3 ans après le décès de Michel Louvain, son conjoint s’ouvre sur son deuil impossible

Érick Rémy
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Pendant plus d’un quart de siècle, il est resté dans l’ombre de Michel Louvain. Ce n’est qu’au lendemain de son décès que les gens apprenaient, dans un communiqué de presse, ce que beaucoup soupçonnaient: l’homme de La dame en bleu était gai. On découvrait du même coup qu’il avait été en couple pendant 25 ans et qu’il s’était même marié la veille de sa mort. Trois ans plus tard, Mario Théberge a accepté de parler de sa vie depuis le départ de son conjoint.
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«Je vais mieux, mais ça m’a pris au moins deux ans avant de retrouver mes repères. Quelques mois après le décès de Michel, Gaétan, un ami très proche qui m’aidait à traverser mon propre deuil, est décédé subitement après une chute. J’avais tenté de le réanimer en attendant les secours, mais en vain. Ces deux événements m’ont causé un tel choc que j’ai perdu 50 livres.» Naviguant sans gouvernail dans une mer de larmes, au gré des vents de sa peine, Mario Théberge fait la rencontre d’un homme de son âge. Ce phare dans sa tempête cachait un dangereux récif. «J’étais en état de dépendance affective. Je voulais tellement avoir quelqu’un pour m’aider, avoir une bouée. Je cherchais des bras et du réconfort. Je me suis laissé prendre à son jeu, mais c’était un pervers narcissique. Au début, il était plein d’attentions et, peu à peu, il a commencé à me rabaisser et à m’isoler. Même mes amis ne me reconnaissaient plus. Ils me demandaient où était l’ancien Mario... J’ai réalisé à quel point j’étais en péril lorsqu’il m’a demandé 200 000 $ pour régler ses problèmes et lui prouver que je l’aimais. J’ai mis fin à la relation. Cet enfer aura duré six mois», raconte le veuf du chanteur qui a bien failli laisser sa santé mentale dans cette histoire.

Un amour comme le nôtre
Bientôt âgé de 59 ans, Mario Théberge porte un regard franc et plein de tendresse sur la nature de sa relation avec cet homme, de 29 ans plus âgé que lui, qui a transformé sa vie. «J’admirais Michel, et Michel m’admirait à sa façon. Il n’était pas romantique dans les mots, mais en gestes, oui. Il était plein de petites attentions. La maison était toujours pleine de fleurs fraîches et, tous les soirs, il allumait des chandelles pour nos soirées en amoureux. Michel n’était pas toujours facile à aimer, il était parfois un peu soupe au lait. (rires) Un rien pouvait le faire fâcher. J’essayais d’en rire plutôt que d’en être froissé, et ça le choquait encore plus! Nos amis, témoins de certaines scènes, nous disaient que nous devrions les jouer dans un soap tellement nous étions drôles à voir. Nous étions un couple coloré!»
Toujours sur ses gardes
Jaloux de sa vie privée, Michel Louvain a vécu une grande dualité durant toute sa carrière. «Publiquement, il m’a toujours présenté en tant qu’ami, mais dans l’intimité, tous savaient que j’étais son conjoint. Quand nous allions à une première, je cherchais des connaissances du regard afin de faire un brin de jasette pendant que Michel était photographié. Je ne serais jamais resté à ses côtés. Pourtant, il ne me l’avait jamais interdit. Je savais d’instinct où était ma place. Je n’aurais jamais voulu nuire à son image ou à sa carrière. Si c’était à refaire, je ne changerais rien.» Et c’est là que réside la réponse à la question que beaucoup de gens se sont posée au lendemain de sa mort: pourquoi, et plus particulièrement lors des dernières années de sa vie, alors que la société était plus ouverte sur le sujet, Michel s’est-il empêché de vivre son amour au grand jour? «Il n’aurait jamais voulu brusquer son public, qui était sa raison de vivre. J’aurais tellement aimé qu’il puisse lire les milliers de messages que j’ai reçus sur les réseaux sociaux après sa mort. Tous aimaient Michel, sans condition.»
Unis à la vie, à la mort
Malgré leur dynamique de couple particulière, Mario et Michel ne se sont jamais laissés ou séparés. Leur union, qui a débuté le 13 juin 1996, était fusionnelle et semblait éternelle, jusqu’au 14 avril 2021. «Deux semaines plus tôt, en revenant de Floride, Michel avait passé des tests à l’hôpital. Lorsque le docteur lui a appris qu’il souffrait d’un cancer de l’oesophage — j’étais en appel vidéo avec lui, ne pouvant être à ses côtés dans le bureau du médecin à cause de la pandémie —, il m’a aussitôt dit qu’il voulait qu’on se marie. Il faut dire que nous l’avions envisagé 10 ans auparavant. À cette époque, plusieurs de nos amis s’étaient mariés. Nous avions même fait faire nos alliances. Lorsque Michel a su qu’il était possible, pour la publication des bans, qu’une annonce dans un journal local soit publiée, il a eu peur que la nouvelle s’ébruite et avait préféré remettre notre mariage à plus tard.»
Le temps était compté
Au départ, la médecine leur donnait une fenêtre de 14 à 18 mois. La semaine suivante, des prélèvements sanguins en vue d’ajuster la première séance de chimiothérapie du chanteur allait totalement changer la donne. Hospitalisée de toute urgence dans une chambre privée de l’Hôpital de Verdun, l’idole de toute une génération n’en avait plus pour bien longtemps. «Je crois que Michel avait sciemment décidé de s’en aller quand il a réalisé que, même avec ses traitements, il ne pourrait donner ses concerts en septembre. Lorsque j’ai eu la confirmation des médecins qu’il n’y avait plus rien à faire, je suis allé m’enfermer dans les toilettes pour ne pas m’effondrer devant lui. À la question “Combien de temps nous reste-t-il pour nous marier?”, l’un deux m’avait fait un signe — pour ne pas le dire à voix haute — qui signifiait “le plus rapidement possible”. J’ai d’abord appelé un prêtre, qui est venu à son chevet pour qu’il reçoive l’extrême-onction et l’eucharistie, puis un ami juge, pour qu’il nous marie. Celui-ci m’a annoncé qu’il pouvait le lendemain, mais comme j’avais un mauvais pressentiment, je l’ai convaincu de venir immédiatement à l’hôpital. Même s’il avait à peine mangé ou parlé depuis deux semaines, Michel, animé d’une force divine après les rites religieux, a signé les papiers et prononcé les phrases qui ont officialisé notre union devant nos deux témoins», raconte Mario, admiratif des derniers moments de son célèbre mari, dont les cendres reposent dans un columbarium double qui, un jour, pourrait accueillir les siennes.
Serge Laprade et son conjoint, Daniel Arsenault, resté dans l’ombre pendant 50 ans, se sont mariés en grande pompe devant famille et amis quelques mois avant le décès du chanteur, survenu en janvier dernier. Mario a-t-il eu un pincement au coeur en voyant cette première page de notre magazine? «J’étais content pour eux, sachant que Michel et moi avions sûrement éveillé en eux l’urgence de ne pas attendre qu’il soit trop tard. Personne ne devrait se marier sur son lit de mort. J’ai marié l’homme de ma vie, et le lendemain, il décédait. Quel horrible sentiment de le voir partir et de ne pas avoir officialisé notre union bien avant! J’aurais adoré, même de façon discrète, qu’on se marie et qu’on fasse ensuite notre voyage de noces», dit-il avec tristesse.
Michel Louvain, c’était...
Comment Mario aimerait-il qu’on se souvienne de son amoureux? «C’était un grand homme. Par respect pour son public, il a tout donné. À lui seul, Michel, qui était un grand perfectionniste, a pavé la voie à tous ceux qui l’ont suivi. On lui doit notre star-système. S’il avait fait carrière aux États-Unis, il n’aurait pas eu une telle reconnaissance seulement après sa mort.» Bénissant le ciel de l’avoir mis sur son chemin, son amoureux et époux n’a qu’un regret: le vide laissé par son absence. «Sachant qu’après sa mort et pour le reste de ma vie j’allais être confronté à entendre ses chansons, je me suis mis à toutes les écouter. J’en ai découvert de merveilleuses, dont une qui s’appelle Reviendras-tu. (Il en récite un passage...) “Mes amis ne me parlent plus de toi, parce qu’ils savent que tu ne reviendras pas.” (Sa voix s’étouffe...) Il me manque encore!» dira-t-il en essuyant ses larmes.
Un film documentaire et un autre sur la vie et la carrière de Michel Louvain sont présentement en préparation. Mario Théberge, gardien de l’image et du patrimoine culturel de son défunt mari, a non seulement un droit de regard sur les deux projets, mais y est aussi consultant.