504 000 portions de soupe assemblées en un jour pour une bonne cause: Eve-Marie Lortie a participé à La Grande Marmite de la Tablée des chefs

Eve-Marie Lortie
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Salut Bonjour, chers lecteurs. Connaissez-vous le pouvoir de la soupe ? Une soupe, c’est bien plus qu’un plat. Ça nourrit le corps et l’âme. Et si des invités de dernière minute se joignent à la table, on allonge le bouillon avec un peu d’eau et quelques aromates — et voilà, il y en a pour tout le monde.
Le 5 mai dernier, des milliers de personnes ont répondu à l’appel de La Tablée des chefs pour la Grande Marmite. L’objectif : assembler 84 000 sacs de soupe avec des ingrédients secs. Mission accomplie. Chaque sac donne six portions, ce qui représente 504 000 portions au total. Ces sacs de soupe sèche sont ensuite distribués dans des banques alimentaires. Les groupes participants paient leur inscription, ce qui a permis d’amasser 377 000 $. Cet argent servira à acheter des denrées pour préparer de la soupe fraîche destinée aux écoles.
Mon collègue Simon Philibert m’accompagnait à l’activité. On s’est joints à plusieurs personnalités pour encourager les équipes et mettre la main à la pâte. Des gens du monde de l’agroalimentaire, de grandes entreprises comme de plus petites, avaient mobilisé leurs employés pour ce grand élan de solidarité.



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Un chef contre le gaspillage
La Tablée des chefs a été fondée en 2002 par Jean-François Archambault, qui est toujours à sa tête. Sorti de l’ITHQ il y a 30 ans avec un diplôme en gestion hôtelière, il a passé quelques années dans le monde de l’hôtellerie avant de ne plus supporter le gaspillage alimentaire. Banquets, mariages, congrès, réunions — tout ce qui n’est pas consommé finit aux ordures. Il a vite cherché une façon de récupérer ces surplus pour les redistribuer aux organismes dans le besoin.
Jean-François portait aussi un autre projet dans son cœur : éduquer. Les plus vieux se souviendront du cours d’économie familiale en deuxième secondaire — des salles équipées de machines à coudre, de cuisinières, de chaudrons, de plans de travail. Au milieu des années 2000, le ministère de l’Éducation a mis fin à ces cours. Au nom de la modernité, peut-être. Le cours avait été pensé par les religieuses à l’époque. On expliquait aussi vouloir libérer du temps pour les autres matières, et que les bases de l’alimentation et de la cuisine pourraient être abordées ici et là, dans d’autres cours.

Déjà habité par l’envie de former les jeunes vers une certaine autonomie alimentaire, Jean-François Archambault a demandé à la ministre de l’Éducation de l’époque, Michelle Courchesne, de préserver les locaux équipés pour offrir des ateliers parascolaires. On lui a répondu que ce n’était pas une priorité. À la Commission scolaire de Montréal, il a réussi à convaincre de garder les cuisines de quatre écoles secondaires. Il a pu s’installer. Aujourd’hui, 300 écoles du Québec offrent les ateliers des brigades culinaires de La Tablée des chefs en parascolaire. On estime que plus de 95 000 jeunes y ont appris les bases de la cuisine. La première recette enseignée ? La salade de fruits ! Une façon d’observer comment les jeunes tiennent les couteaux, comment ils se débrouillent en cuisine.
Foncer, pour elle
Jean-François Archambault est un de ces bâtisseurs qui croient que tout est possible quand on passe à l’action. Il n’hésite pas à raconter son histoire. Sa maman est décédée d’un cancer à seulement 49 ans. En imaginant les projets pour La Tablée des chefs, il entendait la voix de sa mère lui dire de foncer. « C’est comme si elle me disait : “Tu es encore là, toi, en chair et en os, fais-le, n’arrête pas, arrête d’hésiter. C’est pas toi qui décides quand est-ce que tu vas partir, moi, quelqu’un a décidé à ma place. Fonce.” Ça a accéléré ce que je voulais faire de ma vie. Saisir les opportunités. Vivre pleinement chaque journée, chaque journée, c’est une journée de plus pour accomplir des choses, faire une différence. Puis c’est encore ce que je fais aujourd’hui. »
« Tu sais Eve-Marie, un jeune qui apprend à cuisiner, c’est un jeune qui va développer un sens de l’autonomie et de la fierté, ajoute-t-il. Savoir se débrouiller en cuisine, alors que le panier d’épicerie est de plus en plus cher, ça devient plus qu’essentiel. »
Qu’est-ce que ça évoque pour toi, le pouvoir de la soupe, Jean-François ? « C’est fort, la soupe. C’est une recette que tu ne peux pas rater ! Tu peux ne pas bien assaisonner, mais tu as toujours la chance de te reprendre. La soupe réunit tout ce qui représente La Tablée des chefs. Une soupe faite le dimanche peut devenir un vide-frigo. Tu sors tous tes légumes qui sont un peu retroussés, qui sont un peu mous, qui sont moins beaux, puis tu peux tout mettre là-dedans. Donc tu empêches le gaspillage alimentaire et en plus la soupe, c’est le réconfort. »
La soupe, un héritage personnel
Ma recette de soupe aux légumes, c’est encore celle apprise en secondaire deux dans mon cours d’économie familiale. J’ai longtemps gardé la copie écrite de ma main de jeune ado. Je me souviens que ça finissait par une pincée d’origan.
Quand je suis stressée, je fais une soupe. Avec de la soupe dans le frigo, je me sens invincible. C’est ça, le pouvoir de la soupe.
Une activité de la Grande Marmite aura lieu au Centre Vidéotron de Québec le 27 mai ; on cherche encore des équipes.