À 70 ans, Jacqueline Gareau, la plus grande marathonienne du Québec, court toujours


Stéphane Cadorette
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Durant quelques jours, Le Journal vous présentera les portraits d'anciennes gloires de leur sport qui demeurent toujours aussi passionnées, même s'ils ont aujourd'hui franchi le cap dans 70 ou même des 80 ans.
La plus prolifique marathonienne que le Québec ait connue, Jacqueline Gareau, vient d’atteindre un nouveau palier qui n’a rien à voir avec un chrono. Son certificat de naissance indique qu’elle a 70 ans, mais on pourrait pratiquement en douter tellement la grande dame de la course à pied est toujours animée du même désir d’être active.
Le monde de la course à pied avait vécu toute une commotion lorsqu’en 1980, Jacqueline Gareau remportait le mythique marathon de Boston en 2 h 34 min 28 s.
Le moment sacré lui avait été volé temporairement quand une dénommée Rosie Ruiz était surgie de nulle part pour franchir la ligne d’arrivée devant la Québécoise. Après enquête, Ruiz avait été disqualifiée pour avoir triché et Mme Gareau demeure à ce jour l’unique championne de cette épreuve au Québec.

L’événement l’avait fait connaître à la face du monde et les grandes compétitions internationales se sont ensuite succédé sur son impressionnant parcours.

Aujourd’hui, la dame de fer continue de courir. À l’épreuve du demi-marathon du P’tit Train du Nord en octobre dernier, elle a bouclé les 21,1 km en un temps fort honorable de 1 h 51 min 28 s.
«Il y a encore une petite flammèche en moi au départ d’une course. Il y a encore une question de fierté. Ce qui me fait plaisir, ce n’est plus la performance, mais la fluidité du corps et le fait de me dire que je suis encore capable», a-t-elle expliqué lors d’une inspirante entrevue.
Nouvelle approche
Après le tumulte et le stress des grandes compétitions, Mme Gareau a trouvé la parfaite communion avec la nature à Sainte-Adèle, dans les Laurentides. C’est le havre où elle continue de besogner comme massothérapeute et surtout, où elle continue d’avoir la bougeotte.
L’infatigable petite bombe que vous avez peut-être croisée à la course ou en ski de fond sur le parcours du P’tit Train du Nord, c’est elle. À raison d’environ deux heures par jour, elle a fait le choix éclairé de courir ou de skier pour préserver sa santé physique et mentale.

«Je m’amuse là-dedans et c’est comme ça que mon corps et mon cœur sont contents. J’ai fait beaucoup de vitesse durant ma carrière. Il est arrivé que mon corps casse. La vitesse, ce n’est pas toujours payant. L’important est de continuer de faire du sport à sa façon pour que la machine suive», a-t-elle philosophé.
Relation amour-haine
Au fond d’elle-même, celle qui a pris part aux Jeux olympiques de 1984 aura toujours une certaine dépendance à la compétition. Les années défilent cependant et Jacqueline Gareau mène un combat interne pour privilégier la sagesse.
«La compétition, j’ai une relation amour-haine en ce moment avec elle», a-t-elle illustré.
«J’aime encore compétitionner de temps en temps, mais j’aime surtout m’amuser maintenant. Je n’ai plus besoin du stress et de l’adrénaline. Je n’ai plus rien à prouver, à part le fait de montrer que je cours encore pas si pire! C’est plus à moi-même que je veux montrer des choses», a-t-elle dit.
C’est pourquoi il est encore possible de croiser l’athlète sur les sites de compétitions, mais pas n’importe lesquels.
«Mon but n’est plus de faire des marathons ou des ultras. Pour moi, en ce moment, ce n’est plus ça l’équilibre. Peut-être que pour d’autres ça l’est à un stade de leur vie. Si je faisais beaucoup de compétitions, je n’aurais pas de fun. Je ne suis plus là.»
Croissance personnelle
Dans ses temps libres, Mme Gareau se gave de bouquins sur la croissance personnelle. Malgré le travail sur elle-même, il ne sera jamais totalement évident de mettre de l’avant le côté zen de sa personnalité devant l’autre côté plus brûlant.
«Si ma personnalité compétitive prend le dessus, elle me sabote. Je n’ai plus le goût de ma personnalité flasheuse qui veut gagner. C’est la sagesse au niveau de mon cœur qui doit me guider. Je ne veux pas de cet ego-là qui se nourrit de mon conditionnement passé. Je veux lui donner de la place, mais vraiment pas trop», s’est-elle analysée avec grande lucidité.
Non, Jacqueline Gareau ne termine plus sur les podiums comme il y a 40 ans, mais elle n’a toujours pas été rattrapée par son âge.
JACQUELINE GAREAU
- 70 ans
- Débuts à la course: 1974
- Record personnel de 2 h 29 min 27 s au marathon de Boston (1983)
- Seule Québécoise à avoir remporté le marathon de Boston, en 1980
- 2e place au marathon de Tokyo en 1980
- 5e position au marathon des Championnats du monde de 1983 à Helsinki
- Participation au marathon des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 (pas terminé)
- 3 victoires à la course (12,2 km) du Mont Washington (1989, 1994, 1996)
- Ce qui la garde passionnée: «Je suis dopée à l’activité. Ça m’empêche de stagner. Quand mon corps bouge bien, ça me satisfait.»
- Conseil pour demeurer actif: «Je dis souvent aux coureurs: entraînez-vous et maintenez-le, votre corps, parce qu’il ne va pas vous suivre longtemps. C’est pour ça que je cours encore et pourtant je suis loin d’être toute neuve!»