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11 questions à la légende du Canadien Ken Dryden

Le légendaire gardien du Canadien Ken Dryden, lors du tournoi annuel de son ami Serge Savard, au Club de golf Le Mirage, de Terrebonne.
Le légendaire gardien du Canadien Ken Dryden, lors du tournoi annuel de son ami Serge Savard, au Club de golf Le Mirage, de Terrebonne. Photo Agence QMI, Toma Iczkovits
Photo portrait de Rodger Brulotte

Rodger Brulotte

2024-08-16T23:00:00Z
2024-08-17T04:00:00Z

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Mercredi, lors du tournoi de golf annuel de Serge Savard, j’ai rencontré quatorze membres du Canadien qui ont participé aux quatre conquêtes de la coupe Stanley entre les saisons 1975-76 et 1978-79, dont le gardien Ken Dryden.

La proximité de ce groupe a une fois de plus été mise en évidence. L’excellent défenseur Guy Lapointe, qui est confronté à de graves problèmes de santé, a dû partir plus tôt. Il est allé remercier Serge d’avoir réuni ses coéquipiers. 

Lorsque ses camarades l’ont vu sur le point de partir, ils se sont approchés de Guy Lapointe, Ken Dryden et Larry Robinson en tête du groupe, et ils l’ont serré dans leurs bras pour lui faire savoir à quel point ils l’aimaient. 

La devise des mousquetaires décrit la réalité de cette bande : « Un pour tous, tous pour un ! »

Entrevue avec une des légendes du Canadien, Ken Dryden.

Les études universitaires ou une coupe Stanley ?

Commençons par les principes de la vie que mon père et ma mère, née à Montréal, ont inculqués à ma sœur, mon frère et moi.

Après le krach boursier de New York en octobre 1929, le Canada a sombré dans dix longues années de désespoir économique et social.

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Mes parents ont dû survivre à ces années, suivies de la Deuxième Guerre mondiale. Je suis né en 1947, deux ans après la fin de la guerre. Tout au long de ma jeunesse, j’ai joué au hockey et au baseball.

Mes parents m’ont dit que je devais avoir un diplôme d’études universitaires, car une fois une carrière professionnelle terminée, il y a toujours une vie après.

Qu’est-ce qui était le plus important pour moi entre un diplôme universitaire et une coupe Stanley ?

Ni l’un ni l’autre, car j’ai simplement réalisé le rêve de mes parents et je suis fier de mes deux accomplissements.

L’ancien gardien légendaire appuyé sur son bâton : sa pose iconique, qui a marqué les amateurs de hockey.
L’ancien gardien légendaire appuyé sur son bâton : sa pose iconique, qui a marqué les amateurs de hockey. Photo d'archives, Getty Images

Tu as signé un contrat unique avec le Canadien, ce qui t’a permis de continuer d’étudier, n'est-ce pas?

Le 28 juin 1964, Boston m’a échangé, avec Alex Campbell, au Canadien contre Paul Reid et Guy Allen.

Après avoir joué au hockey à l’Université Cornell, Sam Pollock, qui était directeur général du Canadien, m’a offert en 1970 un contrat de trois ans avec les Voyageurs de Montréal, de la Ligue américaine.

Les deux premières années, je devais jouer un minimum de huit matchs par saison, ce qui me permettait de poursuivre mes études en droit à l’Université McGill.

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Cependant, la troisième saison était plus compliquée. En raison de la faible affluence pour nos matchs au Forum, l’équipe a joué la plupart de ses matchs à Halifax. Mon entraîneur, Floyd Curry, m’a permis de modifier mon emploi du temps tout en respectant mes études.

Un mois après avoir remporté la coupe Stanley pour la deuxième fois, j’ai terminé mes cours en droit.

Tu as eu l’impression de jouer dans un film quand tu as que tu as été rappelé ?

La fin de la saison s’approchait avec les Voyageurs et j’avais décidé que si jamais le Canadien m’invitait à me joindre à eux pour terminer la saison, j’allais poursuivre mes études durant l’été.

Le vendredi soir et le samedi précédant la date de rappel, aucune nouvelle.

Le dimanche, dernière journée de la date de rappel : nous attendions dans le vestiaire après le match pour savoir qui allait être rappelé pour terminer la saison avec le Canadien.

Il y a eu un silence de mort lorsque l’entraîneur Floyd Curry est entré dans le vestiaire.

Il s’est approché vers moi avec les mains vides. Il m’a regardé d’un air inquiet, il s’est tourné vers les autres joueurs et finalement son regard s’est reposé sur moi.

Lentement, il a sorti une enveloppe de la poche de son veston.

À l’intérieur de l’enveloppe, c’était mon billet d’avion pour aller rejoindre le Canadien. Je suis encore ému lorsque je revis ce moment.

Photo d'archives Le Journal, Ben Pelosse
Photo d'archives Le Journal, Ben Pelosse

Tu as fréquenté les quatre plus grandes légendes du Canadien ?

Ken Dryden est parmi les rares joueurs qui ont joué avec Jean Béliveau, Guy Lafleur et Henri Richard. Il a aussi côtoyé Maurice Richard.

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Lorsque je lui ai parlé de ces quatre légendes, il était calme et posé.

Il m’a décrit Maurice Richard comme un homme timide, mais tellement compétitif. Chaque fois qu’il le croisait, il avait des mots d’encouragement pour lui.

Quant à Jean Béliveau, lors des séries, ils cohabitaient dans la même chambre et je ne suis pas obligé de vous dire qui avait couché dans le lit simple et qui dans le lit double. Jean lui a enseigné à rester calme grâce à sa façon de réagir sans rien dire, mais en faisant ce qu’il avait à faire de la bonne façon.

Un moment de tristesse et d’empathie a envahi son corps et son esprit en pensant à Guy Lafleur.

Guy Lafleur et Ken Dryden avaient une belle amitié.
Guy Lafleur et Ken Dryden avaient une belle amitié. Photo d'archives, Le Journal

Soudain, Ken n’était plus la personne calme que je connaissais. Ses bras et ses mains bougeaient continuellement ; ses yeux sont devenus étincelants ; son regard, éblouissant, alors qu’il a commencé à me parler d’Henri Richard.

« Le Rocket s’est retrouvé dans le corps d’Henri, qui était fougueux et qui ne craignait personne. C’était notre meneur silencieux, qui n’avait pas besoin d’un grand discours pour nous motiver ».

Henri Richard et Tony Esposito avec, en arrière-plan, Ken Dryden. Ce dernier garde d’excellents souvenirs de l’ancien numéro 16 du Canadien.
Henri Richard et Tony Esposito avec, en arrière-plan, Ken Dryden. Ce dernier garde d’excellents souvenirs de l’ancien numéro 16 du Canadien. Photo d'archives, Le Journal

Tu as bâti une grande amitié avec Guy Lapointe ?

Nous avons joué ensemble avec l’équipe nationale du Canada, avant d’être avec le Canadien. À mon premier camp d’entraînement avec le Tricolore à Halifax, je connaissais les noms des joueurs, mais je n’en connaissais aucun.

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Lors de notre repas d’avant-match, au loin, un joueur a répété deux fois qu’il avait tellement mangé qu’il ne serait pas capable de prendre sa crème glacée à la vanille couverte de sirop. Il m’a donné la crème glacée sans même me le demander.

J’ai pris ma première bouchée et les joueurs se sont tous mis à rire. C’était de la crème sure avec du sirop. C’était une gracieuseté du joueur de tours par excellence, Guy Lapointe, qui est devenu un bon ami.

Deux grands amis, Serge Savard et Ken Dryden tiennent la coupe Stanley à l’occasion du tournoi de golf annuel de l’ancien défenseur, au Club de golf Le Mirage de Terrebonne.
Deux grands amis, Serge Savard et Ken Dryden tiennent la coupe Stanley à l’occasion du tournoi de golf annuel de l’ancien défenseur, au Club de golf Le Mirage de Terrebonne. Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

Tu as décidé de faire la grève pendant une saison ?

Nous venions de gagner la coupe Stanley pour une deuxième saison d’affilée et l’offre de contrat que Sam Pollock m’a faite était ridicule.

Déjà, les Toros de Toronto, de l’AMH, m’avaient offert un salaire bien supérieur à celui du Canadien.

Cependant, il me restait encore une année pour terminer mes études en droit. J’ai tout simplement décidé de refuser l’offre du Canadien.

Lors de mon année sabbatique, j’ai travaillé au sein d’un bureau d’avocats à Toronto.

L’adjointe de Sam Pollock a joué un rôle déterminant ?

Après un an sans avoir eu de communication d’un côté comme de l’autre, un matin, j’ai décidé de joindre Sam Pollock pour lui faire connaître mes intentions de retourner avec le Canadien.

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Son adjointe, Mme Dillon, m’a avisé que je devrais rappeler plus tard.

Soudain, elle a hésité et a poursuivi en me disant qu’il était hors de question que je doive rappeler, car elle allait dire à M. Pollock qu’il devrait me rappeler.

Tes souvenirs du 15 novembre 1976 et du référendum de 1995 ?

Le 15 novembre 1976, le match contre les Blues de St. Louis, au Forum de Montréal, prend une tournure surréaliste. Ken Dryden fait part des sentiments qu’il a vécus devant le filet du Canadien.

« Tout comme les supporters, mon esprit a été perturbé tout au long du match. Une moitié des supporters était debout et chantait énergiquement l’Ô Canada tandis que l’autre moitié restait silencieuse. Tout au long du match, je suivais sur le tableau indicateur du Forum les résultats partiels des élections. Avant une mise au jeu, il est apparu sur le tableau indicateur que René Lévesque et le Parti Québécois formeraient le prochain gouvernement du Québec. Immédiatement, mon regard s’est porté sur la foule. Contrairement à ce qui s’est passé lors de l’interprétation de l’hymne national, ceux qui chantaient étaient assis et ceux qui étaient silencieux étaient debout, applaudissant fièrement et à tout rompre la victoire du Parti Québécois. »

Tu as insisté pour vivre le référendum de 1995 à Montréal ?

Le référendum de 1995 a été tenu le lundi 30 octobre.

J’avais planifié un voyage avec mon épouse, maintenant des 54 dernières années, et mes deux enfants, qui sont nés à Montréal, afin que nous puissions ressentir les émotions vécues par les Québécois avant le référendum.

Cependant, il y avait une condition que nous ne pouvions pas négliger. Le samedi soir, le 28 octobre, nous devions être assis dans nos sièges au Forum avant le match entre Chicago et le Canadien afin d’entendre l’interprétation de l’hymne national canadien.

Comme en 1976, une fois que l’hymne national fut entamé, une moitié des supporters était debout et chantait énergiquement l’Ô Canada tandis que l’autre moitié restait silencieuse.

Ton impression sur ton séjour chez les Maple Leafs et en politique ?

Lorsque je me suis joint aux Leafs, j’ai froissé beaucoup de gens. J’ai déclaré que c’était très important et encore aujourd’hui que les Leafs et le Canadien soient parmi les meilleures équipes de la LNH.

Pour ce qui est de la politique, je dirais plutôt que j’ai été impliqué dans les affaires gouvernementales.

Apprendre le français ?

À ma question pour sa raison d’apprendre le français, sa réponse fut : « Pourquoi pas ? ».

Son plus grand regret est de ne pas avoir amélioré son français. Pour Ken, les années 70 étaient des années d’effervescence pour Montréal, pour le Québec, et jouer pour le Canadien était, pour ainsi dire, le meilleur endroit où vivre.

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