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100 mètres: les dix secondes les plus folles de ma vie

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Photo portrait de Jean-Nicolas Blanchet

Jean-Nicolas Blanchet

2024-08-04T09:45:00Z
2024-08-04T21:16:36Z

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PARIS | Ça ne m’arrivera pas souvent dans ma vie d’assister à un événement sportif de dix secondes avec 80 697 personnes.

Je ne voulais pas et ne pouvais pas rater l’épreuve reine en athlétisme, et je dis des Jeux: le 100 mètres.

Je suis arrivé d’avance pour avoir un siège de choix, tout près de la course. «Pas si mal comme place hein?» m’a lancé un bénévole des Jeux qui travaille avec les médias. Le prix officiel d’un billet dans les sections du bas, c’était 1483$. J'écris cette chronique encore assis là, dans le stade vidé, je ne veux pas bouger d'ici! Je suis encore tout énarvé. 

C’est étrange, ce qui se passe dans un stade lors d’une soirée comme ça. Les épreuves se suivent, mais peuvent être à cheval.

Ainsi, l’athlète qui doit faire le saut en hauteur doit se tasser de la piste. Parce que tu as douze coureurs qui arrivent sans avertissements pour la demi-finale du 1500 mètres.

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Ou on présente les athlètes en demi-finale du 100 mètres pendant qu’un Norvégien réalise le lancer du marteau de sa vie un peu dans l’indifférence. J’avais peur aussi qu’une sprinteuse au 800 mètres reçoive un marteau dans la face en ne passant pas loin.

Fanatisme sectoriel

Mais ça donne une ambiance tellement spéciale. La foule se met à hurler et on comprend qu’il se passe quelque chose d’incroyable dans une épreuve et on essaie de trouver. Ça donne du fanatisme sectoriel. Tu entends les Canadiens très fort. Et quelques secondes après, ce sont les fans australiens, puis les Américains, etc.

Mais quand le 100 mètres a commencé, c’était autre chose. Les chansons en boucle de Claude François, de Ricci et Povéri, de Céline Dion et de Jean-Jacques Goldman ont arrêté. Les lumières se sont éteintes. Tous les spectateurs avaient un bracelet lumineux. Et là boum, l’annonce: «La finale du 100 mètres».

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Là, ce n’était plus sectoriel. Le stade a explosé avant de replonger dans le silence pour le départ. 80 697 personnes qui ne font pas de bruit, c’est un son qui donne des frissons. Le départ est lancé et voilà, c’était les 10 secondes les plus folles de ma vie. Les milliers de personnes couraient avec les sprinteurs qui volaient devant moi.

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Des rhinocéros

Sur les athlètes, qu’est-ce qui est le plus impressionnant sur place? C’est la longueur de chaque foulée. Ça n’a pas de bon sens. C’est presque 3 mètres chaque pas. Essayez de courir et de mesurer par vous-mêmes. Vous allez voir, c’est incroyable.

Ils courent à plus de 40 km/h. C’est 10 km/h de plus que vous si vous êtes un pas pire athlète. Donc, si vous vous retrouvez dans la forêt avec un sprinteur olympique devant un rhinocéros (court à une vitesse moyenne de 40 km/h), vous n’allez pas vous en sortir. Lui, sûrement. Même chose si vous croisez un serpent.

C’est la course des courses. C’est l’image des JO.

De l’huile d’olive

Aux premiers JO, les vrais premiers, ceux de l’Antiquité, il y avait une seule compétition: c’était le stadion, une course d’environ 600 pieds qui est l’ancêtre du 100 mètres. C’était en 776 avant J-C. Le gagnant recevait cent bouteilles d’huile d’olive, le chanceux. L’olympiade portait ensuite son nom.

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Aux premiers Jeux olympiques modernes, à Athènes, en 1896, le 100 mètres y était. Le premier gagnant a été l’Américain Thomas Burke, un jeune étudiant en droit qui a plus tard cofondé le marathon de Boston. Il avait réussi un temps de 12 secondes en finale. Le meilleur au monde, Bernard Wefers, un autre Américain, n’avait pas pu se présenter, a-t-on appris dans le livre La fabuleuse histoire de l’athlétisme. Ça coûtait un bras d’aller en Grèce en bateau en 10 jours.

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Les historiens des Olympiques ont réalisé qu’en 1896 est aussi apparu quelque chose qui changera le sport à jamais. Plusieurs amis de Burke s’étaient présentés à Athènes pour l’encourager. Durant la course, ceux-ci se sont mis à crier et chanter pour encourager l’Américain. Mais les Grecs n’avaient jamais vu ça auparavant, des «encouragements structurés». Les autres spectateurs étaient donc stupéfaits et ne comprenaient pas si c’était bien ou non de faire ça. Mais des gens ont suivi et, peu à peu, le public a statué que c’était génial. C’est un peu le point de départ de l’expression du fanatisme.

Ce qui me fascine le plus, c’est qu’il y a beaucoup de choses qui ont changé dans le monde depuis 776 avant J-C. Les sports ont changé et les Jeux ont beaucoup changé. Mais entre le départ et la fin de cette épreuve, c’est la même affaire. Les athlètes, il y a 2800 ans, faisaient exactement la même chose que ceux qui l’ont faite dimanche soir à Paris.

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En 1896, la piste était en sable et glissait. Mais sinon, c’est la même chose, soit qu’au signal, tu essaies de courir le plus vite possible.

Et à travers tout ce qui a pu se passer en près de 3000 ans, l’épreuve qui fascine encore le plus la planète, qui suscite le plus d’engouement, c’est le 100 mètres.

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Ma passion pour le saut en hauteur

Je m’en confesse, j’ai développé une idylle avec le saut en hauteur. Tous les Jeux olympiques, je ne veux pas le rater. C’est un batinse de spectacle. Évidemment, sauter deux mètres de haut, c’est impressionnant.

Mais les athlètes de ce sport sont toujours un peu surprenants par leur personnalité, leurs superstitions et leurs expressions.

Et je pense que cette discipline a conquis beaucoup de Parisiens dimanche soir, car la finale était renversante.

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Le record du monde appartient à l’Ukrainienne Yaroslava Mahuchikh, 22 ans. Elle a déjà sauté à 2,10 mètres.

Les règles sont simples. La barre est mise à 1,86 mètre et est montée jusqu’à 2 mètres progressivement. Tu peux y aller quand tu veux, mais après trois tentatives ratées de suite, tu es éliminé.

Vous avez bien vu que son record, c’était plus haut que la hauteur maximale. Bref, à 1,86 mètre, alors que plein d’athlètes n’y arrivaient pas, Mahuchikh n’y est même pas allée. Elle a attendu qu’on monte la barre et sautait par-dessus les deux doigts dans le nez.

Elle a gagné l’or évidemment. Entre ses sauts, elle avait apporté un sac de couchage. Elle s’abriait et se couchait à côté des sprinteurs qui ne passaient pas loin.

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Mais c’est l’Australienne Nicola Olyslagers qui a gagné le plus de cœurs parisiens avec sa médaille d’argent.

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On voyait bien qu’elle n’avait aucune chance de gagner. Mais elle a réussi un saut de deux mètres après en avoir raté deux, la gardant ainsi encore en vie. Le stade a levé d’un bond.

Entre les sauts, elle écrivait dans un petit carnet qui ressemblait à son journal intime. En s’élançant, elle invitait la foule à applaudir, elle parlait à elle-même à haute voix et quand elle était fin prête, elle faisait le plus grand sourire possible en courant vers la barre. C’était tout un spectacle.

Katzberg, le magnifique

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Le monstre de 6 pieds 7 était fascinant à voir aller au lancer du marteau. C’était manifestement injuste pour les autres. Les participants peuvent faire jusqu’à 6 tirs. Le meilleur résultat est retenu. Katzberg a frôlé le record olympique lors de son premier tir et c’était réglé. Personne ne s’en est approché. Pour vous donner une idée, il lance le marteau plus loin que la dernière ligne qui délimite le terrain, soit 80 mètres.

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