50 ans de carrière de Michel Bergeron: Grand-mère! J'ai serré la main du diable


Jonathan Bernier
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Grand-mère Jeanne a dû se retourner dans sa tombe. De son vivant, que son Ti-Gars se déplace dans la grande ville pour assister à un hommage rendu à Michel Bergeron aurait été considéré comme un crime de haute trahison. Aussi pire que de serrer la main du diable.
Dans mon souvenir de gamin de 6 ans, grand-mère Jeanne détestait trois personnes : Kerry Fraser, Michel Bergeron et le bonhomme Métivier, lequel rêvait d’acheter sa maison pour la détruire et bâtir un stationnement pour son commerce.
Elle haïssait tellement les deux premiers qu’une fois, à Noël, une de mes tantes lui avait acheté une brique en mousse qu’elle pouvait garrocher à sa guise sur sa télévision chaque fois qu’elle voyait leur visage à l’écran.
Je pense qu’elle haïssait encore plus le bonhomme Métivier, mais dans ce cas-ci, la brique en mousse lui apportait un moins grand effet de bien-être. Pour lui, ça en aurait pris une vraie.
Ce qu’elle détestait du Tigre, c’était de le voir mâcher sa gomme en se promenant derrière le banc des Nordiques. Ou gesticuler en vociférant après les arbitres avec un pied sur la bande.
Du folklore comme il ne s’en fait plus. Malheureusement.
La belle époque
Pour moi, Michel Bergeron, c’est exactement ça. L’une des dernières pages de notre folklore. Un peu comme Louis Bilodeau, de la Soirée canadienne. Ça rappelle des souvenirs réconfortants.
Après lui, il y a eu Pat Burns. Mais Bergie est l’un des derniers entraîneurs colorés qu’on ait vus passer. Michel Therrien aurait pu s’inscrire dans cette lignée, mais les mœurs de la LNH avaient beaucoup trop changé à son arrivée.
Bergie était derrière le banc des Nordiques lors de la célèbre bagarre du Vendredi saint, l’un des événements les plus marquants de la rivalité Montréal-Québec.
En juin 1987, il a été échangé aux Rangers. Oui, oui ! Un entraîneur échangé. Contre un choix de premier tour et une somme de 75 000 $. On n’avait jamais vu ça avant. On n’a jamais vu ça depuis.
Deux ans plus tard, le Tigre avait été congédié par son directeur général, Phil Esposito, avec deux matchs à jouer dans la saison régulière. Disons que ça n’avait pas changé grand-chose. Les Rangers, avec Esposito derrière le banc, avaient perdu leurs six matchs, subissant, au passage, un balayage contre les Penguins.
C’était une belle époque.
Sa carrière d’entraîneur s’est finie à peu près là. Il y a eu un bref retour avec les Nordiques, pour la saison 1989-1990, avant d’être considéré pour le poste d’entraîneur-chef du Canadien à l’été de 1992.
Sur toutes les ondes
À ce moment-là, il avait déjà amorcé sa carrière dans les médias. CKAC, Radio-Canada, TVA, TQS, RDS et TVA Sports. Il les a tous faits.
Nous voilà plus de 30 ans plus tard, et Bergie est toujours là. Toujours aussi allumé et passionné.
Aujourd’hui, quand il cite Dale Hunter, Peter Stastny et Michel Goulet en exemple lors de ses interventions à JiC ou pendant les entractes, je me dis toujours que ça n'a pas de sens parce que la majorité des téléspectateurs qui le regardent à TVA Sports ne les ont jamais vus jouer.
Puis, soudainement, je me mets à penser à grand-mère Jeanne et ça me rend heureux.