100 000 chômeurs de plus au Québec en deux ans
Michel Girard
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En juin dernier, on était rendu à 310 300 chômeurs au Québec. C’est 108 600 chômeurs de plus qu’en juin 2023, soit une hausse de 54% en l’espace de deux ans.
De toutes les provinces, c’est chez nous, au Québec, que le nombre de chômeurs a le plus augmenté en termes de pourcentage.
Le taux de chômage au Québec a bondi de 2 points de pourcentage, passant de 4,3% en juin 2023 à 6,3% en juin dernier.
Pire encore, le nombre de chômeurs a radicalement augmenté pendant que le nombre de postes vacants, lui, baissait de 81 000, voire de 41%.
La détérioration dans le marché du travail a été moins forte dans l’ensemble du Canada alors que le nombre de chômeurs au Canada grimpait de 34,6% et le taux de chômage, lui, montait de 1,5 point de pourcentage. En Ontario, le nombre de chômeurs a bondi de 46% en deux ans.
Le gouvernement Legault préfèrera rappeler à ses détracteurs qu’en dépit de la hausse de 54% du nombre de chômeurs au Québec, notre taux de chômage (6,3% en juin dernier) reste tout de même en dessous de celui de l’ensemble du Canada (6,9%). Et surtout, notre taux de chômage reste nettement moins élevé que celui de l’Ontario, où il atteint présentement 7,8%.
Pas de doute, les temps sont de plus en plus durs sur le marché du travail au Québec, en Ontario et dans le reste du Canada. Et ça risque d’empirer assez solidement au fil des prochains mois en raison de la guerre tarifaire déclenchée par l’imprévisible et impétueux président américain, Donald J. Trump.
Le portrait des chômeurs
Comment les 310 300 chômeurs québécois sont-ils répartis par catégorie d’âge? Entre les parenthèses, vous retrouverez l’augmentation depuis juin 2023.
- 15 à 24 ans: 81 700 (+ 32 400)
- 25 à 54 ans: 169 200 (+ 64 300)
- 55 à 64 ans: 40 600 (+ 3600)
- 65 ans et plus: 18 800 (+ 8300)
Le nombre de chômeurs chez les 15 à 24 ans représente 26,3% de l’ensemble des chômeurs au Québec alors que les 15-24 comptent pour seulement 14,3% de la population active (les travailleurs et ceux qui recherchent un emploi).
Les chômeurs dans la catégorie des 25 à 54 ans, que l’on qualifie dans la force de l’âge, comptent pour 54,5% du total des chômeurs québécois. C’est nettement en-dessous de leur poids dans la population active est de 64,7%.
Pour leur part, les chômeurs de 55 à 64 ans représentent 13,1% de l’ensemble des chômeurs au Québec, à comparer à un poids de seulement 16% dans la population active.
Quant à la catégorie des aînés de 65 ans et plus qui restent actifs sur le marché du travail, elle compte pour 6,1% des chômeurs, alors que son poids dans la population active est de 5%.
LES PLUS MAL PRIS
Au nombre de 59 400, ce sont les chômeurs de 55 ans et plus qui risquent de se retrouver sur la corde raide en ces temps de plus en plus difficiles.
Pourquoi? Pour au moins trois motifs.
Un, ne faisons pas l’autruche: entre un «jeune» de 24 à 35 ans et un «vieux» de 55 ans et plus, il y a de très fortes probabilités que les employeurs privilégient davantage le «jeune».
Deux, plus tu vieillis, plus tu as besoin d’économiser en vue de ta retraite. Évidemment quand tu te retrouves au chômage, tu as besoin de tout ton «petit change» pour survivre financièrement. Il est donc impossible d’épargner.
Trois, les dernières années de contributions au Régime de rentes du Québec sont capitales. Généralement, c’est à compter de 55 ans que l’on gagne notre revenu de travail le plus élevé. Mais quand tu es au chômage, faute de revenu de travail, il n’y a pas de cotisations au RRQ qui sont effectuées, ni de la part de l’employé ni de celle d’un employeur.
MAIS LES JEUNES, EUX?
Force est de constater que la situation est loin d’être rose chez les 15 à 24 ans, alors que le nombre de chômeurs représente 26,3% de l’ensemble des chômeurs au Québec, soit presque deux fois plus que leur poids (14,3%) dans la population active.
D’autant moins rose que le taux de chômage s’élève actuellement à 11,5% chez les jeunes, voire 4 points de pourcentage de plus qu’il y a deux ans (7,6%).
Mais la grande différence entre ces «jeunes» chômeurs et les «vieux» de 55 ans et plus, c’est quoi? C’est le temps que l’on a devant soi pour se trouver un job. Pendant que le «temps» joue en faveur des jeunes, il joue contre les vieux!
À preuve, 86,4% des jeunes chômeurs de 15 à 24 ans se retrouvent un job en moins de quatre semaines, à comparer à seulement 22,6% des chômeurs de 55 à 64 ans et à 12% chez les 65 ans et plus.
Autre statistique qui favorise les «jeunes» chômeurs au détriment des «vieux».
Tandis que seulement 9,8% des jeunes de 15 à 24 ans restent au chômage durant plus de 27 semaines, ce pourcentage grimpe à 30% chez les chômeurs de 55 ans et plus.
TAUX DE CHÔMAGE AU QUÉBEC
(Moyennes mobiles de trois mois)
- Montréal: 8,9%
- Laval : 6,3%
- Lanaudière: 5,8%
- Laurentides: 4,3%
- Montérégie: 5,2%
- Centre-du-Québec: 4,6%
- Bas-Saint-Laurent: 4,6%
- Saguenay–Lac-Saint-Jean: 4,4%
- Capitale-Nationale: 4,3%
- Mauricie: 6,2%
- Estrie: 4,7%
- Outaouais: 6,4%
- Abitibi-Témiscamingue: 4,0%
- Côte-Nord et Nord-du-Québec : 3,6%
- Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine: 10,1%
- Chaudière-Appalaches: 3,7%*
Source: Statistique du Québec, Statistique Canada