Tous les résultats
Publicité

10 cas concrets qui montrent que notre hockey est malade: des agents qui promettent des autos, des commentaires racistes et des parents négatifs qui prennent toute la place

Photo portrait de Jessica Lapinski

Jessica Lapinski

2024-10-19T04:00:00Z

Partager

«Il est clair que le lien que nous entretenons avec le hockey n’est pas sain», écrit Marc-André Leclerc dans son livre Le hockey mis en échec, paru cette semaine aux Éditions du Journal.

• À lire aussi: Livre | «Le hockey mis en échec»: 20 intervenants du monde du sport expliquent pourquoi notre hockey est malade

• À lire aussi: Livre | «Le hockey mis en échec»: Des ados de 16 ans à des centaines de kilomètres de leurs parents

Au fil de son ouvrage (au sujet duquel vous pouvez en apprendre plus ici), l’auteur met en lumière les témoignages de 20 intervenants du monde du sport avec lesquels il s’est entretenu.

Le constat n’est pas complètement sombre. Pour plusieurs, la pratique du hockey, ou d’un autre sport, s’est avérée formatrice pour le reste de leur vie.

Mais il n’en reste pas moins que certains exemples cités dans le livre sont la preuve que notre sport national est malade.

Des agents qui exercent un contrôle sur les familles

Lui-même agent de joueur, Dominic De Blois se désole de voir certains de ses confrères promettre des bâtons et même des voitures aux familles des hockeyeurs qu’ils ciblent comme de potentiels clients.

Publicité

«Les parents vont se faire offrir le remboursement de frais, des bâtons, etc. Moi, j’arrive avec ma bonne conscience et je dis que je vais leur prodiguer de bons conseils pour encadrer leur fils, mais je ne paye rien. Il y a des agences dont le modèle d’affaires, c’est de payer. Lorsque j’ai commencé, il y avait des agents qui offraient des autos. Il y avait plein de cochonneries comme ça derrière les portes closes. Ce n’est pas une saine relation, c’est pour exercer un certain contrôle sur la famille.»

Les rois de l’école dès 12 ans et des enseignants qui connaissent les classements

Jérôme Gravel a adoré son passage dans la LHJMQ, qu’il qualifie de très formateur. Mais il se souvient que, même des années avant, le fait qu’il joue au hockey le distinguait de ses collègues de classe. «C’est un peu là où la culture du hockey commence à s’implanter», pointe l’ancien du Titan, des Voltigeurs et des Tigres.

«Le hockey c’est notre sport national, c’est très bien vu. On devient les rois de l’école, on est à la cafétéria et on parle de la liste de recrutement. Les professeurs sont aussi au courant qu’un joueur est censé être excellent. C’est vraiment omniprésent, excitant et triste pour certains. [...] En sixième année, on était les six petits gars de 12 ans qui allaient pratiquer pendant que les autres restaient sur les bancs d’école. On se trouvait donc chanceux, on avait un traitement privilégié.»

Privé de temps de glace par un entraîneur raciste

À l’instar de Jérôme Gravel, Francis Verreault-Paul garde de bons souvenirs de ses années dans le hockey junior majeur québécois. Mais un épisode de racisme, vécu plus jeune, dans le pee-wee BB, hante encore le hockeyeur d’origine innue.

Publicité
Francis Verreault-Paul avec les Saguenéens.
Francis Verreault-Paul avec les Saguenéens. Photo d'archives

«Ç’a été pénible. C’était du racisme à l’état pur. C’était vraiment ça. Nous étions quatre joueurs [originaires de Mashteuiatsh et d’Opitciwan] provenant des Premières Nations dans la même équipe. Moi, j’étais reconnu pour être un joueur offensif. Dans le fond, l’entraîneur avait fait le trio des Premières Nations. On ne jouait pas beaucoup. Moi, mon rôle était complètement effacé. Il faisait des remarques insensées. Ç’a été une année difficile.»

Le sport est devenu une question de performance et de compétition

Christian Leclerc est président de la Fédération des éducateurs et éducatrices physiques enseignants du Québec. Il se désole de voir des jeunes lui dire qu’ils n’aiment pas le sport, car ils ne ressentent pas un désir absolu de gagner.

«Les jeunes [...] me disent qu’ils ne veulent pas gagner. Ils veulent seulement éprouver du plaisir. [...] Quand je demande à mes étudiants des synonymes du mot sport, ils me disent : performance, compétition et victoire. Ça, c’est le sport aujourd’hui.»

Très dur de finir le cégep en raison des horaires chargés

L’agent Dominic De Blois se demande s’il ne serait pas préférable que les joueurs de la LHJMQ suivent leurs cours de cégep à distance. Au Québec, ils doivent se présenter en classe. Ce qui est compliqué et exigeant, souligne M. De Blois, en raison de l’horaire chargé durant la saison.

Publicité
Dominic De Blois
Dominic De Blois Photo tirée du compte X de Dominic De Blois

«Lorsqu’un jeune signe un contrat professionnel, bien souvent il lâche les études et les parents sont d’accord avec ça. Ça sert à quoi de faire trois cours dans une session lorsqu’il t’en manque douze? Le jeune ne finira pas son cégep. Je n’aime pas faire ça, mais tu n’as pas le choix de lui dire de ne pas aller à l’école. Si tu ne joues pas dans la LHJMQ jusqu’à 20 ans et que tu signes un contrat professionnel, c’est impossible de finir ton cégep, c’est très rare.»

La main cassée à deux reprises par des bagarres dans le junior

Même s’il «doit tout au hockey», l’ancien dur à cuire du Canadien Dave Morissette déplore d’avoir été confiné à un rôle de bagarreur dès sa carrière junior (à lire ici). Il se rappelle qu’à sa deuxième année dans la LHJMQ, il s’était cassé la main à deux reprises. «À ce moment, peut-on lire dans Le hockey mis en échec, son entraîneur, Joe Hardy, l’envoie systématiquement sur la glace en fin de partie, avec le rôle dans lequel il est désormais confiné.»

«Je n’en veux pas à Joe Hardy, mais c’était insensé. Je ne peux pas croire que tu envoies un gars de 16 ans se battre», mentionne dans le livre celui qui est aujourd’hui animateur.

Publicité

Les entraîneurs n’ont pas nécessairement la bonne approche

Pour Dany Bernard, psychologue et fondateur du programme sports-études hockey à Québec, la pratique du sport à l’école n’est pas une «recette miracle». Il remet en question la qualité des entraîneurs qui sont actifs auprès des jeunes.

«Le sport à l’école, c’est du clientélisme. Ce n’est pas parce que tu pratiques du sport à l’école que les entraîneurs vont avoir la bonne approche. [...] Souvent, on va engager d’anciens joueurs qui viennent de la sous-culture du sport. Ils vont donc reproduire ce qu’ils ont vécu dans leur vie.»

Les parents négatifs de plus en plus présents dans les estrades

Gabriel Grégoire, qui est arbitre depuis quelques années, constate que le climat dans les estrades des matchs de hockey mineur pour lesquels il officie s’est dégradé après la pandémie.

«Pas parce qu’il y a moins de parents qui ont un bon comportement, mais on dirait que ceux qui déplacent de l’air négatif sont plus présents ou ils sortent plus du lot. Les comportements sont plus directs. Ils viennent nous voir.»

Le rêve de la LNH et les parents intolérants

Jocelyn Thibault estime que le rêve de la LNH est encore omniprésent chez bon nombre de jeunes hockeyeurs et de parents. L’ancien directeur général de Hockey Québec – et ex-gardien du Canadien – croit aussi que certains parents sont trop protecteurs. 

Jocelyn Thibault
Jocelyn Thibault Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin


«On devrait jouer au hockey pour les mêmes raisons qu’on suit un cours de guitare ou qu’on prend des leçons de ski le samedi matin. Pour acquérir des compétences, pour éprouver du plaisir, puis si tu te rends à la Ligue nationale, tant mieux. [...] Les parents ne tolèrent pas que leurs enfants vivent de l’adversité. Donc je pense que ça vient aussi jouer dans l’équation.»

Un circuit moins garni au profit d’un autre

L’animateur et humoriste Jean-François Baril est le père d’un hockeyeur de la LHJMQ, Nathan, qui joue cette saison avec les Foreurs de Val-d’Or.

M. Baril se demande s’il n’y a pas de trop de jeunes de 16 ans dans le circuit junior majeur (à lire ici) et croit que le hockey québécois ne tirerait pas profit de voir davantage de joueurs évoluer une saison de plus dans le midget AAA, qu’il qualifie «d’excellente ligue».

«[Nathan] ne voulait pas jouer midget AAA. Il regardait ses autres chums de première ronde qui ont fait l’équipe et il voulait en faire partie. Il disait: “Je ne suis pas pour aller jouer dans le midget AAA.” Tous les bons joueurs n’étaient plus là. Si plus de joueurs restaient dans cette ligue-là, la compétition serait plus forte dans le midget AAA et ça donnerait plus envie à tout le monde d’y jouer.» 

Publicité
Publicité