À 60 ans et après 20 ans de carrière, André Sauvé a réinventé sa vie
Toutes les dates du spectacle «Naturellement» sur andresauve.com
Samuel Pradier
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Au cœur des Alpes françaises, où il habite depuis plusieurs années, André Sauvé a longuement aiguisé son regard sur le monde et sur la nature qui l’entourait. Il en a tiré un regard unique et des réflexions pertinentes qu’il présente dans son nouveau spectacle, Naturellement. Il nous donne un aperçu de ce nouveau projet en entrevue.
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Depuis qu’il vit avec son amoureux au plus près de la nature, dans les Alpes françaises, André Sauvé a eu certaines réflexions. « Le jardin dans lequel je travaille tous les jours est devenu mon enseignant. C’est le guide qui m’aide à mieux vivre, parce que je ne pense pas qu’il y a la nature d’un bord, et nous de l’autre. On en fait partie, et la façon dont elle fonctionne nous donne des leçons. Ce spectacle est composé des réflexions qui m’habitent quand je regarde comment la nature fonctionne. En même temps, ça me renvoie à moi-même. »
L’idée du spectacle est donc d’appliquer aux humains des phénomènes simples et naturels, ce qui se révèle parfois beaucoup plus instructif que l’on pourrait imaginer. « Si on prend pour exemple une plante qui pousse : sa job de croître, elle la fait toute seule. Mais notre travail dans le jardin, c’est, entre autres, d’enlever les mauvaises herbes afin de favoriser ce qui se fait naturellement. Je me demande ce qui, chez nous, pourrait se faire naturellement ou pas. Je voulais parler de choses qui m’interpellent et auxquelles je pense. Dans le spectacle, on rit mais parfois non. J’avais envie de partager mon regard sur la vie, sur l’humain, parce que c’est toujours ça qui m’intéresse. Parler de l’humain à travers son reflet dans le miroir de la nature. »
Un jardin extraordinaire
André Sauvé explique que ces réflexions sont réellement venues lorsqu’il travaillait dans son propre jardin, un espace d’environ 2000 m2 qui comprend des centaines d’espèces. « Aller à la campagne, et y vivre et y travailler sont deux choses très différentes. Quand on se promène en nature, ça fait du bien, mais on voit juste son beau côté. Quand on y travaille, on est témoin d’un autre fonctionnement, de la manière dont tout le monde s’attaque dans la nature. C’est un milieu extrêmement opportuniste, il y a un côté vorace et incroyablement intelligent. Et ça nous ramène en même temps à comment nous, les humains, on fonctionne. »
Après avoir constaté que la nature s’adapte sans cesse à ce qu’elle trouve devant elle, que ce soit une roche, un excès de pluie ou une sècheresse, l’humoriste a tenté d’humaniser ces réflexes. « En regardant ça, on se demande comment on peut mieux s’adapter, comment on peut être constamment en mouvement... C’est un peu la description de la vie : quelque chose qui circule et qui est en mouvement. »
Terre d’accueil
André Sauvé a écrit ses trois derniers spectacles, incluant Naturellement, en France. « J’ai besoin de ce recul pour écrire, être un peu isolé. » Par contre, même s’il y passe plusieurs mois par an, il se dit totalement imperméable aux expressions et à l’accent français. « Je ne suis pas contagieux à ce niveau-là. En plus, je vis avec mon copain, qui est grec, et on se parle en anglais au quotidien, même s’il parle aussi français. On a des amis français, mais je ne sais pas pourquoi, je n’utilise jamais les expressions courantes là-bas. Je ne me sens pas moi-même quand je reprends des expressions. »
D’ailleurs, il reconnait ne plus être totalement le même lorsqu’il s’installe dans sa campagne. « Là-bas, je déconnecte vraiment. Même quand j’écris, je ne pense pas au public. Je pense juste à ce que j’ai envie de dire. Je vais tellement loin que j’en oublie même que c’est moi qui dois ensuite aller sur scène pour présenter le spectacle. »
20 ans de carrière
C’est en 2004 qu’André Sauvé a été découvert par Yvon Deschamps, et dès l’année suivante, il présentait son premier spectacle solo éponyme. Vingt ans plus tard, il reste encore enchanté de ce dénouement. « Je suis très reconnaissant. Avant de revenir avec ce nouveau spectacle, j’avais peur que les gens ne suivent plus, qu’ils passent à autre chose. Mais selon les commentaires de ceux qui bookent les spectacles, les gens m’attendaient. Ils semblent avoir envie de me retrouver. Je me sens extrêmement privilégié, j’ai toujours eu une certaine reconnaissance envers eux. Mais je ne tiens rien pour acquis non plus. »
Il se félicite surtout d’avoir, tout au long de ces deux décennies, cultivé une relation particulière avec le public. « Dès le départ, je ne voulais pas me cantonner au côté plus névrotique de mon personnage. Il s’est transformé avec le temps. J’ai eu envie d’aller ailleurs. Quand j’ai fait le spectacle avec l’OSM, c’était complètement autre chose. Et cette fois-ci, c’est encore le cas. Je suis content de ne pas m’être autopiégé là-dedans, et surtout que le public suive. »

Un apprentissage personnel
De nature plutôt calme et réservée, André Sauvé s’est certainement beaucoup poussé ces 20 dernières années, mais il en reste toujours le premier surpris. « Je ne comprends toujours pas d’où vient ce besoin d’aller en avant, sur scène. Il y a toujours une partie de soi qu’on n’arrive pas à saisir. Je suis plus réservé dans la vie de tous les jours, et j’ai peut-être justement besoin de traverser ce mur-là. Il y a aussi le besoin de connecter les idées que j’ai dans ma tête, d’entendre les gens me dire que ça leur fait plaisir, qu’ils pensent la même chose que moi. C’est un commentaire qui revient très souvent, et le fait que ça trouve un écho chez les autres me soulage. Ça me fait du bien de savoir que je ne suis pas tout seul là-dedans. »
La soixantaine
Il a toutefois prévu de faire une tournée assez courte avec ce nouveau spectacle ; un peu moins d’une centaine de représentations en tout. « J’ai 60 ans et j’ai fait beaucoup de tournées avec mes derniers spectacles. C’est très épuisant et exigeant de faire 200 ou 300 spectacles. Je ne voulais pas m’user. D’abord, quand on est tout seul sur scène, c’est du sport. Ensuite, lors de ma première tournée, j’ai eu un épuisement à un moment donné et je ne veux plus revivre ça. Je suis encore en pleine forme, je prends soin de moi, mais je ne veux pas me rendre au point d’être tanné de monter sur scène. »
Même si l’humoriste y revient souvent durant l’entrevue, il assume complètement sa soixantaine. « J’ai eu 60 ans, c’est un chiffre rond, mais j’aime l’âge que j’ai. Ce n’est pas quelque chose qui me déprime. Le fait que je sois en santé aide, mais je suis bien où je suis présentement dans ma vie. »