30 ans plus tard, dans les coulisses de l’échange de Patrick Roy

Stéphane Cadorette
Partager
DENVER | Le 6 décembre 1995, la terre tremblait au Québec lorsqu’est survenu l’échange de Patrick Roy. Trente ans plus tard, cet épisode houleux que plusieurs qualifient de pire transaction dans l’histoire du Canadien suscite encore des discussions sur les remous créés à Montréal, à Denver... et même à Québec.
• À lire aussi: « Notre moment était venu »: 30 ans plus tard, Joe Sakic revient sur l’échange Patrick Roy
Les premières secousses du séisme avaient été ressenties de plein fouet le 2 décembre, quand Roy avait demandé au Canadien de l’échanger, après avoir été laissé sur la glace, humilié, pour neuf buts des Red Wings dans un massacre de 11-1 au Forum.
Ce soir-là, à l’autre bout du continent, à Denver, le directeur général de l’Avalanche, Pierre Lacroix, recevait deux convives chez lui. Jean Martineau, qui était responsable des communications de l’Avalanche, et Marcel Aubut, qui en était à sa première visite chez son ancien DG depuis la vente des Nordiques, en mai.
«On suivait le match du Canadien et quand Patrick a levé les bras dans les airs et qu’il est passé devant Ronald Corey, on se regardait pas mal...», raconte Martineau.

Primeur dure à avaler
Le 5 décembre, après un match contre les Sharks, Lacroix a demandé à son épouse de raccompagner Marcel Aubut à leur résidence, sous prétexte qu’il devait discuter avec ses entraîneurs.
Il s’est plutôt réfugié dans son bureau pour parler avec son nouvel homologue chez le Tricolore, Réjean Houle.
L’échange choc qui envoyait Roy et Mike Keane au Colorado en retour de Jocelyn Thibault, Martin Rucinsky et Andreï Kovalenko a été finalisé autour de 3h dans la nuit, heure du Québec.

Au petit matin, Lacroix avait conduit Aubut à l’aéroport, remuant au passage le fer dans la plaie d’une vieille blessure en lui annonçant la primeur avant tout le monde.
«Pierre a dit à Marcel: ton goaler est rendu avec nous autres!» rigole aujourd’hui Jean Martineau.
«Marcel n’en revenait pas. Il aurait toujours voulu l’avoir parce que Patrick, c’était un gars de Québec, qui aimait les Nordiques et qui avait glissé en troisième ronde du repêchage [1984]. Disons que Marcel n’a jamais été content du travail de ses dépisteurs dans ce dossier-là.»
Un grand vol

L’échange a donc blessé le cœur et l’ego d’Aubut, mais bien plus encore, toute une légion d’amateurs du Canadien et l’organisation montréalaise au grand complet pendant longtemps.
Jusqu’en 2009, l’équipe n’a remporté que quatre rondes de séries. Pendant ce temps, l’Avalanche voguait vers deux conquêtes de la Coupe Stanley et huit présences en séries en autant d’années avec Roy devant le filet, dont six présences en finale d’association.
«Il faut le dire, Pierre a vraiment profité de l’inexpérience de Réjean Houle. Que veux-tu? Un bon DG fait les bonnes choses!» constate Martineau
«Des transactions, il y en a eu de très bonnes, mais c’est la meilleure, assurément. On allait chercher notre gardien, qui était aussi un leader, mais il ne faut pas oublier à quel point Mike Keane excellait pour tuer les punitions. C’est une transaction à sens unique.»
Une série qui déclenche tout

Pourtant, à son arrivée à Denver, Roy avait cherché ses repères pendant un temps. Martineau se souvient encore de son premier match, le 7 décembre 1996, une défaite contre les Oilers dans laquelle il avait cédé 5 fois sur 31 tirs.
«En arrivant, il voulait juste s’intégrer au groupe et ne pas provoquer de chaos. À sa première partie, on avait perdu 7-5 contre les Oilers et il avait dit qu’il valait mieux mal commencer et bien finir», se souvient-il.
Cette phrase s’est avérée prémonitoire et, une fois en séries, Roy a continué de bâtir sa légende. En deuxième ronde, contre les Blackhawks, Roy avait servi sa fameuse réplique à Jeremy Roenick, comme quoi ses deux bagues de la Coupe Stanley lui bouchaient les oreilles. Le reste appartient à l’histoire.
«À ce moment-là dans sa carrière, il se nourrissait de grosses déclarations. Plus il mettait de beurre de peanut sur la tranche de pain, meilleur il était», sourit Martineau