous rappelez le coach des Colts d’Indianapolis complètement désabusé devant le pathétisme de ses joueurs? Jim Mora, son nom. Ça a fait un super commercial de bière, mais ça n’a pas fait des Colts un meilleur club.
Coach St-Louis, lui, vend de l’électricité pendant qu’Hydro est encore une entreprise publique, c’est-à-dire, en attente que le chasseur de faisan et ministre de lui-même, Fitzgibbon, ne privatise notre plus beau fleuron...
Coach St-Louis vend de l’électricité, il vend du rêve... et, pour l’instant, tout le monde achète.
Mais sérieusement, seulement trois centres naturels en uniforme hier soir pour un match régulier de la Ligue nationale? Un autre ménage à trois questionnable? Honnêtement, ça fait «ligue de bière avec les noms dans le dos». Je suis sous impression que c’est exactement ce que pense aussi le capitaine Nick Suzuki, un brin agacé et désabusé devant la tournure bizarre des événements. Mais coudonc, le Canadien joue à quoi présentement??