À 15% d'être le prochain Chara: ce spécimen moldave était le projet fou de l'entraîneur de McDavid


Nicolas Cloutier
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Alexander Karmanov fait 7 pieds 3 pouces sur patins et ce n’est même pas une échalotte. À 17 ans, il pèse 280 lb. Mettons quand même une chose au clair, le plus grand hockeyeur au monde aspire à bien plus que devenir votre bête de cirque. Il est capable de jouer et il a une chance réelle de passer à l’histoire dans la LNH.
Gary Roberts a connu toute une carrière comme attaquant dans la Ligue nationale. Aujourd’hui, il est surtout reconnu pour avoir entraîné Connor McDavid.
C’est le gourou, le «kingpin» du conditionnement physique du hockey. Dans les derniers mois, il a travaillé sur un de ses projets les plus excitants à vie : le développement d’un ado encore plus grand que Zdeno Chara.
Le défi d’une carrière pour Roberts. Comme si on vous demandait de bâtir un Titanic qui tourne sur un dix cennes. Roberts, pendant des mois, a prescrit à Karmanov plein de mouvements bizarres et inconfortables sur une jambe, et sur du gazon synthétique, pour le rapprocher le plus humainement possible d’une ballerine.
«Si tu le rends 15% plus rapide qu’aujourd’hui dans une couple d’années, je pense qu’il joue au hockey pro, m’a prédit la sommité. Par la force des choses, il va juste toujours être dans le chemin.
«C’est le plus gros joueur qu’on a jamais vu tout court. C’est débile. Au moindre léger contact avec lui sur la glace, les gars tombent à la renverse. Imagine s’il réussit à jouer avec un peu plus de rythme.»
Roberts a affronté Chara. Il sait très bien elle ressemble à quoi la girafe fonctionnelle dans la LNH.
«J’ai tout le respect du monde pour Chara. Sauf que Chara n’était pas nécessairement méchant. Il faisait juste prendre tout ton espace, a-t-il noté. Karmanov est presque cinq pouces plus grand. Il n’a pas besoin de patiner comme Makar. Il est tellement massif que s’il est seulement proche d’être au bon endroit, il va briser 80% des jeux.»
Chara faisait 6 pi 9 po. C'est précisément trois pouces de moins que notre Moldave, qui continue de grandir. La différence entre Lane Hutson et Jayden Struble.

On nous dit par ailleurs que le géant est incroyablement facile à diriger. Il accepte chaque consigne comme si c’était l’Évangile. Il a même demandé à Roberts la dose exacte de magnésium qu’il devait prendre chaque jour.
C'est un dévouement entier qui sera nécessaire pour aller chercher les fameux 15% mentionnés par Roberts. Le chiffre peut sembler très atteignable, mais il y a des limites aux mouvements qu'un humain de cette stature peut accomplir.

Le plan a changé
Quand ils ont choisi Karmanov au troisième tour du repêchage européen de la LCH, les Bulldogs de Brantford avaient conçu un plan très détaillé.
Les Bulldogs prévoyaient que Karmanov n’allait même pas jouer pour eux dans la OHL en 2025-2026. Les trois cases européennes étaient déjà occupées par Adam Jiricek, Adam Benak et Vladimir Dravecky. Malgré ça, on était prêts à investir une tonne de ressources sur lui.
La famille Hyman allait couvrir toutes les dépenses. Il allait passer l’année à s’entraîner avec Roberts et il allait jouer dans la cour des Bulldogs, dans le junior A ontarien. L'année d’après, Karmanov débarquerait en trombe dans la OHL.
«Quand on l’a pris, ce n’était pas une décision de relations publiques, a martelé Roberts au téléphone en s’attaquant aux mauvaises langues. Ce gars-là peut jouer! Il a une réelle chance de jouer au hockey professionnel! Pour vrai, vous devriez le voir bouger dans un gym. Il n’est pas disproportionné. Il est capable de se déplacer. C’est fou!»
«Il aurait pu jouer dans notre ligue cette année, m’a lancé l’entraîneur-chef des Bulldogs de Brantford, Jay McKee. Il m’a surpris au camp. Il était bien plus en avance que je le pensais dans sa courbe. Pour vrai, son agilité et son maniement de rondelle m’ont étonné.»
Correction : Karmanov va jouer dans la OHL, finalement. Tout le beau plan de Brantford, il vient de prendre l’eau. Comme les Bulldogs n’étaient pas capables de lui faire une place dans sa formation, un autre club a pu mettre le grappin sur lui.
Karmanov s’en va à North Bay dans la OHL. C’est une maudite bonne nouvelle pour sa valeur au repêchage. Oui, il est admissible cette année.

Une équipe va s'élancer
Il ne sortira pas au premier tour, on s’entend là-dessus. Probablement pas au deuxième non plus. Mais, même s’il ne récolte aucun point et termine sa première saison dans la OHL à -15, Karmanov pourrait sortir beaucoup plus tôt que vous le pensez.
Regardez Simon Wang. Premier choix du deuxième tour du dernier repêchage par les Sharks, devant Alexander Zharovsky. Et comme Karmanov, il a commencé la saison dans la OJHL avant d’arriver tardivement dans la OHL avec les Generals d’Oshawa. Wang était un géant chinois de 6 pi 5 po qui est arrivé au Canada à 12 ans et qui apprenait encore à jouer au hockey. Le potentiel était stratosphérique.
La grande majorité des équipes de la LNH, dont le Canadien, avaient demandé le rencontrer à Buffalo avant le repêchage. Je l’ai rencontré aussi. Il était tellement gêné et attachant. Il y avait beaucoup d’intérêt pour lui même s’il n’avait rien cassé à Oshawa.
Les clubs font une projection et se disent : tant qu’à prendre un pari, pourquoi ne pas en prendre un sur un spécimen de laboratoire qui pourrait devenir un monstre en se développant sur le tard?
En plus, Karmanov a une attitude exemplaire. Quiconque l’a côtoyé de près l’adore. Il a l'un des plus larges sourires au monde, littéralement, étampé au visage. Et il travaille vraiment fort.
«Il est devenu un membre de notre famille, m'a confié au téléphone Connie Martin, qui était sa mère de pension à Brantford. Il va revenir ici pendant les fêtes. C'est un gentleman brillant, si gentil et tellement mature pour son âge.»
J’ai vu de pires paris au troisième tour. On ne les nommera pas par contre. Connor Crisp. Oups.